Le Nord accueillera l’Expo-sciences autochtone Québec 2019

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L’Expo-sciences autochtone Québec est une compétition scientifique qui s’adresse aux élèves de la 5e année du primaire jusqu’à la 5e année du secondaire. (Getty Images)
L’édition 2019 de l’Expo-sciences autochtone Québec se déroulera sous le thème « La science du savoir autochtone » du 26 au 28 mars, à l’auditorium des bureaux municipaux de Kuujjuaq, au Nunavik, la région inuite du Nord québécois.

L’Expo-sciences autochtone Québec est une compétition scientifique qui s’adresse aux élèves de la 5e année du primaire jusqu’à la 5e année du secondaire. Elle permet de réunir des jeunes issus autant des Inuits que des Premières Nations qui proviennent de diverses communautés autochtones de tout le Québec.

Plus de 70 participants y présenteront leurs projets scientifiques. L’événement est organisé chaque année par une communauté autochtone différente.

L’exposition, qui célèbre cette année sa 19e édition, est organisée par l’Association québécoise autochtone en science et en ingénierie (AQASI) en collaboration avec la commission scolaire Kativik Ilisarniliriniq, qui compte 17 écoles primaires et secondaires réparties sur tout son territoire.

« C’est avec grande fierté que la commission scolaire accueille cet événement. Entrer en contact avec la science par le biais de projets demeure, selon moi, une expérience incomparable. Elle permet aux élèves d’aborder le savoir inuit en tant que science. Cette relation au savoir autochtone interpelle. »

Robert Watt, président de Kativik Ilisarniliriniq
L’Expo-sciences autochtone Québec a eu lieu à Val-d’Or, dans l’ouest de la province, en 2018. (Thomas Deshaies/Radio-Canada)

Les jeunes sont libres de présenter les projets qu’ils souhaitent, mentionne le président-trésorier de l’Association québécoise autochtone en science et en ingénierie, Marc Lalande.

« On n’a pas de ligne directrice pour imposer des thèmes. Cela est laissé à la discrétion de nos jeunes. Ils sont inventifs, ils sont brillants. Ce sont eux qui vont choisir et travailler sur un thème, évidemment avec l’aide de leur professeur ou de leurs parents aussi », a-t-il dit, ajoutant que proches et membres de leur famille viennent les encourager sur place.

Marc Lalande précise que le choix de la thématique « La science du savoir autochtone » a été pris par la direction de Kativik Ilisarniliriniq. « On demande tout le temps à la communauté hôte de choisir le thème, parce que cela reflète leur vision des choses et quels messages veulent-ils faire passer », a-t-il indiqué.

De nombreuses activités figurent aussi au programme pour les participants, dont des jeux inuits qui seront animés par l’athlète, acteur et éducateur culturel Johnny Isaluk. « Nous souhaitons que les visiteurs puissent vivre la culture inuite pendant leur séjour à Kuujjuaq », affirme Robert Watt.

L’athlète et acteur Johnny Isalluk. (@issaluk/Twitter)

Détenteur d’un baccalauréat en microbiologie et d’une maîtrise en biochimie, il considère que cet événement est une belle occasion pour les Autochtones, les Inuits et les Premières Nations d’échanger ensemble. De plus, il permet aux scientifiques, enseignants et accompagnateurs de rencontrer les Inuits de Kuujjuaq et découvrir leur culture et patrimoine. « Toute occasion, toute exposition qui permet une mobilité entre les étudiants est une bonne chose à mes yeux », dit-il.

« Pour moi, de voir des projets scientifiques présentés pour et par des étudiants, je crois que cela leur donne une plus grande perspective, que cela élargit leur vision sur le monde. Cela leur permet de voir les choses différemment. C’est une courbe d’apprentissage. »

Robert Watt, président de Kativik Ilisarniliriniq
Des changements

Au fil des éditions, le président de l’AQASI a observé des changements notables au sein de la compétition. « Les équipes sont [habituellement] formées de deux étudiants. Mais au cours des années, on s’est aperçus que de plus en plus il y avait des équipes formées de seulement un étudiant. Cela nous amène à penser que nos jeunes commencent à avoir plus confiance en eux », a-t-il déclaré.

