Le projet d’aire marine protégée se concrétise dans l’Arctique canadien

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Le brise-glace Louis St-Laurent dans le détroit de Lancaster, au Nunavut. La région de Tallurutiup Imanga, qui désigne en inuktitut le détroit de Lancaster, deviendra la plus vaste aire protégée au Canada. (Jonathan Hayward/La Presse canadienne)
Les Inuits du territoire du Nunavut, dans le Nord canadien, auront bientôt leur première zone de conservation maritime. Le gouvernement fédéral et l’Association inuite du Qikiqtani (AIQ), qui représentent les Inuits de Baffin, ont signé une entente de principe qui fera de la région de Tallurutiup Imanga la plus vaste aire protégée au Canada.

« Il s’agit d’une étape importante pour les Inuits de la région du Qikiqtani, qui profitera directement aux résidents de Baffin-Nord », a souligné le premier ministre du Nunavut, Joe Savikataaq, dans un communiqué de presse. Le gouvernement fédéral a annoncé mardi qu’une entente de principe avait été signée le 30 octobre.

Anciennement connue sous nom de « Lancaster Sound », l’aire marine nationale de conservation (AMNC) Tallurutiup Imanga – qui fait référence au détroit de Lancaster en inuktitut – protégera les activités traditionnelles des Inuits et assurera la préservation des espèces en péril et de leurs habitats. Tout type d’activité de prospection et de développement pétroliers et gaziers y sera aussi proscrit.

« [Ce projet] intègre une excellente perspective autochtone à la gestion [des aires marines protégées] et je trouve ça très positif, affirme le professeur au département de géographie de l’Université de Victoria, en Colombie-Britannique, Philip Dearden.

« J’aurais seulement espéré que [cette entente de principe] survienne 10 ans plus tôt », ajoute le spécialiste des aires protégées.

La limite de l’aire marine nationale de conservation (AMNC) Tallurutiup Imanga (en bleu) a été annoncée en août 2017. Cinq communautés inuites dépendent des eaux du détroit de Lancaster. (Parcs Canada)

En août 2017, le gouvernement canadien a annoncé que la zone protégée concernerait les eaux situées au nord de l’île de Baffin, qui représentent une superficie d’environ 109 000 kilomètres carrés, soit près de 2 % de la zone marine du pays. D’ici 2020, le gouvernement canadien s’est engagé à protéger 10 % de ses aires marines et côtières.

« La hausse des températures et la fonte des banquises réduisent le territoire de la faune et mettent en danger les espèces marines vulnérables, » s’était alarmée la ministre canadienne de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, lors de l’annonce officielle des limites de l’aire protégée.

Les communautés inuites souhaitaient protéger le détroit de Lancaster depuis les années 1970.

« Les Inuits qui, pendant des millénaires, ont dépendu de ces espèces afin de se nourrir, de se vêtir et de bâtir leurs habitations voient leur mode de subsistance et leur futur menacés », avait rappelé la ministre Catherine McKenna.

La contribution des Inuits

Durant la dernière année, plusieurs consultations publiques ont été menées dans les cinq communautés adjacentes à la région du détroit de Lancaster, à savoir Pond Inlet, Arctic Bay, Grise Fiord, Resolute Bay et Clyde River.

« Après plusieurs années d’études et de consultations, des renseignements ont été recueillis sur le savoir traditionnel, les valeurs écologiques, les possibilités touristiques, les pêches, le transport maritime et les ressources potentielles d’hydrocarbure », a précisé la porte-parole de Parcs Canada, Dominique Tessier, lors d’un échange de courriels.

« De manière générale, plus la gestion des aires [protégées] se fait à une échelle locale, mieux c’est. Tout dépend toujours du désir et de la capacité des communautés locales à être impliquées dans le processus de gestion, mais aussi de la compatibilité de leurs valeurs avec les politiques de conservation. »

Philip Dearden, géographe et professeur spécialisé en aires protégées à l’Université de Victoria

Les ministères fédéraux de l’Environnement et du Changement climatique ainsi que des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne doivent encore finaliser une entente avec l’Association inuite du Qikiqtani sur les répercussions et les avantages qu’aura cette aire protégée sur les communautés inuites. Cette entente prendra en compte plusieurs exigences liées notamment à l’emploi, à la formation et à l’éducation. Les négociations doivent se conclure d’ici le mois d’avril 2019.

Les gouvernements du Canada et du Nunavut ainsi que l’Association inuite du Qikiqtani envisagent par ailleurs la possibilité de créer des aires marines de conservation au nord de Grise Fiord, dans le bassin de l’Extrême Arctique, aussi appelé « Tuvaijuittuq » en inuktitut.

« Nous avons hâte d’avancer le travail sur le protocole d’entente et de collaborer à l’étude de faisabilité associée à Tuvaijuittuq », s’est réjoui le premier ministre nunavutois Joe Savikataaq.

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