La ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland a dit aux Américains que le Canada va, malgré lui, riposter aux surtaxes absurdes imposées par Washington à l'aluminium et à l'acier (AFP)

Tarifs douaniers : « Les Américains veulent le beurre et l’argent du beurre »

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La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, est allée répéter mercredi aux Américains que les taxes douanières imposées au Canada au nom de la sécurité nationale sont « absurdes ». Elle reproche également à Washington de vouloir « le beurre et l’argent du beurre ».

Chrystia Freeland a fait d’une pierre deux coups mercredi à Washington : rencontrer des membres de l’influente commission sénatoriale des Affaires étrangères et recevoir le prix de la diplomate de l’année du magazine Foreign Policy. Dans les deux cas, la patronne de la diplomatie canadienne a répété le même message : les taxes imposées par le président Trump à l’acier et à l’aluminium canadiens sont « franchement absurdes » et montrent que les États-Unis veulent « le beurre et l’argent du beurre ». L’administration américaine joue la carte du protectionnisme, mais en impute la responsabilité aux autres. Alors que dans le cas du Canada, les échanges sont largement favorables aux États-Unis.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, en compagnie du premier ministre, Justin Trudeau Photo : La Presse canadienne/Sean Kilpatrick
La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland et le premier ministre Justin Trudeau tiennent le même discours sur les tarifs douaniers américains. © La Presse canadienne/Sean Kilpatrick

Les États-Unis doivent retirer ces taxes illégales et injustes pour le Canada et ses alliés », a-t-elle dit après une réunion de près d’une heure avec la plupart des membres de la commission. Mais, elle n’est pas découragée pour autant. « Nous croyons vraiment qu’au final, le sens commun l’emportera. » Cela dit, Mme Freeland a dénoncé le style brutal du locataire de la Maison-Blanche, grand adepte des injures et des provocations intempestives.

Le gouvernement canadien, a-t-elle dit, ne croit pas que des attaques ad hominem soient la bonne façon de mener la politique étrangère […] surtout quand il s’agit de vos plus proches alliésChrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères du Canada
U.S. President Donald Trump welcomes Canada’s Prime Minister Justin Trudeau on the South Lawn before their meeting about the NAFTA trade agreement at the White House in Washington, U.S. October 11, 2017.
L’acharnement de Donald Trump contre Justin Trudeau dérange, même dans les milieux conservateurs américains. © Jonathan Ernst

Lors de la réception de son prix des mains de Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international, Mme Freeland a souligné que les tarifs américains étaient un exemple clair que les États-Unis sont en train de violer des règles qu’ils ont contribué à mettre en place. Elle a rappelé que des institutions qui ont vu le jour en 1945 sous l’impulsion des États-Unis comme l’ONU, la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce et bien d’autres, sans être parfaites, restent néanmoins les gardiennes de valeurs démocratiques libérales. Elles sont à ses yeux plus importantes que jamais, à une époque où le populisme et l’autoritarisme sont en plein essor en Russie, en Chine, au Venezuela et ailleurs.

La ministre Freeland a aussi indiqué au gratin de la diplomatie, du journalisme et de la politique de Washington venu l’écouter que c’est à son corps défendant que le Canada réplique aux taxes américaines. Il le fait « par dépit plutôt que par colère ». Mais Ottawa entend riposter « dollar pour dollar » aux surtaxes américaines.

Des sénateurs compatissants

Chrystia Freeland n’a pas précisé si les sénateurs qu’elle a rencontrés s’étaient excusés au nom du peuple américain pour les injures et critiques acerbes de Donald Trump et certains de ses collaborateurs contre le premier ministre canadien Justin Trudeau après le Sommet du G7 à La Malbaie.

Le républicain Bob Corker a fait part de son indignation au cours d’une audience sur la politique syrienne.
Le sénateur républicain Bob Corker, critique de Donald Trump s’est montré compréhensif aux doléances canadiennes. © AFP/WIN MCNAMEE

Bob Corker, le sénateur républicain qui préside la commission des Affaires étrangères, très critique de Donald Trump sur ces tarifs douaniers, a regretté que la Maison-Blanche ait « détérioré » certaines relations extérieures. « Je ne connais aucun sénateur du côté républicain qui n’ait exprimé au président son inquiétude à ce sujet. »

Pour M. Corker, Donald Trump abuse de son pouvoir en utilisant la clause 232 qui autorise le président à prendre des mesures qu’il juge nécessaires si certaines transactions commerciales risquent de compromettre la sécurité nationale. Or, selon Mme Freeland, « l’idée que l’acier et l’aluminium canadiens puissent représenter une menace à la sécurité nationale des États-Unis […] je crois que les Américains comprennent que ce n’est tout simplement pas le cas. Cette disposition est aussi illégale selon les règles de l’ALENA et de l’Organisation mondiale du commerce ».

Pour sa part, le démocrate Bob Menendez, numéro deux de la commission, a rappelé que la relation entre les États-Unis et le Canada est « l’une des alliances les plus importantes que nous ayons ».

L’opinion du président n’est pas celle de tous les Américains et encore moins celle d’une majorité au Sénat.Bob Menendez, sénateur démocrate

L’onde de choc déclenchée par les taxes douanières américaines est venue assombrir les discussions sur le renouvellement, voulu par Donald Trump, de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) entre le Canada, le Mexique et les États-Unis. Chrystia Freeland profite d’ailleurs de son passage à Washington pour aborder le sujet jeudi avec le secrétaire américain au Commerce (USTR), Robert Lighthizer, qu’elle a déjà rencontré à plusieurs reprises.

(Avec des informations de l’AFP et de PC)

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