La pochette du nouvel album de Natasha St-Pier.  Comment s’inspirer de la culture amérindienne et de ses valeurs et de ses traditions sans lui manquer de respect, mais aussi sans que cela conduise à l’inverse à une forme de censure?

La pochette du nouvel album de Natasha St-Pier. Comment s'inspirer de la culture amérindienne et de ses valeurs et traditions sans lui manqué de respect ou sans que cela conduise à de l'auto censure?
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Voler aux Autochtones leurs symboles et s’approprier leur culture

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Les designers canadiens s’en inspirent de plus en plus, mais à quel moment la récupération commerciale des symboles traditionnels et des arts visuels autochtones se transforme-t-elle en exploitation insensible et insultante?

Coiffe autochtone
Porter une coiffe autochtone est devenu à la mode dans de nombreux festivals en Amérique du Nord. © Mario Anzuoni/Reuters

La question se pose de plus en plus depuis cinq ans, surtout que des entreprises canadiennes ont dû présenter leurs excuses et retirer de la vente des biens de consommation en raison de protestations autochtones.

La première à se rétracter dans une affaire faisant grand bruit était la chaîne de vêtement H&M, qui a dû retirer il y a trois ans des coiffures de fausses plumes de ses 61 magasins au Canada après avoir reçu des plaintes soutenant que ces articles offensaient des Autochtones dans l’ouest du pays. Ces coiffures faisaient partie de la collection estivale « H&M Loves Music », qui ciblait les participants aux divers festivals de musique qui se déroulent pendant l’été.

Des autochtones se sont plaints que ces coiffures, d’une valeur de 15 $, représentaient une moquerie envers leur culture, car elles ne doivent être portées que par les chefs autochtones. Symbole de respect et d’honneur, elles ne devraient donc pas être vendues en tant qu’accessoires.

Depuis cette date, les autochtones ont décoché des flèches contre plusieurs autres initiatives commerciales qu’ils jugeaient offensantes.

Écoutez notre reportage  Durée : 7:22

Un équilibre artistique et commercial parfois difficile à trouver

Un manteau de la créatrice de mode, Becki Bitternose, présenté lors du défilé de mode Fashion Speaks. Photo : Courtesy Peter Scoular

Un manteau de la créatrice de mode, Becki Bitternose, présenté lors du défilé de mode Fashion Speaks. Photo : Courtesy Peter Scoular

Depuis quelques années, on voit beaucoup de designers et de marques de vêtements puiser dans la culture autochtone canadienne.

Le résultat relève souvent du cliché et de la caricature, et il suscite aussi la controverse. Au-delà de la volonté légitime de protéger une culture menacée, ces attaques contre l’appropriation des symboles autochtone pourraient cependant aussi virer à la censure.

S’il est facile de comprendre qu’on ne devrait pas vendre des coiffures de plumes d’inspiration amérindienne dans les commerces au détail, il est plus difficile de comprendre à partir de quel moment on risque de tomber dans le mauvais goût quand on s’inspire des symboles culturels autochtones.

Aide-mémoire…
– L’annonce l’an dernier de la création d’une nouvelle émission de Radio-Canada Télé intitulée Pow-wow avait suscité la controverse.
– Plusieurs dénonçaient un cas d’appropriation culturelle parce qu’un pow-wow est d’abord une cérémonie amérindienne.
– L’auteure innue Natasha Kanapé Fontaine avait notamment publié en ligne un texte dénonçant l’utilisation par le diffuseur public d’un terme chargé d’histoire.
-L’émission fut renommée quelques mois plus tard Stéréo pop.

© Radio-Canada

L’Halloween est propice aux accusations d’appropriations culturelles

Des activistes dénoncent des costumes d'Halloween qui normalisent la sexualisation des femmes autochtones PHOTO : CHRIS KORTRIGHT/FACEBOOK

Des activistes dénoncent des costumes d’Halloween qui normalisent la sexualisation des femmes autochtones PHOTO : CHRIS KORTRIGHT/FACEBOOK

En 2014, en 2015 et encore une fois cette année, des Autochtones au pays prennent pour cible des costumes d’Halloween qui favorisent selon eux la violence envers les femmes autochtones. Dans la province de la Saskatchewan, des citoyens de la ville de Regina se sont mis, il y a quelques jours, à apposer des étiquettes d’avertissement sur des costumes d’Halloween de femmes et de filles autochtones dans un magasin de costume Spirit Halloween.

Les étiquettes indiquent que les costumes encouragent la sexualisation des femmes autochtones et demandent aux gens d’éviter « tout contact avec ces matières dangereuses ». Elles font remarquer également que 4000 femmes autochtones ont disparu ou ont été assassinées au Canada et qu’une enquête nationale est en cours. « Ce sont ce genre d’images qui normalisent la sexualisation des femmes autochtones et servent de base pour une culture qui accepte la violence contre les femmes autochtones », affirme Chris Kortright qui a placé certaines de ces étiquettes. Chris Kortright dit qu’il a reçu des messages de soutien de gens à travers le Canada et les États-Unis.

Dans la province voisine de l’Alberta, d’autres déguisements d’Halloween de femmes amérindiennes vendus dans un magasin de la chaîne Party City à Edmonton provoquent la colère de plusieurs citoyens, qui les jugent carrément racistes. Ils appellent à une réflexion collective sur ces costumes véhiculant des stéréotypes négatifs envers les peuples autochtones. Dans le contexte d’une enquête nationale sur des centaines de femmes autochtones tuées ou disparues, plusieurs estiment que les costumes sexualisés de cette manière font la promotion et renforcent des stéréotypes dangereux et qu’il faut cesser de véhiculer ce type d’images qui nous maintiennent coincés dans le passé.

Des costumes portant les noms de «Reine de la réserve», «Guerrier indien» ou «Esprit originel». PHOTO : HOLLY CARUK/CBC

Des costumes portant les noms de «Reine de la réserve», «Guerrier indien» ou «Esprit originel». PHOTO : HOLLY CARUK/CBC

RCI avec les informations de Radio-Canada et la contribution de Doris Labrie, Arnaud Decroix et Patrice Roy de Radio-Canada

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Catégories : Autochtones, Société
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