Ressources naturelles : Un partenariat à développer entre la Chine et le Nord canadien

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La Chine s’implique de plus en plus dans l’exploitation de ressources pétrolières et gazières dans l’Arctique russe. L’empire du Milieu prendra-t-il aussi part, un jour, à des activités d’exploitation aux Territoires du Nord-Ouest, dans l’Arctique canadien? (Maxim Shemetov/Reuters)
La fin du moratoire sur le pétrole et le gaz de l’Arctique canadien est-elle une esbroufe électorale?

Alors que la Chine devient un joueur majeur dans l’Arctique, les Territoires du Nord-Ouest, dans le Nord canadien, bénéficient très peu des retombées économiques de sa présence.

Deux raisons pour cela, selon le spécialiste des relations circumpolaires et professeur associé au département de sciences politiques de l’Université de Calgary (Prairies), Robert Huebert.

D’une part, le Canada est désavantagé par rapport à la Russie par le gyre de Beaufort, qui fait en sorte que les glaces qui se fragmentent avec le réchauffement climatique se concentrent dans le Nord du Canada. De surcroît, certains passages sont parsemés de rochers et mal cartographiés.

« La seconde raison, explique le docteur Huebert, également membre du Comité canadien des ressources arctiques, c’est que contrairement aux Russes, nous avons montré peu d’intérêt politique à développer ce genre de stratégies [de développement], nous avons été beaucoup plus engagés dans les revendications territoriales et les préoccupations environnementales. »

Dans ce contexte, c’est présentement au Yamal (péninsule dans l’Arctique russe) que la Chine développe conjointement avec la Russie et la France un gigantesque projet de gaz liquéfié, avec des effets collatéraux bénéfiques, entre autres pour les infrastructures portuaires en Russie.

Quelles sont les priorités de Trudeau?
Le premier ministre canadien Justin Trudeau et le président américain Barack Obama à la Maison-Blanche, en mars 2016. Les deux chefs d’État ont décrété conjointement un moratoire sur le forage en Arctique en décembre 2016, peu avant la fin de la présidence d’Obama. (Mandel Ngan/AFP/Getty Images)

Ces contraintes climatiques et politiques n’empêchent pas le Canada à plus long terme de développer un partenariat avec la Chine selon M. Huebert, par exemple dans l’exploitation des ressources gazières et pétrolières de l’Arctique, régie par la Loi fédérale sur les hydrocarbures.

Or, le gouvernement a annoncé des amendements à cette loi, qui laissent croire que le gouvernement pourrait permettre l’exploitation de ces ressources à la fin du moratoire, en 2021. Il s’est engagé à négocier une entente de cogestion et de partage des revenus du pétrole et du gaz dans la mer de Beaufort avec les gouvernements des Territoires du Nord-Ouest (GTNO) et du Yukon, et la Société régionale Inuvialuite (SRI).

Robert Huebert voit dans cette annonce une manœuvre préélectorale. À un moment ou l’autre, spécule-t-il, le gouvernement annoncera la fin du moratoire parce que d’un point de vue politique, il doit justifier sa prétention à une politique arctique prétendument basée sur la cogestion et le partenariat.

« Mais […] on doit se souvenir que même si M. Trudeau a dit que son mode opératoire majeur était de consulter les gens, c’est beaucoup par lui-même qu’il a mis en place le moratoire sur le gaz et le pétrole avec le président Obama », souligne le professeur associé de l’Université de Calgary. Ce dernier rappelle que le président de la SRI, Duane Smith, a été pris par surprise par l’annonce du moratoire, et que le premier ministre des TNO, Bob McLeod, a été véhément sur le manque de consultation.

L’environnement d’abord

Si M. Huebert anticipe la fin du moratoire pour des raisons politiques, il ne pense pas que le gouvernement Trudeau veuille pour autant que soient réellement exploitées les ressources gazières et pétrolières du Nord. « Son objectif de base, analyse le professeur, c’est de promouvoir des politiques environnementales avant le développement économique. »

Il est d’autant plus sceptique que M. Trudeau n’a pas prouvé avoir les habiletés politiques pour faire avancer ce type de dossier, notamment si on tient compte du dossier du pipeline Trans Mountain, devant transporter le pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta (Prairies) vers des installations portuaires en Colombie-Britannique, sur la côte ouest canadienne.

Des besoins immenses
Le brise-glace chinois Xue Long quittant le port de Shanghai, en novembre 2017. (STR/AFP/Getty Images)

Le Arctic Yearbook est publié chaque année par le Northern Research Forum et l’University of Arctic. L’édition 2018 fait la part belle à la Chine, qui a publié en début d’année son livre blanc pour l’Arctique, et qui a un statut d’observateur au Conseil de l’Arctique.

Avec sa route polaire de la soie, la Chine s’est donné une mission de recherche scientifique et d’exploitation des ressources; le Nord lui offre également un raccourci appréciable vis-à-vis d’autres routes pour le transport de marchandises vers l’Europe.

Le premier brise-glace nucléaire du pays doit être prêt l’an prochain.

« Aussi longtemps que la Chine n’entre pas dans un genre d’effondrement politique, assure Robert Huebert, elle va continuer à avoir un large appétit pour le gaz. Les Japonais aussi, et si les Indiens se développent près du niveau de prospérité des Chinois, eux aussi auront besoin de ressources additionnelles de gaz. »

Attirer les Chinois vers les T.N.-O.

La Chine est très certainement un partenaire recherché par le GTNO. En 2015, ce dernier a publié son Plan d’action et de Stratégie pour la Chine. Jusqu’à maintenant, le commerce a eu pour objet le diamant, les fourrures et le tourisme. Mais le Plan mise néanmoins sur la pertinence d’attirer des investisseurs chinois dans les industries minières et pétrolières. On y fait aussi valoir l’attrait d’un port maritime en eau profonde, qui offrirait un raccourci pour le transport maritime.

En octobre dernier, une délégation ténoise a participé au China Mining Congress and Exhibition pour rencontrer des investisseurs dans les domaines du pétrole, du gaz et du mazout. Les membres de cette délégation ont aussi participé à des forums d’investisseurs à Beijing et Shanghai.

Aucune annonce n’a suivi ce voyage.

Le professeur Robert Huebert est convaincu que les Chinois seraient intéressés à investir dans un des projets majeurs d’infrastructure aux TNO, l’agrandissement de la centrale hydroélectrique de la rivière Taltson (dans le sud des T.N.-O.) ou le corridor d’accès de la province géologique des Esclaves (est des T.N-O.), par exemple.

« Quand personne ne voulait investir dans la mine Red Dog en Alaska, rappelle-t-il, ils étaient plus qu’heureux de le faire. Je ne les ai jamais vus refuser une proposition. […] Les Chinois ont un plan à long terme et ça comprend devenir un joueur majeur dans la région Arctique. »

Lois Little est moins hospitalière. Dans un article publié au Edge en 2015, la présidente du chapitre ténois du Conseil des Canadiens rappelle des clauses inquiétantes de l’Accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers Canada-Chine. L’Accord contiendrait des mécanismes de règlements de différends ultrasecrets et hors d’atteinte de toute vigilance démocratique.

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Denis Lord, L'Aquilon

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