Le Canada face aux défis des changements climatiques

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Bateau de pêche dans les eaux de l'Arctique canadien. Photo: REUTERS/Chris Wattie

Il y a des altérations qui ne trompent pas. L’île Pelly, située dans la mer de Beaufort, au large des Territoires du Nord-Ouest s’érode à un rythme fou, 20 à 30 fois plus rapidement qu’ailleurs. Ressources naturelles Canada estime que ce bout de terre inhabité pourrait disparaître d’ici 50 ans. L’érosion côtière soutenue par la montée des eaux (les scientifiques prévoient une hausse pouvant atteindre 90 centimètres d’ici 2100) est une réalité qui se généralise partout sur la planète.

La majorité des scientifiques sont aujourd’hui unanimes : les changements climatiques sont en grande partie causés par la main de l’homme. Les conséquences de nos activités sur la planète sont énormes ayant des répercussions sur notre économie et nos modes de vie. Au vu des multiples défis qui s’annoncent à l’orée de ce nouveau siècle d’incertitude environnementale, le Canada est-il prêt à affronter le pire. REUTERS/Susanne Miller/USFWS/

Un phénomène qui ne menace pas seulement Tuktoyaktuk, un port de navigation important de l’Arctique canadien devenu l’une des localités les plus vulnérables aux changements climatiques, mais aussi des lieux situés plus au sud comme en Gaspésie, au Québec, ou sur l’Île-du-Prince-Édouard dont les résidents autochtones de Lennox subissent de plein fouet les effets graves de l’élévation du niveau de la mer, le tout combiné à une sévère érosion des côtes. Cette communauté pourrait d’ailleurs bientôt être considérée comme les premiers réfugiés climatiques canadiens.

« Le changement climatique, c’est le résultat du réchauffement climatique, explique en entrevue Pascal Yiacouvakis, météorologue à Radio-Canada. On sait que le climat se réchauffe très rapidement et ce réchauffement provoque des perturbations. Le climat se modifie suite au réchauffement global, ce qui provoque de forts déséquilibres. »

À moyen terme, les experts s’entendent pour dire que tous les Canadiens seront de plus en plus affectés par les changements climatiques. Selon les régions, le pays devrait connaitre des tempêtes plus violentes et des vagues de chaleur davantage fréquentes. «  Il y a des effets sur la santé humaine, ajoute M. Yiacouvakis.  Par exemple, les gens meurent de la chaleur lors des périodes de canicules. La pollution met en danger les personnes âgées ou ceux qui ont des problèmes d’asthme. Tout va ensemble, si la température monte, c’est à cause des gaz à effet de serre (GES) qui sont eux-mêmes des polluants. »

Évidemment, les dérèglements ne connaissent pas de frontière. La fonte des glaces, plus de sécheresse, la hausse du niveau de la mer, depuis des décennies notre Terre subit une grosse pression climatique. Entre 1950 et 2010, les émissions de GES ont augmenté les températures moyennes au Canada de 1,5 degré Celsius. Les études font d’ailleurs état d’une accélération en matière de réchauffement. De par sa position septentrionale, le pays connait à ce titre une forte progression, deux fois plus importante que la  moyenne mondiale.

« On constate en effet une augmentation des événements extrêmes dans plusieurs régions du pays. Quand il pleut, il pleut avec plus d’intensité. Les inondations sont également plus fréquentes. De l’autre côté, la sècheresse est plus intense causant des épisodes de feu de forêt. On a qu’à penser aux incendies importants qui se sont déroulés à Fort McMurray, en Alberta. » Pascal Yiacouvakis, météorologue

Fort McMurray, Alberta, Canada, 7 mai, 2016. REUTERS/Mark Blinch

 

À l’échelle mondiale, le bilan des catastrophes naturelles ne cesse de s’alourdir. Dans un rapport publié par la Banque mondiale, les événements climatiques extrêmes dont le coût annuel s’élève à 520 milliards de $ ont fait basculer plus de 26 millions de personnes dans la pauvreté. Chez nous aussi, les catastrophes climatiques semblent se multiplier. Rien qu’en 2017, Montréal et Toronto ont connu des inondations-records tandis que la Colombie-Britannique a vécu la pire saison des feux de forêt de son histoire.

 

D’un océan à l’autre, les impacts sont donc multiples. La hausse des températures accélère la pollution atmosphérique tout en précipitant la fonte des glaces. On annonce une perte complète de la banquise en été et un rétrécissement continu de la calotte glaciaire. À ce titre, le passage du Nord-Ouest (c.f. photo) dorénavant accessible par les navires du monde entier a poussé le Canada à assoir sa souveraineté dans ce secteur convoité par d’autres pays. La voie maritime qui relie le nord de l'Atlantique au nord du Pacifique s’avère un enjeu territorial majeur.

