Nos ours polaires ont vraiment de quoi sacrer ce printemps

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Un ours polaire dans un bain de fleurs au printemps, capturé par le photographe Dennis Fast Crédit photo : Dennis Fast
Un ours polaire dans un bain de fleurs au printemps, capturé par le photographe Dennis Fast
Crédit photo : Dennis Fast
Les ours polaires canadiens déjà des maitres-nageurs hors pair doivent apprendre à nager encore plus loin et plus longtemps dans les eaux printanières à cause d’une fonte des glaces plus prononcée et précipitée que jamais.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais il devient de mieux en mieux documenté notamment grâce aux résultats d’une toute nouvelle enquête que vient de réaliser une équipe de scientifique de l’Université de l’Alberta dans l’Ouest canadien.

Dans cette province qui ne touche à aucun océan, les auteurs de l’étude ont effectué une série d’expédition plus au nord pour y examiner pendant 5 ans les déplacements de 117 ourses polaires et de 18 oursons.

Les observations ont eu lieu dans deux zones bien distinctes, l’une a l’Ouest et l’autre a l’Est. D’abord donc dans la mer de Beaufort qui s’étend des côtes australes des Territoires-du-Nord-Ouest et du Yukon jusqu’à l’Alaska. Ensuite dans la baie d’Hudson cette vaste mer intérieure entre le Québec et l’Ontario et qui débouche plus au nord sur l’océan Arctique.

Les scientifiques ont observé une augmentation marquée de la fréquence de déplacements de plus de 50 km à la nage, avec une distance médiane de 92 km.

Certains ours polaires observés ont parcouru plus de 400 km à la nage et certains de ces déplacements ont duré plus de 9 jours.

Des maîtres-nageurs qui peinent à rester des maitres-pêcheurs

Selon le groupe de conservation Polar Bears International (PBI), qui a participé à l’étude de l’Université de l’Alberta, le fait de nager sur de grandes distances est très pénible pour nos ours polaires, et est particulièrement épuisant pour leurs oursons.

« Cette étude s’ajoute aux preuves scientifiques, déjà abondantes, qui démontrent qu’il faut protéger les glaces pour être en mesure de conserver cette espèce pour les générations futures », affirme Alysa McCall, coauteure de l’étude et scientifique chez PBI.

Selon les auteurs de l’étude, il y a maintenant un lien direct mathématique entre le changement climatique et la fréquence des nages de longue distance des ours polaires.

Un ours polaire nage dans l’océan Arctique canadien. © Dan Guravich/Polar Bears International
Un ours polaire nage dans l’océan Arctique canadien. © Dan Guravich/Polar Bears International
La banquise fond et atteint un plancher record encore cette année

À la fin mars, la NASA et un centre de recherche américain qui compile des données depuis 37 ans révélaient que l’étendue de glace dans l’Arctique au nord du continent nord-américain vient d’atteindre ce printemps un plancher record pour une deuxième année d’affilée.

Selon le Centre national de la neige et de la glace des États-Unis, l’étendue maximale de glace en Arctique avant le début de la fonte des neiges était de 20 000 kilomètres carrés de moins cet hiver que lors du précédent record établi l’an dernier.

« Je n’ai jamais vu un hiver si chaud et si fou en Arctique. La chaleur revenait sans cesse » déclarait le directeur du centre Mark Serreze.

Les températures enregistrées au-dessus de l’océan Arctique pendant les mois de décembre, janvier et février étaient de 2 à 6 degrés Celsius au-dessus des normales de saison.

Des températures situées au-dessus du point de congélation ont même été décelées au pôle Nord au coeur de l’hiver. Ce record surgit après 10 mois d’affilée de records mondiaux de chaudes températures.

Un ours solitaire sur la banquise © CBC
Un ours solitaire sur la banquise © CBC
El Nino n’explique pas tout

Le phénomène El Nino a été particulièrement fort au cours des derniers mois dans l’océan Pacifique, ce qui a entraîné des températures plus douces sur plusieurs parties de l’Amérique du Nord.

Les scientifiques ne croient toutefois pas qu’El Nino soit responsable de la fonte des glaces en Arctique, mais ils soutiennent que la quantité de glace dans les régions nordiques est liée aux changements qui surviennent dans les climats au Sud.

Ils suggèrent qu’une diminution de la glace affecte le tracé du courant-jet, un courant d’air en haute altitude qui souffle de l’ouest vers l’est entre les 30e et 45e parallèles. Un courant-jet plus hésitant serait associé à des pluies torrentielles et de la sécheresse au centre et au sud du continent.

Rappelons qu’une bonne partie de la frontière canadienne suit le 49e parallèle depuis la région des Grands Lacs dans la région ouest de la province de l’Ontarion jusqu’au détroit de Juan de Fuca (au sud de l’île de Vancouver) dans la province de la Colombie-Britannique.

Depuis le début de la surveillance par satellite dans les années 1970, la glace en Arctique fond à un rythme de 12 % par décennie. L’Arctique se réchauffe à une cadence deux fois plus rapide que le reste du globe.

Le saviez-vous? Les pénis des ours polaires éprouvent eux aussi des difficultés
Les ours polaires du Zoo sauvage de Saint-Félicien
Les ours polaires du Zoo sauvage de Saint-Félicien

Les conséquences pour la reproduction des ours polaires sont les mêmes et elles menacent les chances de survie de cette espèce.
Le coupable cette fois n’est pas le réchauffement climatique, mais des composés toxiques chimiques appelés PCB, ou Polychlorobiphényles.
Ces produits sont notamment employés comme isolants électriques pour les transformateurs électriques.
Après leur apparition dans les années 50, ces produits se sont avérés rapidement nocifs pour l’environnement et pour l’homme et maintenant pour le pénis des ours polaires.
Les PCB ont un effet direct d’affaiblissement de l’os pénien chez les ours polaires. Cet os n’existe plus chez l’homme, ayant disparu au cours de l’évolution de notre espèce, mais il est présent dans le pénis de nombreux mammifères, dont l’ours polaire, et il facilite leurs rapports sexuels.
Une plus faible densité dans les os péniens expose les ours à des probabilités plus élevées de fractures et peut réduire leurs chances de se reproduire.

En vertu des lois canadiennes, les photographes doivent observer une distance d’au moins 100 mètres des ours polaires. © Daisy Gilardini
En vertu des lois canadiennes, les photographes doivent observer une distance d’au moins 100 mètres des ours polaires. © Daisy Gilardini

RCI avec des informations de La Presse canadienne et de Radio-Canada ainsi que la contribution de Sandra Gagnon, Rudy Desjardins et Arnaud Decroix de Radio-Canada

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Stéphane Parent, Radio Canada International

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