Appareil de la CSeries après son premier vol

Appareil de la CSeries, à Mirabel, après son premier vol
Photo Credit: Bombardier

Bombardier écrasée par une taxe punitive américaine de 219 %

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La relation de bonne entente économique entre le Canada et les États-Unis vient d’être ébranlée et la multinationale canadienne est en état de choc. Washington impose en effet des droits compensatoires de 219,63 %, soit presque trois fois plus que les 79,82 % demandés par Boeing.

Bombardier traverse une période de turbulence sans précédent alors qu’elle tente de commercialiser ses avions CSerie d’une technologie pour le moment inégalé par ses principaux concurrents que sont Airbus ou Boeing.
Bombardier traverse une période de turbulence sans précédent alors qu’elle tente de commercialiser ses avions CSerie d’une technologie pour le moment inégalée par ses principaux concurrents que sont Airbus ou Boeing. © Bombardier

En clair, pour se conformer aux nouveaux droits imposés par les États-Unis, Bombardier devrait vendre ses avions trois fois leur prix réel. En pratique, cela lui ferme les portes aux États-Unis.

Dans sa plainte déposée en avril dernier, Boeing alléguait que des aides financières gouvernementales octroyées à Bombardier – comme l’injection de 1 milliard de dollars dans la C Series par le gouvernement du Québec – ont permis à l’entreprise d’offrir de généreux rabais à Delta Air Lines et décrocher une importante commande pour 75 appareils CS100 l’an dernier.

« La relation des États-Unis avec le Canada est importante, mais même nos plus proches alliés doivent suivre les règles », a souligné le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, dans un communiqué.

Il s’agit d’une décision préliminaire qui ne sera appliquée que si Boeing obtient gain de cause auprès de la Commission du commerce international des États-Unis, dont le jugement définitif est attendu en 2018.

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Depuis plusieurs années, le « rabais » accordé par les constructeurs aériens se situe à près de 50 % du prix officiel des avions. Photo : Radio-Canada

Depuis plusieurs années, le « rabais » accordé par les constructeurs aériens se situe à près de 50 % du prix officiel des avions. Photo : Radio-Canada

Ce n’est que le début d’une longue bataille 

Des employés de l’usine de Bombardier à Belfast, en Irlande du Nord Photo : La Presse canadienne/Peter Morrison
Des employés de l’usine de Bombardier à Belfast, en Irlande du Nord Photo : La Presse canadienne/Peter Morrison

La dispute n’en restera pas là puisque le gouvernement canadien de Justin Trudeau a clairement laissé entendre depuis deux semaines qu’il pourrait abandonner son plan de plusieurs milliards de dollars d’acheter 18 avions de combat Super Hornet, construits par Boeing.

L’administration Trump doit pour sa part indiquer le 4 octobre de quelle façon elle répondra à la seconde demande de Boeing d’imposer un droit antidumping de 79,82 % à la multinationale canadienne.

Cette dispute aura maintenant des répercussions mondiales, puisque la fabrication des nouveaux avions de Bombardier est réalisée dans plusieurs usines dans le monde. Mercredi, la première ministre du Royaume-Uni, Theresa May, a fait savoir qu’elle était amèrement déçue de la décision américaine. Elle a affirmé que son pays travaillerait à la protection des emplois avec Bombardier qui compte quelque 4000 travailleurs en Irlande du Nord.

En réaction à l’annonce, le gouvernement fédéral insiste pour sa part sur les emplois qui pourraient être menacés aux États-Unis par cette décision. « Les composantes de la série C de Bombardier sont fournies par des entreprises américaines, lesquelles soutiennent directement près de 23 000 emplois bien rémunérés dans de nombreux États américains », a déclaré la ministre canadienne  des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, par voie de communiqué.

Boeing contre Bombardier : le Royaume-Uni combat avec le Canada 
Dans une opération pour venir en aide à l’avionneur Bombardier, une mobilisation d’une rare envergure s’organise au Royaume-Uni pour faire front commun avec le Canada, aux prises avec la chicane commerciale déclenchée par le constructeur américain Boeing.

À gauche: le premier ministre Justin Trudeau. À droite, la première ministre britannique Theresa May. Drew Angerer / Getty Images Jack Taylor / Getty Images RCI avec La Presse canadienne et Radio-Canada

Le premier ministre Justin Trudeau et la première ministre britannique Theresa May. Drew Angerer / Getty Images Jack Taylor / Getty Images RCI avec La Presse canadienne et Radio-Canada

Une nouvelle qui a l’effet d’une bombe au Québec

Dominique Anglade - Radio-Canada

Dominique Anglade – Radio-Canada

En point de presse, en début de soirée, la ministre de l’Économie du Québec, Dominique Anglade, a qualifié les 219,63 % d’« insensés»  et d’« injustes », rien d’autre qu’une « attaque frontale » américaine.

