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En dépit des protestations canadiennes, la fusée russe Rokot a été lancée vendredi, emportant avec elle le satellite européen Sentinel-5P.
Photo Credit: ASE

Fusée toxique européenne : le dépit d’Ottawa n’a pas empêché le lancement

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Malgré les préoccupations du gouvernement canadien, l’Agence spatiale européenne (ESA) a lancé vendredi son satellite Sentinel-5P à partir d’une fusée russe dont le carburant serait hautement toxique.

Jeudi, le Canada a exprimé à l’ESA ses préoccupations concernant les effets environnementaux possibles sur l’écosystème sensible de l’Arctique du carburant de la fusée russe Rokot. Ottawa se faisait l’écho de l’inquiétude de plusieurs groupes canadiens et communautés du Grand-Nord, dont le gouvernement du Nunavut.

Les autorités du territoire ont fait part de leurs préoccupations au cabinet Trudeau cette semaine après que le premier ministre du Nunavut, Peter Taptuna, s’est plaint du lancement.

« Nous demandons au Canada et au Danemark de prendre des actions rapides au niveau international pour dissuader ces activités et aller de l’avant pour protéger cette région sur le plan local et international », a déclaré M. Taptuna le 6 octobre. La veille, la Russie signalait au Canada ses intentions.

Peter Taptuna, le ministre responsable de la société Nunavut Housing Corporation
Le premier ministre du Nunavut, Peter Taptuna, redoute les conséquences environnementales de l’utilisation de la fusée russe Rokot, dont le carburant est toxique.

Lancement effectué

Le satellite Sentinel-5P a été propulsé de la rampe de lancement de Plesetsk en Russie du Nord-Ouest.  Le satellite cartographiera l’atmosphère tous les jours afin d’étudier la pollution de l’air.

La mission contribuera aussi à la surveillance des cendres volcaniques, à la sécurité aérienne ainsi qu’à la prévention des niveaux élevés de rayonnement UV qui causent des dommages à la peau. Les mesures aideront aussi à comprendre les processus dans l’atmosphère liés au climat et à la formation de trous dans la couche d’ozone.

C’est le sixième satellite du programme Copernicus de l’ESA. D’autres satellites Sentinel, lancés plus tôt, fournissent des images radar et optiques de la planète et surveillent l’état des océans et des calottes glaciaires.

Un deuxième lancement d’un satellite similaire est prévu en 2018. Les deux satellites seront mis sur orbite depuis la Russie en utilisant des fusées de l’ère soviétique alimentées par de l’hydrazine. Ce produit chimique est tellement toxique que presque tous les programmes spatiaux dans le monde, y compris celui de la Russie, ne s’en servent plus.

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Le satellite Sentinel 5P recueillera quotidiennement des mesures de la qualité de l’air sur toutes les grandes villes de la Terre. © ESA

Inquiétudes canadiennes

Les Canadiens redoutent que les restes de carburant utilisé par la vieille fusée russe se retrouvent dans certaines eaux de l’Arctique, connues pour leur grande productivité sur le plan écologique.

C’est que, une fois lancée, la fusée se sépare de son deuxième étage qui contient jusqu’à une tonne d’hydrazine non brûlée. Ce compartiment est censé retomber entre le Groenland et l’île de Baffin. C’est une région qui fait partie de la zone économique exclusive du Canada et qui relève de la Loi sur la prévention de la pollution des eaux arctiques.

La polynie dans les eaux du Nord est un océan de 85 000 kilomètres carrés qui est libre de glace à l’année. Il abrite la plupart des narvals du monde, ainsi que 14 000 bélugas et 1500 morses.

Les baleines boréales, les ours polaires et quatre types de phoques nagent dans ses eaux. Des dizaines de millions d’oiseaux de mer grouillent dans son ciel.

Touristes étrangers dans l’Arctique canadien
Une pollution des eaux de l’Arctique canadien serait un désastre pour les communautés environnantes. © Arctic Kingdom Polar Expedition

L’Agence spatiale européenne tente de rassurer

Les communautés inuites du Canada et du Groenland chassent régulièrement les animaux qui dépendent de la polynie dans les eaux du Nord.

Les Européens de leur côté se veulent rassurants. Ils affirment que tout le combustible toxique est brûlé lors du retour.  Mais il n’y a pas eu d’étude universitaire sur les conséquences d’un déversement du carburant au-dessus des écosystèmes marins. De plus, des études antérieures dans les zones de lancement de la Russie révèlent que certains carburants atteignent la surface de l’eau.

(Avec  La Presse canadienne)

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Le satellite Sentinel 5P recueillera quotidiennement des mesures de la qualité de l’air sur toutes les grandes villes de la Terre. © ESA
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Un commentaire pour «Fusée toxique européenne : le dépit d’Ottawa n’a pas empêché le lancement»
  1. Sergei Bourmistrov dit :

    Pourquoi les Européens de l’ESA font-ils ainsi? C’est que le lancement d’un satellite avec les russes est moins cher peut être?