 

Passage du Nord-Ouest. Crédit: NASA

 

Mais au-delà des questions géostratégiques, l’Arctique et le Nord canadien sont en proie à un péril sérieux lié à la disparition progressive du pergélisol. Rappelons que le sol gelé des régions arctiques renferme la plus grande réserve de gaz à effet de serre. En plus de fragiliser la stabilité des maisons, un dégel total du pergélisol qui n’est à l’origine jamais sensé de dégeler serait une catastrophe pour notre environnement. « Les maisons des populations inuites qui vivent dans le Nord sont fragilisées. Ne reposant plus sur un sol gelé, elles deviennent instables », rappelle le météorologue.

 

« Le climat de l’Arctique est en pleine transformation et cette métamorphose a des conséquences profondes sur les peuples, les ressources et les écosystèmes du monde entier», prévenait en 2017 un rapport international intitulé SWIPA (Snow, Water, Ice, and Permafrost in the Arctic), fruit d’une collaboration de plus de 90 scientifiques du monde entier.

 

Le Canada compte environ 0,5 % de la population mondiale, mais produit à lui seul près de 2 % du total des émissions mondiales de GES. Le gouvernement fédéral a mis en place des programmes de réduction de ces GES qui s’ajoutent à des initiatives réglementaires  (écoÉNERGIE, écoTRANSPORTS, etc.) invitant les entreprises et les citoyens à privilégier les sources énergétiques propres comme l’électricité.

Pour Steven Guilbeault, directeur et cofondateur de l’organisme Équiterre, les efforts des politiques ne sont pas suffisants. «Si le Canada commence à prendre au sérieux la question de l’adaptation au changement climatique, c’est parce que nous sommes déjà entrés dans l’ère des changements climatiques. On n’a pas le choix de s’adapter, mais même si nous avons commencé à la faire, c’est encore trop peu. »

Écoutez l'entrevue avec Steven Guilbault
Steven Guilbault, directeur d’Équiterre, nous parle des politiques canadiennes sur les changements climatiques.

En adoptant l’Accord de Paris sur le climat en 2015, Ottawa s’est engagé sur plusieurs points, notamment celui de limiter le réchauffement planétaire en dessous du seuil critique des 2 degrés Celsius. Pourtant, des données rendues publiques en avril 2018 stipulaient que le Canada devait augmenter la cadence en ce qui concerne la réduction de GES s’il voulait s’acquitter de ses obligations en vertu de l’Accord.

 

Vue de la raffinerie de Petro-Canada à Edmonton en Alberta, le 15 février 2019. (Crédit photo : REUTERS/Dan Riedlhuber)

Pour protéger les populations vulnérables aux changements climatiques, le Canada doit mettre en place une politique d’urgence, a prévenu un autre groupe consultatif fédéral qui a publié le 26 juin 2018 un rapport intitulé «Mesurer les progrès en matière d’adaptation et de résilience climatique. »

Les effets sur la nature sont sans équivoques. Ils menacent la biodiversité des écosystèmes terrestres et marins. Au-delà des espèces emblématiques du Canada tels l’ours blanc, le caribou, le béluga  ou le renard arctique dorénavant en situation d’extinction ou presque, c'est une grande partie de la diversité naturelle qui se retrouve ainsi fragilisée. Parmi les autres êtres vivants en périls, signalons, entre autres, la baleine noire de l'Atlantique Nord, la tortue luth, le papillon monarque et le bœuf musqué.

 

Quatre reportages au cœur de l'Arctique canadien

Source: Regard sur l'Arctique

 

 

Glossaire du changement climatique

Source: Environnement et Changement climatique Canada

LE CLIMAT

Il décrit le temps moyen dans une région donnée, habituellement évalué sur une période de 30 ans. Il englobe tous les aspects du temps, c'est-à-dire la température, la pression atmosphérique, l'humidité, le vent, la nébulosité et les précipitations, et donne une idée du genre de temps auquel il faut s'attendre. Alors que le temps peut varier de façon spectaculaire d'un jour à l'autre, il n'en est pas de même pour le climat.

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE

Il fait référence aux modifications des tendances climatiques moyennes et peut être causé par des phénomènes naturels, ainsi que par des activités humaines. Dans le passé, le climat de la terre a été affecté par des facteurs naturels tels que des variations de la production solaire et la projection de cendres volcaniques. En fait, la planète a connu de nombreuses périodes de refroidissement et de réchauffement. La dernière grande période de refroidissement s'est terminée il y a environ 10 000 ans.

