Entre mythes et réalités, préjugés et tolérance, où se situe la réalité des immigrants?
 

Emploi : l’immigration n’est pas le problème

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Il faut dire les choses telles qu’elles sont : l’immigration n’est pas la source des difficultés économiques qu’a engendrées l’ouverture des marchés. C’est important de le dire, de l’écrire, de le répéter, parce qu’un nombre important de politiciens font campagne en liant les difficultés économiques générées par la mondialisation et le libre-échange à l’immigration.

Gérald Fillion

Alors que la première ministre du Royaume-Uni, Theresa May, est à Washington, où elle rencontre le nouveau président des États-Unis, Donald Trump, voilà une belle occasion de rappeler combien ce lien entre l’immigration et le déclin du secteur manufacturier est abusif. Aucune étude ne démontre que les immigrants « volent nos jobs ».

Pour bien des Britanniques, un vote pour le Brexit était un vote contre l’immigration, contre l’Union européenne et ses politiques et pour la fermeture des frontières, comme si ces rejets allaient améliorer l’état de l’économie de leur pays. Pourtant, la croissance au Royaume-Uni est solide, le taux de chômage y est faible, l’inflation y est sous contrôle.

La déception économique que plusieurs ont exprimée en votant pour la sortie de l’Union européenne n’a rien à voir avec les immigrants. Peu importe les perceptions et les préjugés, les effets négatifs du libre-échange ou de la mondialisation n’ont rien à voir avec les immigrants qui arrivent sur un territoire comme celui du Royaume-Uni.

Pour bien des Américains, voter pour Donald Trump était également un geste contre l’immigration, contre les illégaux, mais aussi les légaux, qui viennent du Mexique ou de pays à majorité musulmane. Pourtant, l’économie américaine va bien, la croissance est relativement solide, le taux de chômage est très faible, sous les 5 %. Ce pays a retrouvé son erre d’aller.

Délocalisation

La déception économique de plusieurs est liée à la délocalisation des emplois, aux déplacements de ces emplois vers le Mexique et la Chine, principalement. Depuis 25 ans, l’ouverture des marchés a permis à nos grandes entreprises de déplacer des activités ailleurs dans le monde, d’améliorer leur productivité et de réduire les prix de plusieurs biens.

Délocaliser, déplacer, développer ailleurs pour une entreprise canadienne ou une entreprise américaine, c’est choisir d’investir dans un autre pays, souvent à plus faibles coûts, pour fabriquer des biens qui, autrefois, étaient faits ici. C’est ainsi que la roue économique tourne aujourd’hui; le monde n’a plus de frontières, les coûts doivent sans cesse être abaissés, l’actionnaire l’exige, le consommateur est roi.

L’effet est le suivant : des entreprises s’enrichissent en réduisant leurs coûts de production. Des gens, chez nous, perdent leur emploi, d’autres ailleurs, dans des conditions certes plus difficiles, en obtiennent un. Le consommateur peut s’acheter un t-shirt à 9,99 $ ou un iPhone pour 200 $ au lieu de 400 $!

Chez nous, dans la foulée de ces changements, les « shops de couture » ont fermé l’une après l’autre, alors que la production a été déplacée en Chine, au Bangladesh, au Honduras. C’est ce qu’a fait Gildan, par exemple, entreprise québécoise de premier plan, qui produit des tonnes de t-shirts vendus pour une bouchée de pain sur nos marchés.

Des meubles, des autos, des produits pour la maison, de la vaisselle, des cahiers, des jouets, une quantité infinie de produits sont maintenant fabriqués à plus faibles coûts ailleurs dans le monde. Bombardier fabrique maintenant des parties d’avions et de trains au Mexique. Et BRP fabrique ses motomarines au Mexique.

Au fil du temps, beaucoup de travailleurs ont perdu leur emploi en raison de l’ouverture des marchés, de la réduction ou de l’abandon de tarifs frontaliers.

Ce ne sont pas les immigrants qui sont venus ici occuper des emplois à la place des gens natifs du Québec ou du Canada. Les emplois que beaucoup d’immigrants occupent sont des postes que les gens nés ici ne veulent plus occuper.

Et les emplois que beaucoup d’immigrants voudraient occuper, parce qu’ils ont les compétences nécessaires, ne leur sont souvent pas accessibles en raison de barrières des ordres professionnels. C’est pourquoi, en partie, le chômage des immigrants est élevé.