En 2015, Québec avait joué gros, en choisissant d’investir 1,3 milliard d’argent public sous forme de participation dans la C Series, pour l’aider à prendre son envol par l’entremise d’Investissement Québec, au moment où la filiale était en péril. Québec a toujours prétendu que sa contribution respectait les règles commerciales américaines et internationales.

Cette rebuffade américaine s’ajoute à la renégociation forcée de l’ALENA et au différend dans le dossier du bois d’oeuvre entre les deux pays. La ministre Anglade dit constater une détérioration, voire un durcissement, des relations commerciales Québec-États-Unis, sur fond de protectionnisme croissant à l’ère de l’administration Trump.

Olivier Marcil - Bombardier

Olivier Marcil – Bombardier

Pour Bombardier, l’ampleur des mesures punitives est « absurde » et  «déconnectée de la réalité du financement d’avions ». « Boeing n’a pas compétitionné sur l’entente de Delta, alors c’est difficile pour eux de prouver qu’ils ont eu un dommage. Nous sommes très sûrs que dans la suite des choses, en allant vers la décision finale, les faits vont être de notre côté », a déclaré le porte-parole de Bombardier Olivier Marcil, mardi soir, en mêlée de presse.

Des failles dans la plainte de Boeing?

Mehran Ebrahimi - Radio-Canada

Mehran Ebrahimi – Radio-Canada

Des experts canadiens déterminent des failles majeures dans la décision du département du Commerce américain, ce qui ultimement pourrait pousser une instance supérieure à infirmer la décision.

« Au niveau du département du Commerce, ils sont entre eux, ils sont juges et parties, ça va passer », commente le directeur du Groupe d’étude en management des entreprises de l’aéronautique de l’UQAM, Mehran Ebrahimi.

« Plus tard, au niveau de la Commission du commerce international, il va falloir prouver que la participation dans l’actionnariat du projet C Series, c’est une subvention. Ce n’est pas facile à gagner, ce n’est pas aussi évident que ça », ajoute-t-il.

M. Ebrahimi estime que la complexité de la preuve à établir consiste la première des deux failles qui plombent la plainte de Boeing. Selon lui, l’aide financière octroyée à Bombardier par Ottawa ou par Québec ne peut pas être considérée comme une aide directe, puisqu’il s’agit plutôt d’un prêt, et que l’entreprise a l’habitude de rembourser ses dettes.

La deuxième faille concerne le fondement même de la plainte du constructeur américain. Boeing prétend qu’il a subi des dommages dans le contrat entre Delta et Bombardier, alors qu’il n’était même pas partie prenante à cette démarche. « Ce que Delta voulait, c’est très clair, très précis, et Boeing n’a même pas d’avions dans cette catégorie-là », souligne M. Ebrahimi.

Aide-mémoire…
La dispute commerciale entre Boeing et Bombardier en quelques dates
27 avril : le géant de Chicago demande au département américain du Commerce et à la Commission du commerce international des États-Unis (ITC) d’agir contre les pratiques d’affaires de Bombardier.
18 mai : le département du Commerce confirme le début d’une enquête. Aussitôt, Ottawa réplique et remet en question ses approvisionnements militaires liés à Boeing, comme les nouveaux avions de combat Super Hornet.
4 septembre : le président de la division internationale de Boeing, Marc Allen, affirme que le géant américain n’a aucune intention de faire marche arrière et retirer sa plainte contre Bombardier.
5 septembre : en discutant au téléphone avec le président américain Donald Trump, la première ministre britannique Theresa May plaide en faveur de l’avionneur québécois, qui compte plus de 4000 employés à Belfast, en Irlande du Nord.
26 septembre : le département du Commerce annonce l’imposition de droits compensatoires préliminaires d’environ 220 % sur la C Series.

AFP

AFP

RCI avec La Presse canadienne et la contribution d’Alain Gravel et de Sébastien Bovet Radio-Canada

En complément

Boeing veut tuer dans l’oeuf les « subventions » des avions allongés de Bombardier – RCI 

Il faudra 15 ans à Bombardier pour rembourser son prêt au gouvernement – RCI 

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Publié dans : Économie, International, Politique

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2 comments on “Bombardier écrasée par une taxe punitive américaine de 219 %
  1. Rene Albert dit :

    Pas surpris…

  2. Je boycotterais tous les produits de Boeing.