BILAN CARBONE NEUTRE

L’expression appelée également « Bilan carbone neutre » s'applique aux individus, aux entreprises ou aux organismes dont l'émission nette de GES dans l'atmosphère résultant de leurs activités est nulle. Il faut pour cela que toute émission de GES produite à la suite d'une activité soit compensée par des réductions d'émissions ou par une absorption de carbone par une autre activité. La compensation des émissions de carbone est le processus consistant à réduire ou à éviter les émissions de GES en un endroit afin de « contrebalancer » les émissions de GES produites ailleurs.

GAZ À EFFET DE SERRE (GES)

C’est le nom donné à un groupe de gaz libérés dans l'atmosphère, qui contribuent à l'effet de serre. Certains d'entre eux sont produits par des activités humaines ainsi que par des phénomènes naturels, alors que d'autres sont entièrement d'origine anthropique (dus aux activités humaines). Une forte proportion des gaz à effet de serre d'origine anthropique est le résultat d'activités qui requièrent la combustion de combustibles fossiles, comme la conduite d'automobiles et la production d'électricité.

LE TEMPS

On peut le définir comme étant l'état de l'atmosphère à un moment et à un endroit donnés. Cet état comprend la température, la pression atmosphérique, l'humidité, le vent, la nébulosité et les précipitations dans une région au cours d'une courte période.

LE RÉCHAUFFEMENT DE LA PLANÈTE

Il fait référence à une augmentation de la température moyenne de la surface de la Terre.

LES PUITS DE CARBONES

Ce sont des réservoirs qui absorbent et séquestrent (stockent) le CO2 de l'atmosphère. Les forêts, les sols, la tourbe, le pergélisol, l'eau des océans et les sédiments carbonatés déposés au fond des océans en sont des exemples.

EL NIÑO

El Niño s'observe lorsque les eaux de surface dans la zone tropicale de l'est du Pacifique s'étendent vers l'ouest de l'Équateur entraînant des températures plus chaudes que la moyenne. Les tendances changeantes dans l'océan Pacifique modifie la circulation atmosphérique, ce qui touche ensuite aux conditions météorologiques à l'échelle de la Terre.

Fort McMurray relation de cause à effet

(Cliquez ici pour déployer le texte)

Le gigantesque feu de forêt qui a ravagé en 2016 la région pétrolifère de Fort McMurray en Alberta forçant l’évacuation de plus de 100 000 personnes serait l’une des conséquences tragiques des changements climatiques au Canada. C’est en effet ce que pensent de nombreux scientifiques.

Bien qu’on ne sache pas exactement si le départ du feu du sinistre est de cause humaine ou naturelle, plusieurs facteurs propices ont contribué à la catastrophe, notamment des températures records (30 degrés Celsius au lieu d’une moyenne de 17 degrés Celcius) et des vents importants (supérieurs à 40 km/h), le tout combiné à une période de sécheresse intense attribuable à El Niño, phénomène cyclique de plus en plus extrême.

La multiplication des méga-incendies comme celui de Fort McMurray – l’une des pires de l’histoire du pays après la tempête du verglas en 1998 au Québec –  ont été observé dans une étude rendue publique par la FAO (l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) et confirmée par un dossier du Proceedings of the National Academy of Sciences. Des saisons plus chaudes et plus sèches rendent le nord du Canada vulnérable à la déforestation.

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À Lennox: nos premiers réfugiés climatiques?

(Cliquez ici pour déployer le texte)

Territoire de 450 âmes issues de la nation autochtone des Micmacs, l’île de Lennox subit de plein fouet les aléas du réchauffement climatique. La montée des eaux, les tempêtes destructrices, l'érosion des côtes, autant d’impacts extrêmes qui inquiètent les observateurs quant à l’avenir de l’île dont la disparition programmée devient une réalité de plus en plus tangible pour les habitants des lieux.

Les assauts violents que subit l’île situé à l’ouest de l’Île-du-Prince-Édouard ont des répercussions sur les populations locales jusqu’à mettre en péril leur existence. Lennox a déjà céder à l’océan atlantique plus de 5000 mètres carrés de son territoire. Pire encore, d’ici 2050, on s’attend à ce que 50 % de sa superficie disparaissent dans les eaux. Qu’adviendra-t-il alors de ses habitants?

Lire le reportage complet (en anglais) de CBC

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Publié dans : Environnement
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Un commentaire pour «Le Canada face aux défis des changements climatiques»
  1. Carole dit :

    A mon avis il est déja trop tard. Nous devrions tous promouvoir et agir sur la décroissance et éliminer la valeur « PIB ». Il faut revoir complètement nos systèmes économiques et sociétal. Notre planète et nos matières premières sont finis, même les ressources renouvelables exigent des ressources non-renouvelables pour leurs fabrications et entretiens. Et pourtant aux nouvelles on entend encore et toujours parler de croissance économique.