L’immigrant n’a rien pris. C’est le déplacement d’emplois vers des pays plus pauvres qui a poussé le travailleur américain ou canadien au chômage. Ce travailleur déçu a eu du mal à se retrouver un bon emploi, a dû accepter des « jobines », des contrats mal rémunérés, de la précarité, de l’incertitude. Ses enfants l’ont vu, ils portent cette douleur en eux.

Robotisation

En plus de la délocalisation, ce qui a « volé nos jobs », c’est aussi et c’est surtout maintenant la robotisation des emplois, l’automatisation. Ce phénomène est bien documenté aujourd’hui et il s’accélère. Mais cette automatisation ne vient pas d’être inventée.

Déjà, au début des années 60, alors que les usines tournaient à plein régime, le président des États-Unis, John F. Kennedy, disait que son principal défi était de maintenir le plein emploi à un moment où l’automatisation remplaçait les hommes au travail.

Pourtant, c’était les belles années. Il y avait du travail, l’humain était on ne peut plus nécessaire à la production des biens. Aux États-Unis, en 1960, les emplois d’ouvriers en usine représentaient 11 % des emplois. Aujourd’hui, on est à 4 %, en descente continuelle depuis 50 ans. Le président Kennedy avait vu juste, à long terme.

À la fin des années 70, près de 5 % des emplois étaient des postes de secrétaires. Aujourd’hui, cette part a été divisée par deux parce que l’informatique est venue rendre le travail de bureau beaucoup plus efficace.

Et ça continue, et ça s’accélère. La « Tesla Gigafactory », au Nevada, sera la plus grande usine du monde. Nombre d’employés : 6000 seulement. La production sera essentiellement réalisée par des robots.

Il est prévu que 1,3 million de robots industriels soient installés dans le monde entre 2015 et 2018. De plus en plus, l’automatisation ne vient plus remplacer que les emplois qui demandent peu de qualification ou qui sont peu payés. Les robots vont faire une partie du travail des PDG, des pharmaciens, des pilotes d’avions.

La technologie actuelle permettrait même de faire faire par des robots jusqu’à 45 % des activités de travail aux États-Unis, représentant 2000 milliards de dollars américains en salaire. The Economist rapportait l’été dernier que 35 % des emplois au Royaume-Uni et 49 % de ceux au Japon pourraient être automatisés.

Le populisme, les robots et les immigrants

Depuis plusieurs décennies, l’ouverture des marchés a coûté des emplois à bien des gens, même si l’enrichissement des entreprises a crû. Depuis plusieurs décennies, et plus que jamais aujourd’hui, les robots sont plus menaçants que les immigrants.

Avec les mégadonnées qui sont utilisées pour rendre plus efficaces le travail et les services, avec le développement de l’intelligence artificielle, qui permet de réduire les erreurs humaines, les changements actuels sont majeurs.

On a toujours cru et constaté que le marché du travail se renouvelle, que les gens peuvent rebondir et trouver de nouvelles possibilités. Aujourd’hui, 50 ans après Kennedy, on se gratte encore la tête face aux transformations profondes qui sont en cours.

Il est bien peu probable que le président Trump soit capable de vaincre Robocop. Et c’est probablement pour ça qu’il parle des immigrants comme il le fait.

Gérald Fillion 

Le saviez-vous?
Selon les recherches les plus récentes, l’immigration a un faible impact, sur l’emploi et sur le chômage des Canadiens. En fait, il s’agit d’un impact dit « statistiquement non significatif ». De plus, l’immigration n’a pas de impact sur l’emploi des travailleurs canadiens faiblement qualifiés. Par contre, les immigrants remplissent des « trous » dans la structure organisationnelle (emplois ayant peu de prestige ou des moins bonnes conditions de travail que les « Canadiens ne sont pas prêts à occuper »).

Immigration et hausse du PIB? Deux angles d’analyse

L’augmentation de la population attribuable à la hausse de l’immigration a comme effet une économie canadienne plus grande et une hausse du PIB réel. Cependant, l’impact en pourcentage d’une augmentation de l’immigration sur le PIB réel est moindre que l’impact en pourcentage sur la population. Notez tout de même que les experts ne sont pas tous du même avis et que d’autres études devront être produites afin d’affiner cette analyse.e la population totale, soit la proportion la plus faible au pays.

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