Faire pousser du bok choy au 58e parallèle nord

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Une serre hydroponique aménagée dans un conteneur, dans le village nordique de Kuujjuaq, produira de 300 à 400 plants de légumes par semaine. (Courtoisie de Nathan Cohen-Fournier)
Bok choy, ciboulette, laitue, chou kale… Plusieurs légumes n’auront plus besoin de parcourir des centaines, voire des milliers de kilomètres, avant d’aboutir sur les tablettes des supermarchés de Kuujjuaq, dans le nord du Québec. Été comme hiver, la communauté de moins de 3000 habitants pourra cultiver des produits frais dans sa nouvelle serre hydroponique.

Kuujjuaq est la première municipalité de l’Inuit Nunangat, où se trouvent les Inuits au Canada, à voir une telle installation se matérialiser. Ultimement, l’objectif est de permettre aux résidents d’avoir accès à des produits plus frais et à davantage de variétés de légumes sur leur propre territoire.

Le pergélisol limite la production d’aliments locaux au Nunavik, dans l’extrême nord du Québec. Résultat : les résidents doivent compter sur des produits importés du sud du pays, par avion ou par cargo, et dont les prix sont bien souvent faramineux. Les épiceries doivent aussi jeter régulièrement des aliments qui arrivent à destination défraîchis ou moisis.

Le vice-président du développement économique à la Société Makivik, Andy Moorhouse, se réjouit que la communauté puisse apprendre de nouvelles techniques pour cultiver des produits locaux. « Nous espérons pouvoir répliquer [cette serre] dans d’autres communautés du Nunavik », mentionne-t-il.

Le projet pilote a reçu des fonds provinciaux de 350 000 $ de la Société du Plan Nord. Aménagée dans un conteneur hydroponique de l’entreprise canadienne Growcer, la serre est chauffée grâce à la combustion d’huiles usées.

« Il y a une ouverture à ce que les enseignants fassent des activités pédagogiques à la serre », mentionne d’un ton enthousiaste le directeur adjoint de l’école primaire et secondaire Jaanimmavik de Kuujjuaq, Jean-Luc Rose. Selon lui, les jeunes de la communauté auraient tout avantage à prendre part à des ateliers spéciaux donnés par des professeurs de sciences.

La serre hydroponique a été aménagée dans un conteneur par l’entreprise ontarienne Growcer, lancée par des étudiants de l’Université d’Ottawa. (Courtoisie de Marc-Antoine Fortin)

En moyenne, entre 300 et 400 plants pousseront chaque semaine dans l’installation de quelques mètres carrés. De ces récoltes, 30 % iront aux deux garderies et à la résidence de personnes âgées de Kuujjuaq. L’autre partie se retrouvera sur les tablettes de l’épicerie locale Newviq’vi dès la mi-janvier.

La tarification des aliments sera fixée en fonction des coûts de production. « Ce qu’on vise au départ […] c’est d’avoir des prix similaires [que ceux livrés depuis le sud du Québec] », explique l’agent de développement des infrastructures à la Société du Plan Nord, Marc-Antoine Fortin. Les résidents ne pourront donc pas s’attendre à des prix dérisoires durant les premiers mois.

Comme la production est locale, le projet ne sera pas admissible au programme fédéral Nutrition Nord Canada, qui subventionne les détaillants du nord du pays pour réduire le coût des denrées alimentaires périssables. Selon Marc-Antoine Fortin, l’avantage comparatif d’éviter les coûts de transport en produisant localement revient au même que de commander des produits du sud, mais les retombées sociales et environnementales pour la communauté sont incomparables.

Joint par téléphone depuis Kuujjuaq, le responsable du développement socioéconomique à la Société Makivik, Nathan Cohen-Fournier, estime qu’il est encore trop tôt pour s’attendre à ce que la serre entraîne la création de nouveaux emplois. Pour l’instant, une seule personne est chargée de l’entretien et de l’arrosage des plants.

James Dumont est le premier horticulteur de la serre hydroponique. (Courtoisie de Nathan Cohen-Fournier)
Des objectifs prometteurs

En plus de réduire l’empreinte écologique et le gaspillage qu’occasionne le transport, l’initiative encourage une alimentation saine et limite, lentement mais sûrement, l’insécurité alimentaire dans la région.

« Je ne pense pas qu’on va résoudre le problème de l’insécurité alimentaire [en produisant] des laitues », nuance toutefois Nathan Cohen-Fournier. Mais le projet de Kuujjuaq s’inscrit dans une démarche de souveraineté alimentaire. Il est donc primordial, selon lui, que ce soient des Inuits qui orchestrent le projet.

Même si certains résidents reprochent au projet d’être « à l’inverse de leur culture », Nathan Cohen-Fournier sent déjà un engouement au sein de la communauté.

De plus en plus d’initiatives

Les initiatives écologiques font de plus en plus leur apparition au Nunavik. À Kangiqsualujjuaq, une communauté d’environ 950 habitants sur la côte de la baie d’Ungava, une serre communautaire construite cet automne permettra aux résidents de cultiver leurs propres aliments dès le printemps 2019. Le projet a bénéficié d’un investissement provincial de 99 500 $ de la Société du Plan Nord.

La municipalité d’Inukjuak, dans la baie James, a pour sa part opté pour des boîtes communautaires de jardinage.

« De plus en plus, il y a des initiatives au Nord qui touchent à la production locale, note l’agent de développement des infrastructures à la Société du Plan Nord. C’est très prometteur. »

D’ici la fin de l’année 2019, les coûts de vente et de production permettront à la Société du Plan Nord de vérifier la viabilité de la nouvelle serre hydroponique de Kuujjuaq et, éventuellement, de reproduire le modèle ailleurs au Nunavik.

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