Le préservatif, ce contraceptif peu populaire chez les adolescents de l’Arctique canadien

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L’étude, menée par des chercheurs de l’Université de Toronto, en Ontario, s’est penchée sur les différents facteurs qui influencent l’activité sexuelle chez les adolescents des Territoires du Nord-Ouest et leur décision d’utiliser, ou non, un préservatif pendant leurs rapports sexuels. (Aaron Favila/Associated Press/La Presse canadienne)
La majorité des adolescents des Territoires du Nord-Ouest, dans l’Arctique canadien, n’ont pas recours à un préservatif lors de leurs relations sexuelles. Une récente étude menée par des chercheurs de l’Université de Toronto, en Ontario, s’est penchée sur les différents facteurs sociodémographiques qui influencent l’activité sexuelle et l’usage de contraceptifs.

L’étude, publiée le 27 décembre dans la revue médicale British Medical Journal (BJM), rapporte que 47 % des répondants ont affirmé avoir systématiquement utilisé un préservatif durant leurs rapports sexuels. Ce constat concerne environ 44 % des adolescentes et 52 % des adolescents.

Pour parvenir à ces résultats, l’auteure principale de l’étude et professeure adjointe au département Factor-Inwentash de travail social à l’Université de Toronto, Carmen Logie, s’est basée sur les réponses à un questionnaire qui a été distribué à 610 jeunes âgés de 13 à 18 ans entre les mois d’octobre 2016 et de juin 2017. Les adolescents provenaient de 23 écoles situées dans 17 communautés des Territoires du Nord-Ouest.

Parmi les répondants, 302 se sont identifiés comme des filles, 298 comme des garçons et 7 comme des personnes transgenres.

« Dans les trois derniers mois, avez-vous consommé de l’alcool ou des drogues? », peut-on lire comme question du formulaire citée dans l’étude.

Différentes variables

Selon l’étude, différents facteurs sociodémographiques influencent à la fois l’activité sexuelle et la décision d’utiliser, ou non, des préservatifs. Le genre et l’âge des répondants, de même que la consommation d’alcool ou de drogues, le lieu de résidence, l’appartenance à une nation autochtone et le type d’activité sexuelle en sont des exemples.

L’étude souligne que la consommation d’alcool et de drogues est associée à une probabilité plus élevée d’activités sexuelles chez les garçons et les filles ainsi qu’à une probabilité plus faible d’utilisation régulière du préservatif chez les adolescentes. La consommation de ces substances peut notamment accroître la vulnérabilité des adolescents aux infections transmises sexuellement et compromettre les aptitudes à la négociation sexuelle, y compris l’utilisation de contraceptifs.

« Nous devons nous attaquer aux déterminants sociaux sous-jacents à la santé qui rendent les jeunes plus vulnérables à la drogue et à l’alcool », a indiqué l’administratrice en chef de la santé publique pour les Territoires du Nord-Ouest, Kami Kandola, dans un échange de courriels.

Selon les chercheurs, la consommation de drogues et d’alcool accroît la vulnérabilité des adolescents face aux infections transmises sexuellement. (Joe Mahoney/La Presse canadienne)

Les Autochtones constituent une importante proportion de la population des régions de l’Arctique canadien. Selon le recensement de 2016 mené par Statistique Canada, les Territoires du Nord-Ouest comptent 50,7 % d’Autochtones parmi sa population. L’étude soulève que bon nombre d’entre eux vivent des disparités en matière de santé sexuelle et mentale en raison de la colonisation historique et actuelle, du racisme et de la discrimination ainsi que des traumatismes intergénérationnels provoqués par le déplacement forcé d’enfants autochtones dans des pensionnats au cours du dernier siècle.

Les Territoires du Nord-Ouest sont à la traîne au Canada

Les données mises en lumière par la chercheuse de l’Université de Toronto confirment que le portrait n’est pas rose aux Territoires du Nord-Ouest.

Les jeunes y sont plus souvent propices aux grossesses non désirées et aux infections transmises sexuellement. En 2015, l’incidence de ces infections était d’ailleurs sept fois plus élevée que la moyenne canadienne, selon des données territoriales.

L’administratrice en chef de la santé publique pour les territoires estime qu’il y a encore du travail à faire en matière de prévention et d’accessibilité aux services de dépistage des infections transmises sexuellement. « Il est important que nous intégrions des politiques publiques saines dans les écoles et les programmes sociaux », a mentionné Kami Kandola.

Les prévalences de la gonorrhée et de la chlamydia étaient respectivement 19 et 6 fois plus élevées que celles du reste du Canada en 2016.

Selon l’étude, peu d’études se sont penchées sur la corrélation entre la consommation d’alcool et de drogues et à la fois l’activité sexuelle et l’utilisation de préservatifs chez les adolescents. Les dernières données territoriales et nationales qui portent sur le comportement sexuel remontent à l’Enquête sur les collectivités canadiennes de 2009/2010.

« En général, nous devons travailler à développer les forces individuelles de tout un chacun, à renforcer l’estime de soi chez les adolescents et à leur donner les moyens de prendre en main leur propre santé », a fait savoir l’administratrice en chef de la santé publique pour les Territoires du Nord-Ouest.

L’étude a été menée en partenariat avec l’Université de Toronto, le Women’s College Hospital à Toronto et le programme Fostering Open Expression among Youth (FOXY), qui étudie et fait la promotion d’une santé sexuelle chez les jeunes.

Regard sur l’Arctique n’a pas pu joindre l’auteure principale de l’étude, Carmen Logie, avant la publication de l’article.

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