Marc Lalande, président de l’Association québécoise autochtone en science et en ingénierie (AQASI). (Thomas Deshaies/Radio-Canada)

De plus, Marc Lalande, qui détient un diplôme en ingénierie de l’École polytechnique de l’Université de Montréal et une formation en économie, constate que davantage de jeunes Autochtones à travers le Québec vont faire des études postsecondaires, en sciences ou non.

« Nous, en fin de compte, on veut dire aux jeunes : pensez à rester à l’école, c’est ça l’avenir », soutient le porte-parole. Il ajoute : « Aussi, on veut que les jeunes prennent leur place en sciences. »

M. Lalande cite en exemple le cas de Caitlin Tolley, une ancienne participante algonquine de la Première Nation des Anishinabeg de Kitigan Zibi, dans le sud du Québec, qui a gagné plusieurs prix à l’ESA-Québec et qui aujourd’hui mène une carrière fructueuse d’avocate en Ontario.

« On ne sait pas l’influence [que peut exercer l’Expo-Science]. Ce qu’on remarque par contre c’est que de plus en plus de jeunes des Premières Nations vont à l’université », assure-t-il.

Contrairement à certaines familles québécoises dont les membres sont ingénieurs ou pharmaciens de génération en génération, ce type de transmission de la culture scientifique ne s’exerce peu ou pas chez les Autochtones. Une convention scientifique peut servir d’étincelle et éventuellement conduire à une carrière scientifique.

« Avec des événements comme l’Expo-sciences, les jeunes ont la chance d’avoir accès à une vitrine consacrée aux sciences. Parfois, ils vont chercher ce qu’avaient leurs ancêtres et ils vont leur donner un éclairage nouveau. Cela amène les jeunes à être fiers d’eux-mêmes. Ils s’aperçoivent que leurs ancêtres étaient des scientifiques [à leur façon] », souligne M. Lalande.

Une réflexion sur le monde
Robert Watt, le chef du Conseil des commissaires de Kativik. (Elias Abboud/Radio-Canada)

Une convention scientifique de la sorte peut également constituer un moyen pour les participants d’interpeller la population sur des enjeux préoccupants. Robert Wall estime que plusieurs des projets scientifiques qui seront exposés auront probablement un lien avec l’environnement ou le climat.

« En ce moment, ici, les changements climatiques sont un enjeu important. C’est une belle occasion pour notre jeunesse d’examiner la question du réchauffement climatique et d’aborder le sujet avec la population. Je crois que ces expositions scientifiques pourraient potentiellement permettre à certains étudiants de trouver un autre moyen d’étudier les changements climatiques. Cela nous permet de montrer ce avec quoi nous luttons. »

Robert Watt, chef du Conseil des commissaires de Kativik

Il poursuit : « Je crois fermement que nous ne devons pas oublier que la recherche ou même la science nous fournissent l’occasion de comprendre les choses d’une façon plus holistique. […] Je veux que nos étudiants soient ouverts à toute forme d’apprentissage et que la science représente une des plateformes d’apprentissage ».

Le président de l’AQASI croit que l’apport des Autochtones à la société canadienne peut prendre des dimensions immenses. Pour illustrer son propos, il cite les retombées grandioses du travail du Métis Douglas Cardinal, architecte qui a notamment conçu le Musée canadien de l’histoire à Gatineau.

« De par sa culture et de par ses talents d’architecte, il fait bénéficier les Canadiens d’une nouvelle vision. C’est ça qu’on veut dire à nos jeunes. Embarquez, montrez vos talents. Faites participer tout le monde à vos connaissances », lance-t-il.

Les équipes qui auront soumis les meilleurs projets seront récompensées lors d’une cérémonie tenue le 28 mars. Jusqu’à quatre gagnants du niveau secondaire seront sélectionnés pour représenter la région « Aboriginal Quebec Autochtone » lors de l’Expo-sciences pancanadienne, qui se tiendra à Fredericton (Maritimes) du 15 au 17 mai 2019, où environ 400 participants sont attendus.

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Yannick Donahue, Espaces autochtones

Yannick Donahue, Espaces autochtones

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