Let’s Move On : la parole à Paul Okalik, pionnier du Nunavut

Share
Le premier ministre du Nunavut Paul Okalik à la clôture de la Conférence des premiers ministres de l’Ouest canadien, en 2008, en compagnie de son homologue des Territoires du Nord-Ouest Floyd Roland (arrière), à Prince Albert, en Saskatchewan. (Jonathan Hayward/La presse canadienne)
Le Nunavut, dernière bouture des Territoires du Nord-Ouest et rêve nationaliste.

Dans Let’s move on, le premier premier ministre de l’histoire du Nunavut, Paul Okalik, se confie à l’ancien journaliste de L’Aquilon, Louis McComber, sur son parcours personnel et politique, sur la destinée du territoire qu’il a contribué à fonder.

On ne connaît vraiment pas l’importance de la création du Nunavut aujourd’hui au Canada, déplore Louis McComber, « au Québec moins qu’ailleurs, où même les gens cultivés ne voient pas la différence entre le Nunavut et le Nunavik ».

Et pourtant, le Nunavut a été et est toujours la seule entité politique majoritairement autochtone représentée à Ottawa. C’est la dernière bouture — après le Yukon, le Manitoba, etc. — des Territoires du Nord-Ouest, précise Louis McComber, et, en quelque sorte, la réalisation du rêve de Louis Riel d’un gouvernement autochtone. Paul Okalik a joué un rôle prédominant dans la création du Nunavut; Louis McComber a mené une série d’entrevues avec lui alors qu’il était ministre de la Justice du Nunavut. Paul Okalik se dévoile dans ce récit qui oscille entre autobiographie et essai historique et conserve une part de son oralité originelle.

Un parcours mouvementé

Né en 1964, Paul Okalik passe une partie de sa jeunesse dans le pensionnat indien d’Iqaluit. Il sera plus tard expulsé de son école pour consommation d’alcool, un problème avec lequel il devra longtemps se battre. Il a un côté « bum », souligne Louis McComber. Ça ne l’empêche pas de participer aux négociations territoriales du Nunavut et d’ensuite d’obtenir un baccalauréat en sciences politiques et en études canadiennes de l’Université Carleton (Ottawa), puis d’être reçu au Barreau des Territoires du Nord-Ouest en 1999.

Cette même année ont lieu les premières élections du Nunavut, nouveau territoire créé à partir des TNO en 1993, et Paul Okalik en devient le premier premier ministre. Il fera deux mandats et occupera aussi les postes de ministre de la Justice et de la Santé. En 2017, il démissionne du Cabinet en signe de protestation contre l’ouverture d’un magasin d’alcool à Iqaluit alors qu’aucun centre de traitement n’existe au Nunavut. La même année, lors des élections d’octobre, il perd son siège de député d’Iqaluit-Sinaa.

« Okalik a une pensée très libérale, de dire Louis McComber, sur le mariage gai, les LGBTQ. C’est un environnementaliste, un libéral à la Trudeau. » Selon M. McComber, Paul Okalik est un personnage déterminant de l’histoire du Nunavut, mais sans avoir le charisme de l’actuel premier ministre de ce territoire, Paul Quassa.

Dans Let’s move on, Louis McComber revient sur le parcours personnel et politique du premier premier ministre de l’histoire du Nunavut. (Courtoisie : Baraka Books)
La parole aux leaders du Nunavut

Let’s move on est le 12e livre de Louis McComber consacré à donner la parole à des leaders déterminants de l’histoire du Nunavut. Il a, dit-il, voulu donner des références aux jeunes Inuits ayant davantage de littératie que leurs parents. Alors que ses 11 premiers titres ont été publiés chez Nunavut Arctic College, celui-ci paraît chez l’éditeur montréalais Baraka Books. Anthropologue de formation, Louis McComber a demeuré au Nunavut de 1993 à 2005 et a collaboré à L’Aquilon, au Nunatsiaq News et à CBC North.

Le Nunavut aujourd’hui ne ressemble certainement pas à ce que ses fondateurs ont espéré et nombre de ses citoyens, affirme Louis McComber, auraient souhaité que la séparation d’avec les Territoires du Nord-Ouest, où le poids démographique des Autochtones a considérablement diminué, n’ait jamais eu lieu. Il parle « d’incroyable espoir et d’incroyable désillusion ».

« Les indicateurs sociaux sont dans le tapis, s’exclame Louis McComber, c’est pire qu’au moment de la séparation avec les Territoires du Nord-Ouest. Les conditions de vie se sont détériorées. Le Nunavut est le parent pauvre du développement arctique, même en comparaison avec la vallée du Mackenzie. Le torchon brûle sur la question des langues. »

Les promesses financières non tenues du gouvernement fédéral sont une cause majeure de ce marasme, selon l’anthropologue. Des 600 M$ promis lors de sa création, le Nunavut n’aurait reçu que 25 %. Nunavut Tunngavik inc. a plus tard poursuivi le fédéral pour 1 milliard de dollars et obtenu 255 M$ en compensation en 2015.

Ce modèle a-t-il pour autant alimenté le refus de l’autonomie proposée aux habitants du Nunavik en 2011? Louis McComber ne le croit pas, analysant le « non » comme une crainte de tomber encore davantage sous le joug du Québec. « Ça a été une erreur formidable du Nunavik, croit-il. Avec la Paix des Braves, les Cris ont joué le jeu du Québec et ont dépassé les Inuits en termes de développement. »

Let’s move on, Baraka Books, Mai 2018, 200 pages

Le drapeau canadien flotte aux côtés du drapeau du Nunavut à l’aube du 10e anniversaire du Nunavut, à Iqaluit, en 2009. (Nathan Denette/La presse canadienne)
Share

Denis Lord, L'Aquilon

Pour d’autres nouvelles sur le Nord du Canada, visitez le site de L’Aquilon.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *