Les langues autochtones peuvent toutes être sauvées, affirme une spécialiste

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Un panneau d’arrêt à Iqaluit, au Nunavut, dans le nord-est du Canada. (Paul Chiasson/La Presse canadienne)
La spécialiste des langues Lorna Wanosts’a7 Williams affirme qu’on peut sauver toutes les langues et les dialectes autochtones.

Une seule personne peut suffire à sauver une langue. C’est ce qu’affirme Lorna Wanosts’a7 Williams, qui avance en outre qu’il est inutile de standardiser les dialectes.

Mme Wanosts’a7 Williams a prononcé le discours d’ouverture du 1er Symposium sur les langues autochtones et l’éducation, qui se tenait à Yellowknife, aux Territoires du Nord-Ouest, du 26 au 28 février. Elle fait partie de la Première Nation de Lil’wat, en Colombie-Britannique, dans l’Ouest canadien. Elle est professeur émérite à l’Université de Victoria et dirigeait, avant sa retraite en 2014, la chaire de recherche du Canada en savoir et apprentissage autochtones. Une grande partie de sa vie a été consacrée aux langues autochtones.

Lors de son allocution du 26 janvier, Mme Wanosts’a7 Williams a abordé la question de la sauvegarde de ces langues.

Contre l’uniformisation

« On dit que les langues qui valent la peine d’être sauvées sont celles qui ont un grand nombre de locuteurs, a-t-elle rapporté. En Colombie-Britannique, il y a entre 33 et 36 langues. Nous nous faisons dire qu’il y en a trop. On nous pousse à n’en sauver que quelques-unes. Des personnes croient que la standardisation est la seule voie, qu’un seul dialecte sera la langue du programme éducatif. »

Or, Mme Wanosts’a7 Williams considère que l’uniformisation n’est pas nécessaire. « C’était naturel pour nos peuples de parler un dialecte et de connaitre ceux des autres groupes, dit-elle. Ce n’était pas un problème avant qu’on en crée un. »

Lorna Wanosts’a7 Williams durant le Symposium sur les langues autochtones et l’éducation. (Denis Lord/L’Aquilon)

Selon la linguiste, les différences entre les dialectes sont prévisibles et bien pensées, ce qui faciliterait le passage de l’un à l’autre.

Chez les Inuits, un travail d’homogénéisation des dialectes inuktitut, controversé, est en cours. « Je respecte ce qu’ils font, assure Mme Wanosts’a7 Williams, mais je ne pense pas que ce soit une nécessité d’abandonner. » Il y a selon elle un sentiment de perte chez ceux dont le dialecte est standardisé.

Une personne peut raviver une langue

Le concept d’acharnement thérapeutique semble étranger à la linguiste lil’wat : il suffit selon elle d’une seule personne motivée pour raviver l’usage d’une langue et elle en donne des exemples.

En Indiana, un autre linguiste, Daryl Baldwin aurait ressuscité la langue miami.

« La seule place où tu pouvais trouver des exemples [de la langue] était dans des vieux livres de prières, rapporte Mme Wanosts’a7 Williams. Darrel Baldwin était déterminé à apprendre sa langue, il a utilisé ces livres et ceux d’une autre langue apparentée et a reconstruit sa langue. Aujourd’hui, sa famille entière et des membres de sa collectivité parlent le miami. »

Même processus chez les Hurons-Wendats, au Québec, où, encore, de vieux livres de prières et d’autres documents ont été utilisés, et où on a emprunté au mohawk, une langue apparentée au wendat.

La conférencière cite aussi le cas du lekwungen, qui, sur l’ile de Vancouver, fait l’objet d’un travail de revitalisation.

L’importance de l’inventivité

À deux reprises durant son allocution, l’oratrice a souligné l’apport des jeunes à la revitalisation des langues.

« Ils créent de nouvelles façons d’utiliser la langue, a-t-elle dit, et c’est important. Par exemple, une jeune femme a écrit une pièce dans notre langue [l’ucwalmícwts, NDLR]. »

Les jeunes ont aussi un rôle déterminant à jouer dans la création de néologismes pour identifier des technologies ou des concepts étrangers à une langue autochtone.

Mme Wanosts’a7 Williams a fait rire l’assistance en disant que les personnes âgées peuvent apprendre aussi.

Et le projet de loi?

Si elle a longuement discouru sur les liens entre langue et identité et exhorté les gens dans l’assemblée à utiliser leur langue dans toutes les sphères de la vie communautaire, elle ne s’est que très peu prononcée sur le projet de loi C-91, la Loi sur les langues autochtones.

« J’espère que ça va aller au Sénat et que ce sera un succès, a-t-elle souhaité. Il faut faire pénétrer dans l’esprit des décideurs que nos langues sont ici pour rester. »

Elle-même travaille sur une politique des langues autochtones pour la Colombie-Britannique.

Selon le recensement de la population de 2011, « plus de 60 langues autochtones regroupées en 12 familles linguistiques distinctes » seraient parlées au Canada. Les langues cries, l’inuktitut et l’ojibwé sont les plus parlées; plusieurs observateurs considèrent que ce sont les langues autochtones qui ont le plus de chance de survie.

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Denis Lord, L'Aquilon

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