L’équipement chinois dans les nouveaux navires canadiens destinés à l’Arctique sous la loupe

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Le navire de patrouille extracôtier NCSM Harry DeWolf avant son lancement, au chantier naval de Halifax, dans les Maritimes. (La Presse canadienne)
Des documents révèlent que l’ancien ministre du Commerce international du Canada a sondé discrètement, le printemps dernier, des fonctionnaires du ministère de la Défense nationale au sujet de certains équipements de provenance chinoise intégrés aux nouveaux navires de patrouille extracôtiers et de l’Arctique de la Marine canadienne.

La demande inhabituelle venait du bureau du ministre François-Philippe Champagne, qui était alors à la tête du ministère du Commerce international, au moment où les négociateurs canadiens étaient au cœur de négociations tendues avec Washington au sujet d’un nouvel accord de libre-échange nord-américain.

Une note d’information, préparée à l’intention du ministre du Commerce international par le ministre canadien de la Défense Harjit Sajjan et obtenue par CBC News en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, stipule que l’équipement des nouveaux navires en construction provient d’une « variété de fabricants ».

Le ministre fédéral du Commerce international, François-Philippe Champagne. (Sean Kilpatrick/La Presse canadienne)

La note, datée du 4 avril 2018, indique également que plusieurs de ses fabricants se trouvent à l’étranger, mais qu’une quantité très limitée provient de la République populaire de Chine. Elle explique enfin que 17 % de l’acier utilisé pour construire le premier de ces nouveaux navires, ainsi que ses embarcations de sauvetage, les éléments des systèmes d’amarrage et de remorquage et divers tuyaux et accessoires provenait de sociétés chinoises.

Des inquiétudes américaines?

Donald Trump a souvent exprimé sa méfiance à l’égard des intentions des entreprises chinoises dans les secteurs de la défense et des hautes technologies et voulant faire affaire aux États-Unis.

Ces derniers mois, le Pentagone a sondé discrètement ses alliés pour savoir qui construisait leur équipement militaire, tant matériel que logiciel. Le chef des acquisitions du département américain de la Défense a déclaré l’été dernier que le Pentagone était en train d’élaborer une liste dite « Ne pas acheter » de logiciels qui ne répondent pas aux normes de sécurité nationale.

« Il y a eu quelques inquiétudes à ce sujet dans les milieux militaires américains, qui voulaient déterminer dans quelle mesure des entreprises travaillant dans des secteurs sensibles appartiennent à des intérêts chinois », a déclaré Dave Perry, un expert en approvisionnement de l’Institut canadien des affaires internationales.

Il précise qu’à un niveau assez élevé, les États-Unis s’inquiétaient du fait que le Canada fasse affaire avec des entreprises dans la chaîne d’approvisionnement de son armée qui ont des intérêts chinois ou qui sont partiellement possédées par des sociétés chinoises.

Méfiance américaine

Le questionnement du Canada au sujet de la présence de produits chinois dans ses navires pourrait avoir été directement influencé par les préoccupations et pressions américaines.

Wesley Wark, professeur à l’Université d’Ottawa et l’un des plus grands spécialistes en cybersécurité et en renseignement au Canada, affirme que les Américains se préoccupent surtout de l’électronique et d’autres équipements de guerre.

Selon M. Wark, le Canada, qui s’efforçait de demeurer indépendant dans ses relations commerciales avec la Chine et qui a résisté aux pressions américaines et australiennes visant à interdire le géant chinois des télécommunications Huawei, pourrait avoir été influencé par les inquiétudes des Américains.

« Le Canada a subi d’intenses pressions de la part de l’administration Trump pour qu’il suive l’exemple général en menant une guerre commerciale avec la Chine », a-t-il dit.

D’après les informations de Murray Brewster de CBC News

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