Pourquoi le populisme a-t-il le vent en poupe?

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La montée du populisme a atteint les sommets du pouvoir, que ce soit l’Américain Donald Trump à la Maison-Blanche ou Matteo Salvini en Italie. Un phénomène qui se généralise un peu partout dans le monde avec l’arrivée d’hommes forts en Russie, Turquie, Hongrie ou bien en Autriche. Mais au fait, qu’est-ce que le populisme au juste? Philippe Bernier Arcand, essayiste et professeur à temps partiel à l’Université Saint-Paul, répond à nos questions.

« Il y a d’abord dans populisme le mot « peuple », explique en entrevue M. Arcand. C’est un peuple en opposition à des minorités, au premier chef les élites. Souvent, au Québec, on entend l’expression péjorative « la clique du plateau » pour parler de l’élite culturelle. Dans le populisme, on va aussi parler d’une majorité représentée par les travailleurs qui ont l’impression de payer beaucoup d’impôts. Ils vont alors être opposés à des minorités qui profiteraient d’avantages que la majorité n’aurait pas. Cela donne l’impression que les minorités (immigrants, femmes, homosexuels, etc.) auraient des passe-droits interdits à la majorité. »

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L’auteur de La dérive populiste, un ouvrage qui décortique les raisons de la montée du populisme dans les démocraties occidentales, explique que ces injustices présumées créent chez la majorité un fort ressentiment. « Ils vivent cela comme un retour de bâton. À leurs yeux, les minorités ont pris une importance démesurée. On l’a vu en France lors des manifestations contre le mariage homosexuel. C’est comme si une redéfinition du mariage au nom d’une minorité remettait en péril les institutions de la majorité. »

Selon Philippe Bernier Arcand, le populisme a toujours existé, mais il prend aujourd’hui de nouvelles formes. « Si l’on regarde les événements récents, l’arrivée du Tea Party aux États-Unis ou le Brexit au Royaume-Uni, on constate un basculement des voix progressistes vers des partis conservateurs, en particulier chez les travailleurs syndiqués. C’est comme si la masse des travailleurs se considérait maintenant victimes des interventions gouvernementales et donc des élites. »

Philippe Bernier Arcand, essayiste et professeur à temps partiel à l’Université Saint-Paul *(Crédit photo : Valérie Loiseleux)

Si les populismes ont tellement de succès, c’est qu’ils réussissent à chercher une majorité d’électeurs aux idéologies parfois opposées, rappelle l’auteur. « Les partis populistes parviennent à séduire les travailleurs en leur disant que c’est la mondialisation ou l’immigration qui volent les emplois. En même temps, ils attirent le petit patronat qui se sent lui aussi perdant. Ils rassemblent des populations avec un discours démagogique et mensonger. Ils prennent le contrôle en stigmatisant des groupes, aussi bien les élites culturelles et politiques que les minorités ethniques et sexuelles. »

Bien que la situation soit loin d’être comparable à des pays comme les États-Unis ou d’autres en Europe, le Canada n’est pas immunisé contre le populisme. « Même sans l’apparition d’un parti d’extrême droite sur notre scène politique, on doit faire preuve de vigilance, car tous les éléments qui ont permis l’émergence des partis d’extrême droite en Europe existent sous différentes formes au Canada et au Québec, notamment dans le discours populiste qui excite déjà sur la place publique et dans les médias. »

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Publié dans : Politique

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