La santé des jeunes et le commerce, enjeux de la légalisation du cannabis pour le Nord canadien

Share
Un plant de cannabis. (Yarygin/iStock)
Les commerçants du Nord canadien veulent être partie prenante dans l’industrie du cannabis.

La santé des jeunes et la privatisation de la vente ont été les sujets largement privilégiés à l’audience publique sur le projet de loi sur la mise en œuvre de la légalisation et de la réglementation sur le cannabis dans la ville nordique de Yellowknife, le 3 mai dernier, alors que se sont succédés au micro les organismes voués à la santé et les chambres de commerce des Territoires du Nord canadien.

Une quinzaine de personnes seulement se sont présentées à l’audience présidée par Kieron Testart et Shane Thompson, respectivement du Comité permanent sur les opérations gouvernementales et du Comité permanent des programmes sociaux, chargés de faire des recommandations au gouvernement pour son projet de loi.

Six personnes sont venues s’exprimer, une moitié pour parler de santé, l’autre de commerce. Parmi les premiers au micro, l’Association des infirmières agréées des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut et la Chambre de commerce des Territoires du Nord-Ouest s’apprêtaient à déposer un mémoire au gouvernement avant l’échéance du 4 mai, espérant que leurs propositions soient prises en considération dans le projet de loi 6.

Inquiétudes pour la santé

La directrice générale de l’Association des infirmières agréées des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut, Denise Bowen, a dit être venue pour protéger la santé publique et augmenter le niveau de connaissance sur le cannabis. L’âge légal pour consommer devrait être 24 ou 25 ans préconise l’Association; Mme Bowen a cité plusieurs recherches faisant état de problèmes de mémoire, de santé mentale et de motivation que peut entrainer, plus jeune, l’usage chronique de cannabis. Même l’usage occasionnel n’est pas sans danger, a-t-elle souligné.

Elle a rappelé que la consommation pouvait entrainer une baisse de fertilité chez les femmes, et que la mémoire et les capacités d’apprentissage d’enfants nés de mère consommant sont diminués.

Le cannabis a été légalisé en 2012 au Colorado. Il y a beaucoup de leçons à tirer de ce qui s’y passe, avance Mme Bowen, qui s’y est rendue à plusieurs reprises. Elle a notamment parlé de la répartition des magasins de cannabis en fonction du niveau socioéconomique des quartiers, des mesures de sécurité sur les contenants de cannabis à ingérer, ainsi que du quota individuel de plants.

La directrice générale de l’Association des infirmières agréées des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut, Denise Bowen, à l’audience publique sur le projet de loi fédéral sur la mise en œuvre de la légalisation et de la réglementation sur le cannabis au Canada. (Denis Lord/L’Aquilon)

« Si tout le monde a le droit de cultiver trois plants, a expliqué Mme Bowen, on les cultive tous à la même place et on engage quelqu’un pour s’en occuper. C’est arrivé au Colorado et ils ne l’avaient pas vu venir. Ils n’avaient pas prévu non plus qu’un soignant pourrait cultiver des plants pour plusieurs personnes qu’il soigne. »

Pour l’Association de Mme Bowen, il faut continuer à subventionner la recherche sur le cannabis à usage thérapeutique et sur les impacts de cette plante sur la santé. L’Association demande que le projet de loi spécifie les lieux où le cannabis sera vendu, lieux qui devraient être éloignés des écoles, comme le prescrit la loi au Colorado, et différer des lieux de vente d’alcool.

La présidente de l’Association pour la santé publique des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut secteur TNO, Cheryl Case, a abondé dans le même sens. « Il faut être prudent avec ce qu’on ne connait pas, a-t-elle clamé, et il y a beaucoup de choses qu’on ne connait pas à propos du cannabis. On ne sait pas ce que ça va faire à nos enfants, à nos fœtus. Ce projet de loi devrait tenir compte de ça. Nous ne sommes qu’au début de la recherche. »

Le milieu des affaires prône la privatisation

La Chambre de commerce de Yellowknife et celle des Territoires du Nord-Ouest, par le biais de leur directrice, ont toutes deux revendiqué, à l’instar du modèle albertain, la privatisation de la vente du cannabis. Une option que plusieurs citoyens ont formulée lors de la tournée des comités, a rappelé Kieron Testart, dans les petites collectivités entre autres, où les citoyens devront commander leur cannabis par la poste.

La directrice générale de la Chambre de commerce de Yellowknife, Deneen Everett, a appelé le gouvernement à soutenir les petits commerces et la diversification économique. « Plusieurs de nos membres nous ont demandé comment on pouvait investir dans ce commerce », a dit Mme Everett.

Comme Mme Bowen, elle a exprimé sa déception de voir le cannabis vendu à la même place que l’alcool, ce que désapprouve également le rapport McLellan [émis par le groupe de travail sur la légalisation du cannabis, mandaté par le gouvernement fédéral].

Des propos appuyés par sa collègue de la Chambre de commerce des TNO, Caroline Wawzonek. « Le modèle des TNO est inconsistant, a-t-elle dénoncé. La façon dont les gens pourraient devenir des commerçants n’est ni transparente ni innovante. […] Pour nous, la Société des alcools n’a pas prouvé avoir de meilleures habiletés à fournir ce service que d’autres entrepreneurs pourraient avoir dans un cadre règlementaire que vous [le GTNO] pourriez développer. Nous ne vous encourageons aucunement à rester dans un modèle dirigé par la justice ou la peur maintenant que le cannabis est décriminalisé. […] Les gens du monde des affaires sont capables de suivre des règles quand elles sont claires et transparentes. »

Mme Wawzonek a demandé à ce que soit indiquée dans le projet de loi une date à laquelle le secteur privé pourra participer à ce commerce.

« La diversité économique est un peu l’élément oublié du gouvernement, a commenté RJ Simpson; si vous avez des recommandations spécifiques, nous aimerions les voir et les acheminer au gouvernement. »

Le député de Frame Lake Kevin O’Reilly a appuyé cette demande d’une participation à la future loi. « Dans ce projet de loi, a-t-il dit, le ministre [de la Justice] peut faire à peu près ce qu’il veut en ce qui concerne la règlementation de la substance, de qui peut devenir un contrevenant, etc. Je suis vraiment sceptique à l’idée de donner autant d’autorité à un ministre parce que ce n’est pas toujours dans le meilleur intérêt du public. »

Share

Denis Lord, L'Aquilon

Pour d’autres nouvelles sur le Nord du Canada, visitez le site de L’Aquilon.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *