Un projet majeur de recherche sur l’eau installé dans le Grand Nord canadien

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Ella Kokelj (centre), élève de 10e année, en compagnie des hydrologues Anna Coles et Ryan Connon du Northern Water Futures. (Denis Lord/L’Aquilon)
Le plus gros projet universitaire de recherche sur l’eau au monde a une assise à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest.

Doté d’un budget d’environ 150 M$, Global Water Futures est le plus gros projet universitaire de recherche sur l’eau au monde. À l’invitation d’Ecology North dans le cadre de la Semaine de la Terre, deux hydrologues de l’antenne de ce projet à Yellowknife sont venus au centre Prince-de-Galles faire connaître leurs études, qui doivent se poursuivre jusqu’en 2023.

Global Water Futures vise notamment à diagnostiquer et anticiper les changements hydrologiques dans un contexte de réchauffement climatique, à développer des outils pour prévenir les catastrophes. Il s’agit d’un consortium tentaculaire avec 140 partenaires à l’échelle internationale. Dix-huit universités canadiennes participent à ce projet, mais à la base, il été mis sur pied par l’Université de Saskatchewan, en partenariat avec les universités Wilfrid Laurier, Waterloo et McMaster.

Northern Water Futures constitue une branche de ce vaste projet de recherche, plus spécifiquement dirigé par l’Université Wilfrid Laurier. « Les changements climatiques sont beaucoup plus rapides dans le Nord que n’importe où dans le monde, explique l’hydrologue Anna Coles. Ils y sont quatre fois plus rapides que la moyenne planétaire. Les conséquences de ce réchauffement vont donc potentiellement arriver ici en premier. Dans son allocution, Craig [Scott, le directeur général d’Ecology North,] appelle ça le canari dans la mine de charbon, celui qui averti tout le monde de se réveiller. »

L’Université Laurier a un partenariat de recherche avec le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest (GTNO) depuis 2010, partenariat valide jusqu’en 2020, qui sera bientôt renouvelé pour une autre décennie.

Depuis septembre dernier, Laurier a son antenne permanente à Yellowknife, qui facilite grandement les recherches aux TNO et les rencontres avec les collaborateurs gouvernementaux.

Stations de recherche

Anna Coles est une des quatre scientifiques qui y travaillent à temps plein, avec entre autres le gestionnaire de bureau et hydrométéorologue Ryan Connon. « L’Université Laurier a plusieurs stations de recherche à travers les Territoires, explique ce dernier, dont ce que j’appelle des laboratoires vivants, où nous avons des infrastructures. À Scotty Creek, près de Fort Simpson, dans le pergélisol discontinu, nous étudions la transformation du paysage et la distribution de l’eau en relation avec la fonte du pergélisol. »

Scruté depuis 20 ans, le paysage de cet endroit, fait remarquer Ryan Connon, s’est grandement transformé, évoluant d’un plateau déforesté à un milieu humide sans arbre. Des tourbières se sont formées, se connectant les unes avec les autres, accumulant au passage les précipitations, pour ensuite se jeter dans le ruisseau Scotty. Au fil des ans, le débit de cet affluent de la rivière Liard a augmenté.

Effets sur les arbres

Trail Valley Creek, 50 kilomètres au nord d’Inuvik, et Baker Creek, sont deux autres de ces « laboratoires vivants ». Dans ce dernier, note Anna Coles, près de la mine Giant, la couche de pergélisol dégèle de plus en plus profondément, un phénomène qui affecte la végétation. Nombre de recherches sont faites pour documenter l’accès des arbres à ce supplément d’eau.

Retrouvera-t-on un jour aux Territoires de grands arbres comme dans le Sud du Canada? Anne Coles préfère ne pas se prononcer. « Potentiellement spécule-t-elle, on pourrait assister à un changement de type de forêt, des conifères aux feuillus. »

Son collègue fait observer que la fonte du pergélisol peut avoir des effets différents d’un endroit à l’autre.

À grande échelle, les variables dans un bassin versant sont si nombreuses qu’il devient extrêmement difficile de l’analyser. Il faut donc travailler à plus petite échelle. D’où la pertinence de se concentrer sur un secteur comme Scotty Creek, qui peut être indicatif d’une région plus grande. « Nous devons comprendre comment chacune fonctionne, dit Ryan Connon, et comment on peut alors les combiner dans un modèle et quantifier les changements. »

Pourquoi s’inquiéter?

Dans le Sud, plusieurs personnes se demandent pourquoi tant s’en faire avec une augmentation de température annuelle d’un degré. Mais il n’en faut pas plus pour influer sur le pergélisol. « Lorsqu’il y avait un incendie de forêt dans les 500 dernières années, de dire Ryan Connon, il y avait une dégradation du pergélisol, mais elle était suivie, 30 ou 40 ans plus tard, par une expansion de celui-ci. Dans le climat actuel, on ne voit plus cette reconstitution du pergélisol. »

Anna Coles souligne qu’il est généralement admis que le réchauffement climatique s’accompagnera de plus en plus d’événements extrêmes, comme des inondations et des incendies de forêt sévères.

Un bureau de recherche avant tout

Si des étudiants et des professeurs de l’extérieur vont et viennent au bureau de recherche de l’Université Wilfrid Laurier, il ne s’y donne pas de cours comme tel. « J’aimerais ça, dit Anna Coles, on peut faire de la vulgarisation, il y a du potentiel et de l’intérêt pour ça. »

Des cours pour les étudiants du secondaire de Fort Simpson, de Fort Providence et de Jean Marie River ont été donnés à la station de recherche de Scotty Creek, qui est appelée à servir davantage pour des cours d’observation du pergélisol. « Nous ne donnons pas de cours formels à Yellowknife, dit M. Connan, mais j’aimerais augmenter l’enseignement et la vulgarisation. »

Apprendre l’hydrologie dans une station

En février dernier, des étudiants de Laurier ont donné un cours sur l’hydrologie des régions froides à quatre étudiants de Yellowknife à la station de Hoarfrost River, à 260 kilomètres au nord-est de Yellowknife. Ella Kokelj, élève de 10e année à l’école Sir John Franklin, était parmi ceux-ci, apprenant à recueillir des échantillons de neige, la distribution de l’eau, etc.

« Nous avons passé beaucoup de temps avec des gens de la place, dit-elle, qui connaissaient beaucoup le terrain, ils ont parlé des changements qu’ils ont observés. Ça m’a fait réaliser l’ampleur des changements. C’est intimidant de savoir que les [futures générations] ne verront pas la même Terre que nous et ne l’expérimenterons pas de la même façon. »

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Denis Lord, L'Aquilon

Pour d’autres nouvelles sur le Nord du Canada, visitez le site de L’Aquilon.

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