Des chercheurs américains ont utilisé des plants de tabac pour tester un processus d'amélioration de rendement des plantes. (REUTERS/Jaime Saldarriaga)

Modifier génétiquement une plante pour qu’elle produise plus: une bonne nouvelle?

Share

Des chercheurs américains affirment avoir réussi à augmenter de 40% le rendement de plants de tabac dans un champ expérimental, grâce à ce qu’ils appellent un court-circuit ou un piratage génétique. La nouvelle a été publiée jeudi dans la revue Science.

Ce que vient de réussir des chercheurs de l’Institut de biologie génomique de l’Université de l’Illinois peut être perçu par plusieurs comme une bonne nouvelle qui ouvre de nouvelles perspectives pour l’agriculture. Pour d’autres, c’est un pas de plus dans une manipulation hasardeuse la nature dont on ignore les conséquences. Quoi qu’il en soit, depuis des années, ces chercheurs voulaient savoir s’il était possible de modifier génétiquement une plante afin qu’elle produise plus.

Ils disent avoir trouvé un moyen de surmonter les restrictions naturelles liées à la photosynthèse limitant la productivité des plantes. C’est que celles-ci utilisent l’énergie du soleil pour transformer le dioxyde de carbone et l’eau en sucres qui alimentent leur croissance. Or, les étapes chimiques impliquées dans ce processus produisent des composés toxiques qui limitent plutôt le potentiel de la plante.

Celle-ci perd alors une énergie précieuse qui aurait pu être utilisée pour augmenter son rendement. Un problème qui peut affecter jusqu’à 36% du rendement des plantes telles que le soja, le riz, les fruits et légumes, selon Paul South, chercheur au US Agricultural Research Service. La situation est encore plus courante à des températures plus élevées et dans des conditions de sècheresse.

Faire économiser l’énergie à la plante

Les chercheurs américains ont alors conçu un raccourci pour rendre le processus plus économe en énergie. Concrètement, ils ont implanté une portion d’ADN d’algue verte dans les cellules de tabac afin de créer une sorte de raccourci biologique. Ce qui permet à la plante de réaliser plus rapidement la photorespiration ou le processus de respiration des plantes à la lumière. Donald Ort, l’auteur principal de l’expérience la résume en ces termes : «C’est comme un raccourci en voiture, vous réduisez la distance et consommez moins d’essence (…) La plante peut consacrer cette énergie à sa croissance, au lieu de l’utiliser pour métaboliser ces molécules toxiques»

Lors des essais sur le terrain ils ont constaté une augmentation de 40% de la biomasse végétale. C’est la première fois qu’un tel résultat est obtenu dans un champ ouvert avec cette technique, débattue depuis des années. D’autres techniques de limitation de la photorespiration, présentaient l’inconvénient de nuire à d’autres fonctions de la plante. C’est une «technique est ingénieuse car elle ne produit pas d’effets secondaires», selon David Stern, président de l’Institut Boyce Thompson.

Même si le travail initial a été effectué sur le tabac, l’objectif des chercheurs n’est pas de produire davantage cette plante herbacée originaire d’Amérique centrale. Ils ont choisi les plants de tabac tout simplement parce qu’ils sont faciles et rapides à modifier. Ils forment également une canopée complètement fermée dans le champ, semblable à de nombreuses cultures vivrières. Mais l’objectif des chercheurs est d’utiliser ces résultats pour améliorer les rendements en plants de blé, de soja, de riz, de pommes de terre et de tomates.

Nourrir une population mondiale en forte croissance

Les chercheurs sont de plus en plus préoccupés par la capacité du monde à nourrir une population croissante en période de graves changements climatiques. On prévoit en effet que la demande agricole augmentera de 60 à 120% dans le monde d’ici le milieu de ce siècle par rapport à 2005. Étant donné la faiblesse des rendements des cultures, évalués à moins de 2% par an, on redoute un important déficit d’ici 2050. Cette recherche a d’ailleurs été financée, notamment par la fondation philanthropique de Bill et Melinda Gates préoccupée par les questions de maladie et de famine à travers le monde, ainsi que par le gouvernement britannique.

Alors, peut-on rendre les plantes intrinsèquement plus efficaces, en modifiant leur processus de la photosynthèse? Le professeur Arnold Bloom, de l’Université de Californie Davis, en doute. Il rappelle que de nombreux essais similaires à celui des chercheurs de l’Illinois ont été réalisés depuis cinq ou six ans, sans jamais aboutir. Il dit avoir lui-même déjà publié dans la revue Nature une étude montrant que la photorespiration n’était pas une fonction inutile des plantes. Il ne croit donc pas qu’on puisse réinventer la photosynthèse.

Les risques liés aux PGM

Cela dit, l’idée de modifier génétiquement des plantes est reçue avec méfiance par certains lorsqu’ils n’y sont pas carrément hostiles. Cultivées pour la première fois au milieu des années 1990, ces plantes se sont imposées dans de nombreux pays, tels que les États-Unis, le Brésil, l’Argentine ou l’Inde. Mais plusieurs se posent encore des questions sur leur innocuité.

Sont-elles nuisibles ou néfastes à la santé humaine et animale? Quels sont leurs impacts environnementaux? On fait aussi état de la résistance des ravageurs aux protéines insecticides produites par une partie de ces plantes génétiquement modifiées (PGM,) et j’en passe. Alors, les PGM : bonnes ou dangereuses? En attendant d’y voir plus clair et malgré les assurances de quelques scientifiques, des pays comme la France ou l’Allemagne ont opté pour le principe de précaution en les interdisant.

