Enquête sur les violences contre les femmes autochtones : une experte demande un meilleur accès aux soins de santé partout au Canada

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La médecin métisse Janet Smylie a témoigné pour une deuxième journée consécutive aux audiences publiques de l’enquête sur les violences contre les femmes autochtones, à Iqaluit. Elle a notamment insisté sur l’importance de faire la promotion du respect de la sexualité des femmes autochtones et de soutenir les organismes communautaires. (Garrett Hinchey/CBC)
Meilleur accès aux soins de santé, soutien aux personnes LGBTQ2S, formation d’une relève autochtone… Plusieurs experts ont formulé leurs recommandations aux commissaires chargés de l’enquête nationale sur les femmes autochtones victimes de violences pour une troisième journée consécutive à Iqaluit, au Nunavut.

La médecin métisse Janet Smylie, qui a travaillé pendant 25 ans auprès de groupes autochtones et de communautés éloignées, était présente en matinée pour poursuivre son témoignage. Elle a notamment insisté sur l’importance d’assurer la santé et le bien-être des jeunes Autochtones, dès leur plus jeune âge. « Il s’agit de la santé et du bien-être à travers le cycle de la vie, a mentionné la médecin. Ça ne commence pas seulement durant la grossesse. »

La santé mentale au premier plan

Selon la médecin métisse, la séparation des jeunes enfants de leur mère est une forme de violence coloniale qui interfère avec le développement de l’enfant et cause régulièrement des chocs post-traumatiques. « Et cela ne prend même pas en compte la santé mentale d’une mère… Pour la mère [cette séparation] est comparable à la mort [de son] enfant », a relevé Janet Smylie.

« On sait quelles sont les conséquences [de ces séparations] si on se base sur notre système de connaissances », a critiqué celle qui voit une forme de racisme systémique dans cette disparité de pratiques entre la région du Nord et le sud du pays.

Accès inégal aux soins de santé

Janet Smylie a par ailleurs abordé la question de l’accès inégal aux soins médicaux « dans un pays qui prétend offrir des soins de santé universels. » Comme certains villages nordiques sont dotés de dispensaires plutôt que d’hôpitaux, il n’est pas rare que des femmes doivent se rendre dans une ville du sud du pays pour donner naissance ou recevoir des soins particuliers.

« Les inégalités en matière de soins santé […] sont à la fois immorales et injustes. Nous ne pouvons pas accepter cela étant un statu quo. »

Janet Smylie, médecin

Viennent s’ajouter les problèmes de communication entre les patients et le corps médical, qui ne maîtrise généralement pas l’inuktitut, la langue des Inuits. « Encore aujourd’hui, il y a une barrière langagière entre les professionnels de la santé et les Inuits », avait pour sa part déploré la témoin Hagar Idlout-Sudlovenick lors de la deuxième journée des audiences publiques qui avaient lieu mardi.

Janet Smylie souhaiterait aussi que davantage de jeunes Inuits se tournent vers le domaine de la santé pour former une relève autochtone. « Nous ne travaillons pas assez fort pour encourager les Inuits à devenir médecins », a-t-elle déploré.

Soutien aux Autochtones LGBTQ2S

En plus de faire face à un accès inégal aux soins de santé, certains Autochtones souffrent de la méconnaissance de leur identité sexuelle, spirituelle et de genre dont font preuve plusieurs professionnels de la santé. Les témoins Jasmine Redfern et TJ Lightfoot ont été reçues aux audiences afin d’aborder la situation des personnes LGBTQ2S dans le processus de décolonisation.

Les témoins TJ Lightfoot (à droite) et Jasmine Redfern (à gauche) ont toutes deux travaillé au sein d’organismes qui offrent de la documentation aux jeunes Autochtones sur la toxicomanie, le VIH et la santé mentale. (Garrett Hinchey/CBC)

« Le fardeau est double pour ces Autochtones », a soutenu TJ Lightfoot, une Micmaque bispirituelle originaire du Nouveau-Brunswick.

« Souvent, on doit expliquer notre réalité et on doit décider de taire notre personnalité pour avoir accès de manière sécuritaire aux services dont on a besoin. »

TJ Lightfoot, témoin

« Bien des gens doivent compartimenter leur identité pour avoir accès à certains types de services », a complété Jasmine Redfern.

LGBTQ2S

La désignation « 2S », dans l’appellation LGBTQ2S, fait référence à la bispiritualité. Le terme, qui est issu d’un concept anichinabé appelé « niizh manidoowag », fait référence aux personnes possédant un esprit à la fois masculin et féminin. L’appellation est employée par certaines personnes autochtones pour désigner leur identité sexuelle, spirituelle et de genre. Le militant canadien Albert McLeod a popularisé le terme il y a plus de 25 ans pour désigner la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle, transgenre et allosexuelle (LGBTQ) autochtone.

Dernières audiences de l’enquête nationale

Amorcée à l’automne 2016, l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) a été mise sur pied pour identifier les causes systémiques de la violence envers les femmes autochtones. La Commission tient jusqu’au mois d’octobre ses dernières audiences publiques.

Les commissaires Michèle Audette, Marion Buller, Qajaq Robinson et Brian Eyolfson ont jusqu’au 31 décembre pour entendre les témoignages d’autres familles et survivantes et jusqu’au 30 avril 2019 pour déposer leur rapport final.

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