Camp d'internement américain en 1942 pour des citoyens d'origine japonaise. (Library of Congres)

Pas de plan pour construire des camps d’internement pour malades de la COVID-19

Une campagne de désinformation circule sur les médias sociaux depuis deux semaines. Elle est particulièrement efficace à en juger par les réactions d’inquiétude qu’elle provoque, et suggère que les Canadiens ayant attrapé le coronavirus seront bientôt envoyés de force dans des « camps d’internement » comme ceux de la Deuxième Guerre mondiale pour y effectuer leur quarantaine.

Mardi, le ministère de la Santé, le premier ministre et d’autres responsables de la santé du pays ont juré que ce scénario était infondé et que les Canadiens ne seraient pas forcés d’aller dans les camps d’internement ou de confinement de COVID-19.

Justin Trudeau estime que cette campagne de désinformation émane d’acteurs étrangers malveillants et de Canadiens ayant un « programme extrémiste » qui sont déterminés à « affaiblir la confiance des gens dans nos institutions et notre démocratie ».

La nouvelle de l’existence d’un plan pour forcer les Canadiens dans des camps d’internement est notamment alimentée sur des pages de Facebook comme celle-ci et en ces termes : « Écoutez ça : Camps d’internement de coronavirus sur le sol canadien. Cela semble impossible, mais croyez-le ou non, il y a une demande de propositions fédérale pour les construire. Donc, si leur existence prévue est claire comme le jour, la question devient alors : qui est destiné à résider dans ces camps? »

À la racine de la désinformation, une question posée par un député

Randy Hillier (Chris Young/Canadian Press)

La rumeur est née au cours de la période de questions du 7 octobre au parlement de la province de l’Ontario, lorsqu’un député indépendant, Randy Hillier, a demandé si les sites de quarantaine destinés en ce moment aux voyageurs étrangers entrant au pays et n’ayant pas d’autre endroit où effectuer leur quarantaine seraient transformés en « camps d’internement ».

Il exigeait que le gouvernement de Doug Ford précise ce qu’il savait d’un plan d’Ottawa visant à détenir les gens. « Je demande à ce gouvernement si les gens devraient se préparer à des camps d’internement », a demandé M. Hillier lors de la période de questions du 7 octobre.

« Votre gouvernement doit être en négociation et doit être au courant de ces plans pour potentiellement détenir et isoler les citoyens et les résidents de notre pays et de notre province », a déclaré Hillier à l’Assemblée législative provinciale le 9 octobre. « Où ces camps seront-ils construits, combien de personnes seront-elles détenues, et pour quelles raisons les gens peuvent-ils être envoyés dans ces camps d’isolement? »

Insatisfait des réponses offertes, le député Hillier, qui est contre les masques et a comparé la pandémie actuelle à une mauvaise saison de grippe, a alors averti les électeurs de son comté de l’est de l’Ontario que le gouvernement fédéral se préparait à établir ces « camps » pour les patients atteints de COVID.

C’est alors que l’affaire a fait boule de neige sur les réseaux sociaux, notamment avec des comparaisons faites entre les sites de quarantaine et les camps de concentration de l’Allemagne nazie.

Récupération politique

Des extraits du discours de Hillier ont été repris par un site web antiavortement géré par la coalition Campaign for Life. Ils ont aussi circulé sur un site web spécialisé dans les théories conspirationnistes.

On affirmait sur ce site : « Pourquoi les camps de type FEMA (La Federal Emergency Management Agency est une agence du ministère américain de la Sécurité intérieure) se rendent-ils dans chaque province du Canada? Lorsque cette question a été posée au Parlement récemment, le dénonciateur a été coupé. »

La National Citizens Alliance, un parti politique d’extrême droite qui ne dispose d’aucun siège au Parlement, a repris les propos du député ontarien et dénoncé l’existence d’un programme de « camps d’internement », tout en affirmant que les enfants pouvaient dorénavant être enlevés à leurs parents pour être mis en quarantaine.

