Ce serait la faute d’Ottawa si les autochtones canadiens sont au bas de l’échelle

Selon le rapporteur spécial de l’ONU, le gouvernement canadien manque d’initiative.

Après avoir visité une bonne partie du Canada durant neuf jours l’automne dernier, le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits des peuples autochtones se déclare peu impressionné par les initiatives canadiennes à l’égard d’une plus grande justice sociale envers les autochtones du Canada.

Dans son rapport présenté lundi, James Anaya reconnaît que le Canada n’est pas inactif, mais que tous ses efforts déployés ne parviennent pas à réduire l’écart entre le bien-être des Autochtones et celui des non autochtones au Canada. Il évalue que cet écart à l’automne 2013 n’avait pas rétréci depuis sa précédente visite en 2004.

Selon James Anaya, « la manifestation la plus évidente des problèmes de droits de la personne au Canada, ce sont les conditions socio-économiques désolantes des peuples autochtones dans un pays hautement développé ».

En détail…

Le rapport du rapporteur spécial de l’ONU :

  • James Anaya se préoccupe notamment des problèmes relatifs aux revendications des Premières Nations qui demeurent « non résolus de façon persistante » selon lui.
  • Il précise aussi que les femmes autochtones demeurent sujettes aux sévices.
  • Il semble enfin y avoir au sein des peuples autochtones, de hauts niveaux de méfiance envers les gouvernements fédéral et provinciaux.
Des jeunes Amérindiens d'une communauté algonquine dans le nord du Québec.
Des jeunes Amérindiens d’une communauté algonquine dans le nord du Québec. © Claude Bouchard

Tout au bas de l’échelle sociale canadienne

Utilisant les propres chiffres du ministère des Affaires autochtones et du Développement du Nord Canada, monsieur Anaya note que sur les 100 collectivités canadiennes qui se trouvent au bas de l’échelle de l’Indice de bien-être, 96 sont identifiées comme appartenant aux Premières Nations. D’autre part, seule une Première Nation se trouve sur la liste des 100 des collectivités les plus riches.

Selon M. Anaya, il ne semble pas que le Canada ait consacré plus de ressources ces dernières années aux services sociaux pour les peuples autochtones.

Il cite un rapport du vérificateur général du Canada de 2011 qui avertissait le gouvernement canadien que son manque d’investissement adéquat empêchait l’amélioration des conditions de vie dans les réserves.

Des indiennes manifestent à Kolkata en Saskatchewan.
Des indiennes manifestent à Kolkata en Saskatchewan. © Bikas Das

Manque de consultation chronique

Le rapporteur prend note de l’accord récent annoncé au mois de février dernier de financement de 1,9 milliard de dollars additionnels pour l’éducation. Il remarque toutefois qu’il n’est pas clair à quel point les Premières Nations ont été suffisamment consultées. Une impression qui semble confirmée par le gouvernement lui-même qui a annoncé la semaine dernière qu’il se voyait forcé de mettre sa réforme de l’éducation des Premières Nations en veilleuse.

Selon le rapporteur, Ottawa devrait aussi accroître la capacité des Autochtones à s’autogouverner, les consulter davantage et s’activer pour régler ses litiges territoriaux avec les Métis en un seul bloc, plutôt qu’en causes judiciaires séparées.

Le ministre des Affaires autochtones et du Développement du Nord canadien (AADNC), Bernard Valcourt, déclare que son ministère va « étudier ce rapport avec la plus grande attention afin de déterminer quelle est la meilleure façon de suivre les recommandations ».

Écoutez notre reportage du 7 octobre 2014


L’ONU dépêche au Canada son enquêteur extraordinaire sur les Autochtones

Aide-mémoire…

  • Le Canada fait face à une crise en ce qui concerne les questions autochtones, et ce malgré des années d’efforts pour surmonter les tensions et régler les problèmes sociaux.
  • Les disputes à propos du territoire et des ressources naturelles continuent d’alimenter les tensions et le sentiment de méfiance.
  • Parmi ces frictions, on retrouve les récentes manifestations contre l’exploration des gaz de schiste dans l’est du Nouveau-Brunswick, à laquelle s’oppose la Première Nation Elsipogtog.
  • Ces manifestations ont pris une tournure violente il y a quelques mois lorsque la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a décidé de faire respecter une injonction pour mettre fin au blocage des activités de tests sismiques par la compagnie SWN Resources.
  • Six véhicules de police ont été incendiés et 40 personnes ont été arrêtées.

Réputation internationale canadienne écorchée

En février de l’an dernier, à Genève, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies s’est réuni afin d’évaluer la performance du Canada en matière de droits Autochtones.

L’affaire a plutôt mal tourné pour les représentants canadiens, qui ont eu droit à un interrogatoire serré durant lequel les membres de l’ONU ont fait plusieurs reproches au Canada.

Des 47 États qui ont interrogé le Canada, pas moins de 35 se sont inquiétés du sort des peuples autochtones du pays.

Le directeur du Programme d’études autochtones à l’Université du Manitoba, Robert-Falcon Ouellette, est d’avis que le rapport du commissaire spécial de l’ONU dresse un portrait honnête de la situation et il souligne aussi d’importantes lacunes.

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Liens externes

Autochtones et non-Autochtones : l’écart persiste – Radio-Canada

Femmes autochtones: le rapporteur de l’ONU presse le Canada d’enquêter sur les disparues – Le Devoir 

Un rapport de la GRC évoque1 000 femmes autochtones disparues ou tuées en 50 ans –Huffington Post 

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