Former des doulas autochtones dans le Nord canadien

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La docteure Anne Mageau donne des cours de doula conçus de concert avec l’Université autochtone Blue Quills. (Martha Irvine/Associated Press)
Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest (GTNO) évalue un projet-pilote de formation de doula autochtone avant d’aller de l’avant.

La naissance naturelle connait un regain de popularité chez les populations autochtones et le gouvernement des TNO évalue actuellement la pertinence de former des doulas dans l’ensemble des communautés.

L’intérêt pour la naissance naturelle augmente, confirme la docteure Anne Mageau, qui donne des cours de doula conçus de concert avec l’Université autochtone Blue Quills. Après avoir offert des formations en Alberta et en Saskatchewan, elle vient d’en donner une première aux TNO, et est en pourparlers avec le Yukon.

« Nombre de femmes doivent accoucher hors de leur collectivité, souligne-t-elle, et elles passent parfois plusieurs mois sans leur famille. Il y a beaucoup d’isolement. Nous voulons briser ce cycle et avoir plus de soutien actif, et les Ainés veulent que les enfants recommencent à naitre dans les collectivités, comme avant. »

À la suite d’une consultation datant de 2017, le gouvernement des TNO a financé une formation de doula qui a eu lieu du 5 au 9 février dernier à Fort Smith.

Il y avait 22 participants de neuf collectivités, dont des Ainées, précise Nina Larsson, conseillère principale au développement de la petite enfance, section santé et bien-être autochtone du ministère de la Santé et des Services sociaux.

« La formation incluait du savoir traditionnel autochtone et une formation de doula standard, poursuit-elle. Les participantes étaient encouragées à célébrer et à honorer leurs histoires de naissance et leurs expériences, et à apprendre des Ainés sur les pratiques autochtones de naissance. »

« C’était une première. Nous sommes dans l’évaluation du projet-pilote pour décider quelle sera notre prochaine action. »

Cette évaluation devrait être terminée au printemps.

Un cours intensif

Le cours de doula autochtone de l’Université Blue Quills se donne depuis 14 ans, sur le campus et dans les collectivités.

« La formation que nous donnons est presque le triple de celle des doulas conventionnelles, assure la docteure Mageau. Nous couvrons plus de choses et nous avons davantage de matériel. »

« Après cinq jours, tu peux te considérer comme une nouvelle doula, mais nous encourageons les femmes à pratiquer. […] Nous n’avons aucun critère de qualification, parce que c’est un rôle non médical. Elles reçoivent un certificat de présence. »

Il n’existerait pas d’ordre de doulas nulle part au Canada. En Alberta, les doulas autochtones sont toutefois regroupées dans une association.

Au meilleur de la connaissance de L’Aquilon, la pratique de doula aux TNO se fait de manière hautement informelle, sans encadrement réglementaire. En 2016, une formation en français, fort populaire, avait été donnée par Mylène Boulet à Yellowknife.

Offrir de l’aide

Le travail des doulas est parfois rétribué par des individus, mais peut l’être aussi par des collectivités. Toutefois, Anne Mageau explique que la plupart de ses élèves ne cherchent pas une façon de gagner leur vie en pratiquant ce travail. « Elles viennent parce qu’elles veulent pouvoir aider leurs filles ou leurs familles, précise-t-elle, parce qu’elles sont attirées par ce rôle. »

Comme la formation est vue comme du développement professionnel, les travailleurs de la santé se font aussi payer la formation par le gouvernement.

Ramanda Sanderson a participé à la formation donnée à Fort Smith en février. Agissant déjà de manière informelle comme doula, elle espère développer ses connaissances dans ce rôle pour ultérieurement devenir sage-femme. Elle est passionnée par la naissance.

« Ce cours m’a aidée à répondre aux questions que j’avais, dit Mme Sanderson. Dans un des accouchements auxquels j’avais assisté, le placenta ne sortait pas et je paniquais, je ne savais pas ce qui se passait. Durant le cours, j’ai appris quelques-unes des choses qui peuvent aider, comme prendre une position accroupie. »

Spécificités autochtones

Pour Ramanda Sanderson, la pratique autochtone de l’accompagnement de la naissance est très spécifique, par ses cérémonies traditionnelles, comme la fumigation, et la demande d’appui spirituel. « J’aime vraiment faire les cérémonies dans la salle d’accouchement », dit-elle.

Anne Mageau ajoute qu’un des buts du cours est de se connecter avec la terre et avec leur identité autochtone, et d’apprendre comment et pourquoi les choses se font chez les Premières Nations. « Il y a toujours une raison », dit-elle.

Avec Anne Mageau, Ramanda Sanderson a appris des façons d’apporter des conseils et du soutien aux parents, durant et après la naissance. « Beaucoup d’appui émotionnel, souligne-t-elle, entre autres quand les parents ne savent pas ce qui se passe, mais aussi pour de l’aide pour les douleurs au dos, comme des massages. On peut apporter tellement de confort. »

Trouver un équilibre

Si Ramanda Sanderson admet la nécessité de l’obstétrique dans certains cas, elle considère toutefois que beaucoup d’interventions dans les établissements de santé sont prématurées et peuvent générer du stress et des complications. « Beaucoup de naissances peuvent être mises dans les mains des sage-femmes avec l’aide des doulas », affirme-t-elle.

Shene Catholique-Valpy a également participé à la formation de doula. « Je veux devenir sagefemme depuis quelques années et je sais qu’il y a peu d’appui pour ça aux TNO, écrit-elle. Cette formation ouvre les portes pour s’aventurer dans cette profession. Elle permet de mieux aider les membres de notre famille. Elle me permet de me sentir plus sure de pouvoir devenir une sage-femme une fois que je pourrai prendre cette route. »

Cet article a été assigné par la rédactrice invitée de L’Aquilone, Véronique Bazinet.

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Denis Lord, L'Aquilon

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