Archives – Le combat pour préserver les langues autochtones dans le Nord et l’Ouest du Canada

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Un panneau d’arrêt en anglais, français et inuktitut dans une rue d’Iqaluit, la capitale du Nunavut. La prédominance de l’anglais dans le système d’éducation menace la survie de l’inuktut, conclut le rapport. (Paul Chiasson/La Presse canadienne)
2019 a été proclamée « Année internationale des langues autochtones » par les Nations unies. Dans l’Ouest canadien, il existe quelques dizaines de ces langues.

Plusieurs sont en danger, comme le montrent plusieurs reportages présentés à Radio-Canada. Des communautés autochtones se battent aussi pour les faire renaître et reconnaître.

Une situation linguistique digne de « l’empire glorieux »
« La moitié de la population ne peut jamais s’exprimer dans sa langue publiquement. […] On ne peut pas communiquer avec son gouvernement ici dans la langue indigène. »

Louis-Edmond Hamelin, spécialiste du Nord canadien

Le 12 mars 1975, le journaliste James Bamber présente à l’émission Actualités 24 une entrevue avec Louis-Edmond Hamelin du Centre d’études nordiques de l’Université Laval, à Québec.

Dans cette entrevue, l’universitaire analyse la situation des langues autochtones des Territoires du Nord-Ouest et de la vallée du Mackenzie, dans l’Arctique canadien.

À l’époque, le gouvernement canadien envisageait la construction dans cette région d’un oléoduc. Ce projet aurait pu bouleverser l’avenir économique et culturel des communautés autochtones qui y vivaient.

Louis-Edmond Hamelin déplore l’absence de reconnaissance des langues autochtones dans ces territoires.

C’est l’anglais, la langue des colonisateurs, qui est prépondérante.

Pour communiquer avec les administrations de Yellowknife (capitale des Territoires du Nord-Ouest) ou d’Ottawa, les Autochtones doivent le faire en anglais.

Or, une bonne partie de la population autochtone ne maîtrise pas cette langue.

Cette situation a de graves conséquences pour l’avenir des communautés autochtones.

Ces dernières peinent à expliquer à des gouvernements unilingues anglais comment ils conçoivent l’éducation, le développement économique ou le partage du territoire.

Louis-Edmond Hamelin compare la situation à « un colonialisme absolu, qui est celui du 19e siècle, au moment de l’empire glorieux ».

Il y a cependant une lueur d’espoir, selon le chercheur.

Depuis quelques années, un mouvement émerge.

On commence à enseigner les langues autochtones dans les maternelles et dans les classes de première année, à l’exemple de ce qui se fait dans le nord du Québec.

C’est un pas énorme, quoique difficile à réaliser, affirme Louis-Edmond Hamelin.

Le combat des Niisg’a dans l’Ouest canadien
« Si l’on y parlait notre langue, on nous giflait et on nous frappait avec une règle. On se faisait tirer les cheveux et, parfois même, on nous affamait. »

Chester Gurney, ancien de la nation Niisg’a
« Ce sont les plus jeunes qui vont ramener la langue dans les foyers. »

Peter McKay, enseignant Niisg'a

La situation n’était pas plus reluisante en ce qui concerne les langues autochtones plus au sud du Canada.

Prenez le cas des 5 000 Niisg’a qui vivent au nord de la Colombie-Britannique.

Le journaliste Frédéric Zalac s’est intéressé à l’histoire de cette nation dans un reportage présenté à l’émission Enjeux le 15 novembre 2005.

Ce peuple, de même que sa langue et sa culture, ont longtemps été réprimés par les pouvoirs fédéral et provincial.

Le mot d’ordre des gouvernements était d’assimiler les Niisg’a.

Pour ce faire, des lois leur interdisaient la pratique de leurs chants et de leurs cérémonies traditionnelles.

L’assimilation s’est aussi faite au moyen de l’éducation.

Comme des milliers d’enfants autochtones au Canada, les Niisg’a ont été envoyés dans des pensionnats.

Dans ces établissements, les congrégations religieuses leur apprenaient à devenir des Blancs. Les enseignants punissaient leurs élèves s’ils utilisaient leur langue maternelle.

Après quelques années, les enfants revenaient totalement reprogrammés dans leurs familles. Ils ne parlaient plus que l’anglais et avaient perdu leur identité.

L’impact a été terrible pour la société Niisg’a.

En 1927, l’ethnologue québécois Marius Barbeau, accompagné du cinéaste James Watson, s’est rendu dans les quatre villages de cette communauté.

Il y rapporta des images qui n’avaient jamais été vues avant la diffusion du reportage de Frédéric Zalac.

On y voit un peuple en train de perdre sa culture et son identité. La langue des Niisg’a a failli disparaître.

C’est alors qu’entre en scène Peter McKay.

Il est enseignant et il veut que les enfants Niisg’a réapprennent leur langue ancestrale.

Pour y parvenir, il leur apprend des chansons traditionnelles que l’ethnologue Marius Barbeau a préservées lors de ses voyages chez son peuple.

Il ne fait la classe qu’en langue niisg’a. Les résultats en 2005 semblaient être au rendez-vous.

La Commission scolaire 92 continue d’enseigner la langue niisg’a aux élèves de cette nation.

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Radio-Canada

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