(Avec l’AFP, BBC)

Lire aussi

À cause d’un grain génétiquement modifié, l’offre et la vente de blé canadien suspendues par le Japon

La croisade des consommateurs contre les OGM prend de l’ampleur en Amérique

Pourquoi le Canada permet-il des saumons transgéniques dans nos plats?

Share
Mots-clés : , ,
Publié dans : Économie, Environnement, International, Politique, Santé, Société

Vous avez remarqué une erreur ou une faute ? Cliquez ici !

@*@ Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 caractères restants

Note: En nous soumettant vos commentaires, vous reconnaissez que Radio Canada International a le droit de les reproduire et de les diffuser, en tout ou en partie et de quelque manière que ce soit. Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s'ils respectent la nétiquette.

Nétiquette »

Quand vous vous exprimez dans le cadre d'une tribune, vous devez être aussi courtois que si vous parliez à quelqu'un face à face. Les insultes et attaques personnelles ne seront pas tolérées. Ne pas être d'accord avec une opinion, une idée ou un événement est une chose, mais manquer de respect envers autrui en est une autre. Les grands esprits ne se rencontrent pas toujours, et c'est bien là l'intérêt des tribunes!

La nétiquette est l'ensemble des règles de conduite régissant le comportement des internautes. Avant d'intervenir dans une tribune, il est important d'en prendre connaissance. Sinon, on risque l'expulsion!

  1. Les tribunes de RCInet.ca ne sont pas anonymes. Au moment de s'inscrire, les utilisateurs sont tenus d'indiquer leurs nom, prénom et lieu de résidence, qui s'afficheront au moment de la publication de leur commentaire. RCInet.ca se réserve le droit de ne pas publier un commentaire s'il existe un doute quant à l'identité de son auteur.
  2. L'usurpation de l'identité d'autrui dans l'intention d'induire en erreur ou de causer un préjudice est une infraction grave passible d'expulsion.
  3. Les tribunes de Rcinet.ca sont ouvertes à tous, quels que soit l'âge, l'origine ethnique, la religion, le sexe ou l'orientation sexuelle.
  4. Les propos diffamatoires, haineux, racistes, xénophobes, homophobes, sexistes ou disgracieux envers l'origine ethnique, l'appartenance à une religion ou à un groupe d'âge ne seront pas publiés.
  5. Dans Internet, les majuscules équivalent aux cris et peuvent être interprétées comme de l'agressivité, ce qui est plutôt désagréable pour vos interlocuteurs. Tout message contenant un ou des mots écrits en majuscules (à l'exception des sigles et des acronymes) sera rejeté. Il en sera de même pour les messages contenant un ou des mots en caractères gras, italiques ou soulignés.
  6. Le langage vulgaire, obscène ou malveillant est interdit. Les tribunes sont des lieux publics, et vos propos pourraient heurter certains internautes. Les personnes faisant usage d'un langage grossier seront expulsées.
  7. Le respect mutuel est de mise entre les utilisateurs. Ainsi, il est interdit d'injurier, de menacer ou de harceler un utilisateur. Vous pouvez exprimer votre désaccord avec une idée sans attaquer quiconque.
  8. L'échange d'arguments et de vues contradictoires est un élément clé d'un débat sain, mais il ne doit pas prendre la forme d'un dialogue ou d'une discussion privée entre deux participants qui s'interpellent sans égard aux autres participants. Les messages de ce type ne seront pas affichés.
  9. Radio Canada International diffuse en cinq langues. Les échanges dans les forums doivent se faire dans la même langue que le contenu que nous publions. L'usage d'autres langues, à l'exception de quelques mots, est interdit. Les messages sans rapport avec le sujet ne seront pas publiés.
  10. L'envoi de messages à répétition nuit aux échanges et ne sera pas toléré.
  11. L'insertion d'images ou de tout autre type de fichier dans les commentaires est interdite. L'inclusion d'hyperliens vers d'autres sites est permise, à condition qu'ils respectent la nétiquette. Toutefois, Radio Canada International n'est aucunement responsable du contenu de ces sites.
  12. La copie d'un texte d'autrui, même avec référence à son auteur, est inacceptable si cet extrait constitue la majeure partie du commentaire.
  13. La publicité et les appels à la mobilisation, sous quelque forme que ce soit, sont interdits dans les tribunes de Radio Canada International.
  14. Tous les commentaires et autres types de contenus sont modérés avant publication. Radio Canada International  se réserve le droit de ne pas publier les messages des internautes.
  15. Radio Canada International se réserve le droit de fermer une tribune à tout moment, sans préavis.
  16. Radio Canada International se réserve le droit de modifier ces règles de conduite (nétiquette) en tout temps, sans préavis.
  17. En participant à ses tribunes, vous autorisez Radio Canada International à publier vos commentaires sur la toile pour un temps indéfini. Cela suppose aussi que ces messages seront indexés par les moteurs de recherche d'Internet.
  18. Radio Canada International  n'est nullement tenue de retirer vos messages du web, si un jour vous en faites la demande. Nous vous invitons donc à bien réfléchir à vos propos et aux conséquences de leur publication.

*