Exploitation sexuelle : les villes du Nord canadien pas à l’abri

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La ville de Yellowknife, aux Territoires du Nord-Ouest. (Emilio Avalos/Radio-Canada)
Une escouade de la GRC, la police fédérale canadienne, contre l’exploitation sexuelle.

L’exploitation sexuelle est un des visages de l’esclavage moderne et pour petite qu’elle soit, la capitale des Territoires du Nord-Ouest, Yellowknife, n’est pas immunisée contre ce fléau.

Même si l’exploitation sexuelle a été constatée aux TNO, on n’a jamais pu y condamner quelqu’un pour celle-ci, explique un des membres de l’escouade Project Guardian, Trent Hayward, à tout le moins, pas depuis sa création.

L’unité de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) Project Guardian, composée de M. Hayward et de l’enquêteur Gregory Fracassy, se consacre au dossier de la traite humaine, aux côtés, notamment, du blanchiment d’argent, du trafic de drogue et de la souveraineté dans l’Arctique.

Ses deux membres ont présenté leur travail lors d’une assemblée à l’Association des femmes autochtones des TNO le 13 février dernier.

« C’est très difficile d’intervenir, explique M. Hayward. Les femmes identifiées comme exploitées sexuellement présentent aux policiers ceux qui les exploitent comme des parents, et les actes de violence passent pour de la violence domestique. »

Un premier cas

En 2017, pour une première fois aux TNO, des accusations de traite de personne ont été portées contre un proxénète de Montréal de passage dans la capitale, sans succès cependant.

Accompagné de plusieurs individus, il avait abouti à Yellowknife en prostituant à travers le Canada une femme qui avait un problème de toxicomanie et qui était en amour avec lui.

La voiture du groupe a frappé un bison en quittant Yellowknife. La jeune femme a été séparée des autres et en revenant à Yellowknife, elle a dénoncé la situation à la GRC.

Malheureusement, quelque temps avant le procès, « elle s’était fait un nouvel “ami de cœur” qui la prostituait à Saskatoon [en Saskatchewan], explique Gregory Fracassi. Les accusations sont tombées lorsqu’elle a prétendu ne rien se souvenir. »

Pas seulement dans les grandes villes

Beaucoup de gens croient que l’exploitation sexuelle est confinée aux grandes villes, explique Trent Hayward. « Mais ça arrive partout, y compris aux Territoires du Nord-Ouest. »

En majorité des femmes, ces personnes peuvent venir des collectivités ou d’autres provinces.

À tous les jours dans la capitale ténoise, de dire Gregory Fracassy, on retrouve six annonces de nouvelles prostituées.

Il observe des différences entre les annonces des travailleuses du sexe et celles des femmes exploitées. Les secondes ont, entre autres, moins de dispositifs de sécurité pour les rencontres avec les clients; leur publicité comporte davantage de fautes d’orthographe et les numéros de téléphone affichés sont souvent de l’extérieur.

« Nous les rencontrons, raconte l’enquêteur Fracassi, nous leur disons que nous ne sommes pas là pour les arrêter. Nous leur demandons si elles sont OK. Certaines sont manifestement exploitées sexuellement. »

« Elles ne sont peut-être pas prêtes à nous parler », analyse Trent Hayward.

Ailleurs au Canada, des équipes similaires à Project Guardian bénéficient de l’appui utile d’un travailleur social. L’escouade ne compte pas non plus de personnel féminin, mais peut compter sur l’agente Heather Consenzo, qui fait du travail de prévention auprès des jeunes.

Pas de portrait type
Il n’y a pas de portrait type de femmes exploitées sexuellement, affirment les enquêteurs. (iStock)

Selon les enquêteurs, il n’y a pas de portrait type de femmes exploitées sexuellement. Elles peuvent provenir de n’importe quelle classe sociale. Elles peuvent être recrutées dans des bars, sur Internet, jusque dans les gares de train, où les exploiteurs cherchent des proies en observant les sacs, les vêtements, etc.

Le recrutement et la rétention passent par la séduction, l’accoutumance à la drogue, l’endettement, les menaces et l’isolement. Un des modèles préconisés par les proxénètes, fait observer Trent Hayward, est d’emmener celles qu’ils exploitent dans de petites villes isolées d’où elles ne peuvent se sauver. Elles travaillent dans des hôtels ou encore, très populaires actuellement dans le Sud, des Airbnb.

« Il y a un cercle vicieux, note Trent Hayward. Même quand on les sort de ce milieu, elles restent dépendantes, elles sont habituées à ce qu’on s’occupe d’elles. » S’il n’y a pas vraiment d’âge limite pour la prostitution, en général, dès l’âge de 27 à 30, les femmes rapportent moins d’argent aux exploiteurs, selon Gregory Fracassi.

Prévention

L’agente de la GRC Heather Consenzo a aussi fait une présentation au centre de l’Association des femmes autochtones des TNO.

Mme Consenzo fait de la prévention dans les écoles de Yellowknife. Son approche est basée sur la sensibilisation aux problèmes d’alcool et de violence, considérés comme deux facteurs qui peuvent mener à l’exploitation sexuelle.

Mme Consenzo a montré à l’assistance un vidéo qui en dit long sur la naïveté de certaines adolescentes et la facilité avec laquelle on peut les attirer dans un guet-apens. Un jeune homme complice de l’équipe de tournage entrait en contact avec des adolescentes et après quelques communications, les amenait à venir le retrouver dans une voiture… où se cachaient leurs parents.

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Denis Lord, L'Aquilon

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