Des centaines de courriels de Canadiens inquiets se sont mis à circuler. « Ils ont évoqué les camps d’internement à la législature de l’Ontario… pour la première fois de ma vie, j’ai peur de mon gouvernement. Jamais, dans mes rêves les plus fous, je n’aurais pensé poser cette question au Canada », déclare un internaute dans un de ces courriels reçus par CBC News.

« Monsieur le Premier ministre, vous préparez-vous à nous mettre dans des camps d’internement? » demande un autre internaute. « Ces camps d’internement seront-ils aussi utilisés pour persécuter et emprisonner des chrétiens et autres indésirables? »

Réactions politiques

Le Premier ministre Justin Trudeau répond à une question à la Chambre des communes. (Adrian Wyld/THE CANADIAN PRESS)

« La réponse est non, nous ne construisons pas de camps de confinement ou d’internement », a déclaré hier un porte-parole du gouvernement, appuyé par d’autres démentis au sein du gouvernement canadien.

« Nous avons vu ces dernières années une augmentation des efforts concertés autour de la désinformation et de la désinformation sur un large éventail de sujets, destinés à saper la confiance des gens dans leurs institutions, dans leurs démocraties », a déclaré Justin Trudeau.

« Certains sont des acteurs étrangers qui tentent de perturber les démocraties qui réussissent, d’autres sont des personnes qui ont des programmes extrémistes ».

Le premier ministre ajoute : « Une telle désinformation est destinée à tromper les Canadiens et à provoquer la peur et la confusion. Nous encourageons les Canadiens à vérifier leurs sources avant de les partager afin d’éviter de répandre la désinformation ».

Le tout petit fond de vérité de la rumeur des « camps d’internement« 

En juin 2020, le gouvernement fédéral a publié un décret exigeant que toute personne entrant au Canada soit mise en quarantaine pendant 14 jours. Si une personne n’a pas d’endroit sécuritaire où passer sa quarantaine, le gouvernement la dirige vers un site, généralement un hôtel réquisitionné à cet effet. Il y en a 11 au pays. Les sites de quarantaine existants peuvent accueillir 1600 personnes au total.

Les villes canadiennes qui possèdent des sites de quarantaine pour voyageurs revenant de l’étranger et le nombre de personnes qui y logeaient le 6 août dernier. (Graphique CBC)

La semaine dernière, le gouvernement canadien a annoncé vouloir augmenter cette capacité. Dix nouveaux sites sont à l’étude, puisque le gouvernement estime que ces sites pourraient également être utilisés par d’autres personnes vulnérables qui n’ont pas facilement accès à un endroit sûr pour s’isoler pendant leur convalescence.

La création de l’un de ces nouveaux sites est prévue à Toronto, la plus importante ville du pays, où les cas de contagion sont en ce moment très élevés. Ce nouveau site aidera ceux pour qui il n’est tout simplement pas possible de limiter les contacts étroits et de s’isoler efficacement chez eux.

En sollicitant la création de nouveaux sites de quarantaine, le gouvernement canadien affirme vouloir adopter une façon de faire « proactive », car il pourrait y avoir un plus grand besoin d’espaces de quarantaine avec « un éventuel assouplissement des restrictions de voyage et une augmentation du nombre de voyageurs ».

Il ne s’agit pas du début d’un plan pour forcer les Canadiens dans des « camps d’internement ».

Les sites de quarantaine sont une pratique courante dans la réponse à la pandémie de Covid-19. Dans les premiers jours de la pandémie, les Britanniques rapatriés de Wuhan étaient logés dans un hôpital, tandis qu’en France, ils séjournaient dans une ville côtière de la Méditerranée.

L’Australie et l’Inde ont également construit des sites pour les ressortissants revenant de l’étranger.

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Le gouvernement fédéral sera ouvert à plusieurs options pour la gestion de 11 sites de quarantaine où sont isolées pendant 14 jours les personnes revenant de voyage et disposant d’options limitées pour s’isoler correctement. iStock

RCI avec CBC News et AFP

Catégories : Immigration et Réfugiés, International, Politique, Santé, Société
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