Le Groenland se prépare à des pourparlers de coalition après un scrutin aux résultats très serrés

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Le candidat du parti Siumut Karl Kristian Kruse, à gauche, et le leader du parti Siumut et premier ministre du pays, Kim Kielsen, prennent la pose à l’extérieur de Godthaabshallen, le jour des élections à Nuuk au Groenland, mardi dernier. Le parti Siumut l’a emporté avec 27,2 % des votes. (Christian Klindt Soelbeck/Ritzau Scanpix via AP)
Avec les résultats des élections de mercredi, le monde bouleversé de la politique groenlandaise est sur le point de devenir beaucoup plus intéressant alors que le territoire se prépare à des négociations de coalition dans les jours à venir.

Le parti social-démocrate du premier ministre groenlandais Kim Kielsen, Siumut, a pris la tête avec 27,2 % des voix. Il est suivi par l’Inuit Ataqatigiit de centre gauche, dirigé par Sara Olsvig, avec 25,5 % des voix. Les Démocrates de centre droit, dirigés par Randi Vestergaard Evaldsen, arrivent quant à eux en troisième position avec 19,5 % des voix.

Au total, les 31 sièges de l’Inatsisartut, le Parlement du Groenland, seront répartis entre sept partis différents.

Kielsen du parti Siumut était à la tête du précédent gouvernement de coalition formé avec l’Inuit Ataqatigiit de Sara Olsvig.

Les experts de l’Arctique disent qu’ils s’attendent à ce que Kielsen fasse de même cette fois-ci, mais que la quasi-triple égalité rend toutes les alliances politiques possibles.

« C’était un scrutin très serré », a déclaré Martin Breum, un journaliste spécialiste de l’Arctique et auteur du  livre à paraître Cold Rush : L’étonnante histoire vraie de la nouvelle quête du Nord polaire.

« La partie la plus excitante maintenant est de savoir avec qui Kim Kielsen va former un gouvernement majoritaire. N’importe quoi peut arriver. Le choix des partenaires de coalition nous dira dans quelle direction ira le gouvernement du Groenland. »

L’indépendance et la Chine ne sont plus des sujets de campagne centraux

Bien que la couverture médiatique internationale anglophone ait claironné les thèmes de l’indépendance et des perspectives d’investissement chinois, sujets qui ont occupé les cycles électoraux groenlandais par le passé, les experts de l’Arctique affirment que ce sont les enjeux locaux qui ont marqué la présente campagne électorale; des thèmes comme l’éducation, la construction d’un nouvel aéroport et l’agrandissement de deux autres aéroports existants sur le territoire.

« Les principaux problèmes abordés ont été le bien-être social, l’économie, l’exploitation minière; tous des éléments qui contribuent à la construction d’une meilleure économie pour le Groenland — des problématiques diverses et très terre à terre », a déclaré Rasmus Leander Nielsen, professeur adjoint à l’Institut des sciences sociales, de l’économie et du journalisme de l’Université du Groenland, dans une interview téléphonique à partir de Nuuk avec Eye on the Arctic.

Un site controversé
Un pêcheur au Groenland en 2011. La pêche est le principal moteur économique du territoire et les réformes industrielles figurent parmi les priorités politiques. (Brennan Linsley/AP Photo)

L’ancien gouvernement de coalition de Kim Kielsen avec Sara Olsvig n’a été constitué qu’après que l’Inuit Ataqatigiit, qui est anti-uranium, et Siumut, un pro-uranium, aient accepté de mettre leurs différends de côté. Breum pense que ce ne sera peut-être pas le cas cette fois-ci.

Le site de Kvanefjeld dans le sud du Groenland a longtemps été un casse-tête politique pour le territoire.
On pense qu’il contient un important réservoir de terres rares, des matériaux utilisés dans tout, de l’électronique à l’automobile. Kielsen a dépensé un énorme capital politique pour vanter les retombées économiques et les potentiels emplois créés par ce potentiel projet. Olsvig a de son côté exprimé son inquiétude sur toutes sortes de thèmes, de l’environnement aux impacts sanitaires du plan, car l’extraction de l’uranium serait un corollaire de l’exploitation des terres rares du site.

« C’est une question explosive qui, cette fois-ci, pourrait à elle seule entraver la coopération », a déclaré mercredi Breum à Eye on the Arctic au téléphone depuis Kangerlussuaq, au Groenland mercredi.

Parmi les autres problèmes potentiels, on peut citer le désaccord sur les réformes de l’industrie de la pêche, la raison principale pour laquelle Kielsen a déclenché l’élection de mardi.

« C’est à débattre et nous ne savons vraiment pas ce qui va se passer », a déclaré Nielsen.

« Je m’attends à ce que cela se concentre sur un seul problème ou sur un sujet précis. Est-ce que ce sera autour de l’exploitation minière? Est-ce que ce sera autour de la pêche? Ou les parties vont-elles se réunir à nouveau et accepter d’être en désaccord? »

« C’est beaucoup d’incertitude, mais c’est ce qui rend la politique groenlandaise vraiment, vraiment intéressante. »

Texte de Eilis Quinn traduit par Jean-Baptiste Hervé, Regard sur l’Arctique

 

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Eilís Quinn, Regard sur l'Arctique

Eilís Quinn, Regard sur l'Arctique

Eilís Quinn est journaliste responsable du site Regard sur l'Arctique/Eye On The Arctic, une coproduction circumpolaire de Radio Canada International. En plus des nouvelles quotidiennes et de son blogue, Eilís produit des documentaires et des séries multimédias. Elle s'intéresse notamment aux problèmes auxquels font face les peuples autochtones dans l'Arctique. Son documentaire « Bridging the Divide » a été finaliste aux Webby Awards 2012. Son travail en tant que journaliste au Canada et aux États-Unis et comme animatrice pour la série de Worldwide Discovery/BBC intitulée « Best in China » l'a menée dans certaines des régions les plus froides du monde telles que les montagnes tibétaines, le Groenland, l'Arctique russe, le Yukon, le Nunavut et le Nunavik.

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