« Cessez de romancer le développement de l’Arctique » affirment les dirigeants autochtones

Share

Adaptation française par Khady Beye

Aili Keskitalo, président du Parlement lapon de Norvège, a appelé les politiciens et l'industrie à cesser de glorifier le développement des ressources dans le Grand Nord quand elle s’est adressée à la tribune d’Arctic Frontiers lundi. (Eilis Quinn / Regard sur l’Arctique)
Aili Keskitalo, président du Parlement lapon de Norvège, a appelé les politiciens et l’industrie à cesser de glorifier le développement des ressources dans le Grand Nord quand elle s’est adressée à la tribune d’Arctic Frontiers lundi. (Eilis Quinn / Regard sur l’Arctique)

Tromsø, Norvège – Les communautés autochtones à travers le Nord vivent des difficultés économiques et demandent le développement, mais selon leurs conditions et avec leur complète participation.

C’est ce message que les leaders autochtones de l’Arctique ont voulu transmettre lorsqu’ils se sont adressés aux personnalités politiques et d’affaires présentes lors de la session directive d’ouverture de la conférence Arctic Frontiers à Tromsø en Norvège lundi.
Aili Kaskitalo, président du Parlement Sami en Norvège, l’organisation qui représente les éleveurs de rennes autochtones, a déclaré qu’on ne peut exagérer l’ampleur de l’impact que le changement climatique a sur les communautés nordique, qui inclue les compagnies externes et les pressions politiques qui se disputent les terres et ressources.

« L’Histoire nous a montré qu’il n’est pas suffisant de faire confiance aux autres » a dit Keskitalo. «Les peuples autochtones ont tous des histoires à raconter à propos de bévues historiques menées au nom de l’économie et le développement moderne. »

Victimes de l’atténuation climatique et de l’extraction des ressources

Même les stratégies d'atténuation des changements climatiques comme l'énergie éolienne peuvent être néfastes pour les communautés autochtones quand elles sont laissées hors du processus de prise de décision, disent les leaders autochtones. (iStock)
Même les stratégies d’atténuation des changements climatiques comme l’énergie éolienne peuvent être néfastes pour les communautés autochtones quand elles sont laissées hors du processus de prise de décision, disent les leaders autochtones. (iStock)

Malheureusement, nombre de ces « bévues » se poursuivent aujourd’hui.

L’installation des énergies renouvelables comme les fermes d’éoliennes fait des ravages en Laponie, la patrie traditionnelle qui va de l’Arctique norvégien jusqu’en Suède et en Finlande et dans le nord-ouest de la Russie.
En Suède et en Norvège ces parcs éoliens ont détruit les terres traditionnelles de pâturage des rennes et causé des problèmes mentaux et financiers pour les Lapons qui comptent sur les animaux pour gagner leur vie.

Même aujourd’hui, les entreprises comme Fred. Olsen Renewables prévoient installer 72 éoliennes sur des terres de pâturage importantes pour les éleveurs de rennes des districts d’Aarjel-Njaarke et Voengelh-Njaarke. Malgré l’opposition des Lapons, le projet a été approuvé par les autorités.
« Je demande un leadership responsable de la part des autorités politiques et des (acteurs) industriels dans le Nord», a déclaré Keskitalo à la conférence. « Les peuples autochtones sont prêts à participer à la recherche de solutions viables pour le climat, l’énergie et les ressources. Il est impératif toutefois que nous soyons considérés comme faisant partie de la solution et non du problème « .

Focus sur les gens, pas les icebergs et les animaux

"Trop souvent, lorsque nous parlons de changement climatique dans l'Arctique, on ne fait aucune mention des peuples de l'Arctique," a déclaré lundi Vittus Qujaukitsoq, le ministre des Finances du Groenland, des ressources minérales et des Affaires étrangères "La dimension humaine est bien trop souvent négligée, comme si l'Arctique était un sanctuaire d’animaux sauvages sans habitants humains."
« Trop souvent, lorsque nous parlons de changement climatique dans l’Arctique, on ne fait aucune mention des peuples de l’Arctique, » a déclaré lundi Vittus Qujaukitsoq, le ministre des Finances du Groenland, des ressources minérales et des Affaires étrangères « La dimension humaine est bien trop souvent négligée, comme si l’Arctique était un sanctuaire d’animaux sauvages sans habitants humains. »

Selon les leaders autochtones, il s’agit d’abord de changer la manière dont les acteurs politiques, industriels et environnementaux pensent.

« L’Arctique c’est tellement plus que les icebergs, les calottes glaciaires et les animaux utilisés comme de simples symboles pour les mouvements de conservation de l’Ouest », a déclaré Vittus Qujaukitsoq, le ministre des Finances, des ressources minérales et des Affaires étrangères du Groenland. « L’Arctique est habité par des gens qui y ont vécu pendant des milliers d’années. »
Cette idée que l’Arctique est une région vide a permis aux gens du sud de continuer à projeter leurs valeurs et aspirations sur la région.

Cela doit être corrigé, dit Qujaukitsoq

«Il est important de souligner que ce sont les peuples de l’Arctique qui devrait prendre les décisions importantes. Il ne revient pas à d’autres pays, qu’ils soient en Europe, en Amérique du Nord, en Asie ou ailleurs; de déterminer l’avenir. Ce devraient être les peuples de l’Arctique qui devraient contrôler leur propre destin et avenir en coopération avec les partenaires internationaux « .

Le développement génère les infrastructures, les emplois

Un groupe de gens debout à l'intérieur de la mine d'or dans la montagne du Groenland Nalunaq dans cette photo de 2009. La richesse souterraine a été au cœur des deux dernières élections au Groenland alors que les inquiétudes sur les conséquences environnementales de l'exploitation minière à l'afflux potentiel de la main-d'œuvre chinoise occupaient les esprits. (Joachim Adrian / Polfoto / AP)
Un groupe de gens debout à l’intérieur de la mine d’or dans la montagne du Groenland Nalunaq dans cette photo de 2009. La richesse souterraine a été au cœur des deux dernières élections au Groenland alors que les inquiétudes sur les conséquences environnementales de l’exploitation minière à l’afflux potentiel de la main-d’œuvre chinoise occupaient les esprits. (Joachim Adrian / Polfoto / AP)

Le Groenland est un exemple de réussite à émuler.

Le territoire autonome dans le royaume du Danemark est riche en uranium et métaux rares utilisés dans nombreuses industries : des voitures aux avions en passant par les écrans d’ordinateur et les radiographies.

L’entreprise australienne Greenland Minerals and Energy Limited va développer le projet Kvanefjeld dans le sud du Groenland; un projet qui va créer des emplois, un savoir-faire et une infrastructure essentielle dans cette région éloignée.

La question de l’exploitation minière n’a pas été sans controverse, mais le gouvernement groenlandais est convaincu qu’il fait bien les choses. L’extraction des ressources contribue à la diversification de l’économie, qui s’avère particulièrement importante lorsque l’on s’ait que 90% des exportations actuelles du Groenland sont liées à l’industrie de la pêche; une industrie des plus volatiles.

Une approche locale

Le développement des ressources dans l’Arctique, guidé et réglementé par les communautés autochtones qui y vivent, est la clé pour aller de l’avant, a déclaré Tara Sweeney, une femme d’affaires Inupiat de l’Alaska, qui est maintenant présidente du Conseil économique de l’Arctique, un organisme créé sous la présidence du Conseil de l’Arctique du Canada (2013-2015) pour promouvoir les entreprises dans les collectivités nordiques.
«Les habitants de l’Arctique sont vos experts de l’Arctique» affirme-t-elle. «Nous sommes les experts en la matière avec une base de connaissances qui ne devrait pas être négligée et sous-évaluée. Nous sommes des hommes et des femmes d’affaires de succès qui pratiquent aussi la chasse, la pèche et la cueillette».

Les ministres et les politiciens étrangers à Arctic Frontiers ont souligné l'importance du respect des peuples autochtones dans le Nord lundi, mais Aili Keskitalo, présidente du Parlement lapon de Norvège (photo ci-dessus) a dit à Regard sur l’Arctique qu'ils avaient besoin de «faire ce qu’ils disent» et ne pas seulement «parler pour parler.» (Eilis Quinn / Regard sur l’Arctique)
Les ministres et les politiciens étrangers à Arctic Frontiers ont souligné l’importance du respect des peuples autochtones dans le Nord lundi, mais Aili Keskitalo, présidente du Parlement lapon de Norvège (photo ci-dessus) a dit à Regard sur l’Arctique qu’ils avaient besoin de «faire ce qu’ils disent» et ne pas seulement «parler pour parler.» (Eilis Quinn / Regard sur l’Arctique)

« L’agent de réduction du risque idéal pour tout projet ou opportunité de développement économique est la collaboration locale ».
Lors de la conférence, la politicienne laponne Aili Keskitalo a terminé son discours en lançant un défi aux responsables politiques et économiques dans le public.

« Je voudrais qu’on arrête (de romancer) les possibilités industrielles et plus de lucidité face à la dure réalité de ce que nos cieux, nos terres et mers nous disent, » dit-elle.

« Nous entendons souvent des arguments sur la façon dont (les peuples autochtones) doivent s’adapter à l’évolution des temps et nous l’avons fait. Voilà pourquoi nous sommes toujours là. Maintenant, c’est aux gouvernements et aux secteurs d’activité de changer leurs valeurs ainsi que leurs attitudes et leurs actions envers les peuples autochtones du monde entier « .

Share
Eilís Quinn, Regard sur l'Arctique

Eilís Quinn, Regard sur l'Arctique

Eilís Quinn est journaliste responsable du site Regard sur l'Arctique/Eye On The Arctic, une coproduction circumpolaire de Radio Canada International. En plus des nouvelles quotidiennes et de son blogue, Eilís produit des documentaires et des séries multimédias. Elle s'intéresse notamment aux problèmes auxquels font face les peuples autochtones dans l'Arctique. Son documentaire « Bridging the Divide » a été finaliste aux Webby Awards 2012. Son travail en tant que journaliste au Canada et aux États-Unis et comme animatrice pour la série de Worldwide Discovery/BBC intitulée « Best in China » l'a menée dans certaines des régions les plus froides du monde telles que les montagnes tibétaines, le Groenland, l'Arctique russe, le Yukon, le Nunavut et le Nunavik.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *