L’avenir incertain de deux mammifères marins de l’Arctique norvégien

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À gauche, un phoque annelé sur la banquise (Kit Kovacs et Christian Lydersen/Institut polaire norvégien); À droite, des bélugas ou baleines blanches de l’Arctique (Andrew Lowther/Institut polaire norvégien).
Les bélugas et les phoques annelés de l’archipel du Svalbard, dans le nord de la Norvège, sont contraints de modifier leurs habitudes alimentaires afin de s’ajuster aux effets des changements climatiques sur leur habitat naturel. Ces espèces devront s’adapter à la hausse des températures pour assurer leur survie à long terme, indique une récente étude menée par des chercheurs norvégiens.

« Nous nous demandions initialement si les bélugas et les phoques annelés, qui sont deux espèces endémiques de l’Arctique, réagissaient différemment aux changements environnementaux importants qui sont observés sur l’archipel du Svalbard et que l’on associe au réchauffement planétaire », explique la chercheuse à l’Institut polaire norvégien et première auteure de l’étude, Charmain Hamilton, en entrevue téléphonique avec Regard sur l’Arctique. L’organisme de recherche est chapeauté par le ministère norvégien du Climat et de l’Environnement et organise régulièrement des expéditions de surveillance environnementale et de cartographie dans l’Arctique et dans l’Antarctique.

L’étude, publiée le 6 mars dans la revue Biology Letters de la Royal Society, conclut que les bélugas ont tendance à mieux s’adapter que les phoques annelés aux changements graduels de leurs habitats.

À l’aide de dispositifs de biotélémétrie, les chercheurs ont analysé le comportement et la trajectoire de 56 phoques et de 34 bélugas sur deux périodes distinctes, soit de 1996 à 2003 puis de 2010 à 2016 pour les phoques annelés, et de 1995 à 2001 puis de 2013 à 2016 pour les bélugas.

2006, le point de basculement

Selon l’étude, l’affaiblissement des conditions extrêmes de l’Arctique bouleverse les écosystèmes marins et les habitudes des mammifères qui s’y trouvent.

« Durant l’hiver 2005 et le début du printemps 2006, une importante quantité d’eau de [l’océan] Atlantique s’est propagée dans les régions polaires jusqu’aux fjords. Et les eaux atlantiques sont bien plus chaudes que les eaux arctiques, ce qui affecte la formation de glace des mers. »
Charmain Hamilton, chercheuse à l'Institut polaire norvégien

Depuis 2006, certaines espèces marines de l’océan Atlantique, comme le capelan et le maquereau, s’immiscent plus fréquemment qu’auparavant dans les eaux de l’archipel du Svalbard, rapporte l’étude.

« L’archipel du Svalbard est de plus en plus influencé par les masses d’eau de l’Atlantique, affirme la chercheuse Charmain Hamilton. Mais maintenant, l’eau de l’Atlantique se réchauffe et s’introduit plus fréquemment sur le front polaire. » (Balazs Koranyi/Reuters)
Meilleur avenir pour les bélugas

Même si les scientifiques ont concentré leurs recherches sur les eaux norvégiennes, Charmain Hamilton mentionne que les bélugas du Nord canadien ont aussi tendance à mieux s’adapter en incorporant à leur alimentation des proies de l’océan Atlantique.

« L’une des nuances entre l’archipel du Svalbard et l’Arctique canadien est la quantité de fronts de glaciers de marée […] qui est moins importante au Canada. »

Charmain Hamilton, chercheuse à l’Institut polaire norvégien

Traditionnellement, les phoques annelés et les bélugas se nourrissaient principalement de morue polaire durant l’été et l’automne et passaient environ la moitié de leur temps à proximité des fronts de glaciers de marée, qui ont la particularité de se jeter dans la mer. Mais ces tendances se sont renversées, selon les chercheurs, puisque les bélugas restent désormais moins longtemps à proximité de ces fronts glaciaires pour trouver des espèces de poissons quelques kilomètres plus loin.

Les phoques annelés y passent quant à eux plus de temps qu’auparavant, puisque ces zones sont plus riches en morues polaires. Selon Charmain Hamilton, cet état de fait traduit leur dépendance envers des espèces marines en déclin. La chercheuse ignore toutefois pour quelles raisons ces phoques ne se dirigent pas vers des proies venues de l’océan Atlantique.

L’importance de la reproduction

« Les espèces et sous-populations qui ne sont pas en mesure de changer [leurs habitudes] sont presque assurées de décliner, voire de disparaître, dans les zones « refuges » qui sont devenues trop contraignantes pour leur survie », conclut l’étude.

« La grande incertitude pour les phoques annelés est celle de la reproduction », croit la chercheuse. Comme la quantité de neige au sol n’est pas suffisante, ces mammifères doivent de plus en plus donner naissance directement sur la glace plutôt que dans des abris de neige, ce qui les rend plus vulnérables face à leurs prédateurs.

Les phoques annelés creusent des abris de neige dans la banquise pour respirer, donner naissance et se protéger de leurs prédateurs, comme les ours polaires. (Brendan P. Kelly/Associated Press/La Presse canadienne)

« Cela fait plus d’une dizaine d’années que les phoques annelés ne se reproduisent plus efficacement, donc [la reproduction] sera un élément décisif dans la survie de cette espèce », pense-t-elle.

La chercheuse espère se pencher sur ce sujet dans les prochaines années pour comprendre comment la reproduction de ce mammifère a évolué.

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