Pilules antidouleurs d’oxycodone

Pilules antidouleurs d’oxycodone
Photo Credit: John Moore / Getty Images

Un Ontarien sur sept se fait prescrire des opioïdes chaque année

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Les Ontariens se sont fait prescrire plus de 9 millions d’opioïdes en 2015-2016, ce qui représente une hausse de près de 450 000 ordonnances en trois ans, d’après le rapport « 9 millions d’ordonnances » publié par Qualité des services de santé Ontario (QSSO). L’étude a révélé que presque deux millions d’Ontariens se font prescrire des opioïdes chaque année, ce qui constitue 14 % de la population, soit un Ontarien sur sept.

Parmi les opioïdes prescrits, on retrouve l’hydromorphone, par exemple, qui est beaucoup plus fort que ceux prescrits plus fréquemment par le passé, comme la codéine.

« La dépendance aux opioïdes est un problème critique dans notre province, et aussi dans le reste du Canada, déclare Joshua Tepper, président et chef de la direction de Qualité des services de santé OntarioNous devons faire plus attention en prescrivant des opioïdes et assurer un meilleur accès et de meilleurs soins aux personnes dépendantes des opioïdes. »

Le rapport étudie les types d’opioïdes prescrits en Ontario et conclut que le nombre de personnes qui se sont fait prescrire de l’hydromorphone – substance qui est à peu près cinq fois plus forte que la morphine – s’est accru de presque 30 % en trois ans, passant d’un peu plus de 200 000 à près de 259 000.

Pendant cette période, le nombre de patients qui ont reçu une ordonnance pour de la codéine, un produit plus faible que la morphine, ou de ses composés a chuté de 7 %, passant de presque 986 000 à plus de 912 000. D’autre part, le nombre d’ordonnances d’oxycodone et de ses composés n’a pas changé en trois ans, et ce, malgré tout le travail de sensibilisation effectué sur le danger que présentent les opioïdes.

Le nombre total d’ordonnances d’opioïdes varie considérablement d’une région à l’autre, allant de 38 ordonnances pour 100 personnes dans le réseau local d’intégration des services de santé (RLISS) du Centre à presque le triple, soit 110 ordonnances pour 100 personnes dans la région du Nord-Est.

Sans domicile fixe
Sans domicile fixe © Spencer Platt / Getty Images

Des histoires évoquées dans le rapport 

La dépendance aux opioïdes, comme toute toxicomanie, peut avoir des effets néfastes sur des gens de tous les milieux. Le tissu social en est perturbé de façon dramatique et cela a des effets sur les emplois, les familles et la santé des gens, souvent en quelques mois seulement. La complexité et la rapidité des répercussions compliquent parfois le traitement. 

Dans le rapport du ministère de la Santé de l’Ontario, on évoque l’histoire de Christine, une infirmière d’Ottawa, qui pour soulager ses douleurs chroniques survenues après un accident de voiture, s’est mise à consommer des opioïdes. Christine en est devenue dépendante à un point tel qu’elle devait se procurer les substances dans la rue à défaut d’obtenir une ordonnance médicale. Plus tard, elle a fini en prison et sans domicile fixe. Son histoire ne semble malheureusement pas unique.

« Après ma sortie de prison, je me suis retrouvée dans un refuge, confie Christine dans le rapport. À ma grande surprise, j’ai fini par devenir accro à d’autres drogues. Ma situation n’a fait qu’empirer. Impossible de m’arrêter. »

Deux programmes qui fonctionnent 

Le bureau du Dr Joshua Tepper a analysé les résultats de deux programmes qui, à son avis, fonctionnent bien puisqu’ils reposent sur le principe que des cheminements de soins intégrés produisent de meilleurs résultats chez les personnes qui ont des problèmes de santé mentale et de toxicomanie.

  • L’un de ces programmes META:PHI (mentorat, éducation et outils cliniques en toxicomanie: intégration des soins hospitaliers et primaires) est un premier projet de recherche de ce genre, qui rationalise les soins fournis par le personnel des services des urgences et des hôpitaux, les fournisseurs de soins primaires et les services communautaires de première ligne, comme les centres de sevrage et de gestion et les refuges. Si une personne qui abuse des opioïdes ou de l’alcool se présente dans un service des urgences participant, META:PHI lui assure une transition sans anicroche entre les urgences et une clinique de soins à accès rapide et un fournisseur de soins primaires.
  • L’autre, DA VINCI (dépression et alcoolisme – validation d’une initiative de soins intégrés) est une initiative qui permet aux personnes atteintes de troubles dépressifs et de dépendance majeurs d’accéder plus facilement à des soins centrés sur la personne et fondés sur des données probantes qui ciblent et traitent les deux problèmes en même temps plutôt que séparément. Les résultats cliniques suggèrent qu’une approche coordonnée peut produire de meilleurs résultats.

Pourquoi les médecins prescrivent-ils ces substances si elles sont si addictives? 

Le Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario avait déclaré en 2010 que les opioïdes étaient un élément important pour traiter la douleur chronique non cancéreuse, mais que malgré les bienfaits, les risques et les effets secondaires à long terme d’une thérapie aux opioïdes n’étaient pas suffisamment connus et qu’il fallait davantage de recherche à ce sujet. Il a aussi fait remarquer que des directives précises sur la prescription des opioïdes étaient nécessaires et que le National Opioid Use Guideline Group avait dirigé un projet visant l’élaboration des Lignes directrices canadiennes sur l’utilisation sécuritaire et efficace des opioïdes.

Dans la section sur les limitations du document, il est mentionné que même si la thérapie aux opioïdes peut être un traitement d’appoint pour la douleur chronique non cancéreuse, d’autres options thérapeutiques doivent être mises en œuvre avant de recourir aux opioïdes.

Le Collège de médecins et chirurgiens de l’Ontario a déclaré à ce moment-là être d’avis que « la prescription d’opioïdes par les médecins de famille et les autres spécialistes se substitue au manque de ressources spécialisées dans la prise en charge de la douleur dans les collectivités, et qu’elle est le point culminant de deux décennies de « pharmacologisation » du traitement de la douleur chronique, combinée à un marketing sans scrupule de l’industrie pharmaceutique.» 

  • Les médecins qui prescrivent des opioïdes sont-ils négligents dans l’exercice de leur fonction, sans compassion et ignorants? Non, dit le Collège. Selon son expérience, cet organe régulateur et observateur de la pratique médicale dans la province, les médecins de famille «expriment une intense frustration de ne pas pouvoir prescrire actuellement des interventions thérapeutiques appropriées à leurs patients souffrant de douleurs chroniques non liées au cancer».
  • Les patients qu’ils traitent font-ils semblant ou cherchent-ils des sensations fortes de leurs médicaments d’ordonnance? Peut-être quelques-uns, mais certainement pas la majorité, dit le Collège. La dépendance aux opioïdes en elle-même crée-t-elle un cycle terrible de toxicomanie et d’escalade du recours aux médicaments, et nécessite-t-elle des traitements bien précis? Oui. Il est temps de cesser de se blâmer les uns les autres et de réfléchir aux raisons qui sous-tendent la prescription d’opioïdes.

Selon le Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario, la plupart des patients n’ont pas accès à l’évaluation et au traitement des facteurs qui causent ou contribuent à leurs douleurs; les services de professionnels de la santé, comme des infirmières, des physiothérapeutes, des ergothérapeutes, des psychologues et des travailleurs sociaux, ne sont pas couverts ou sont minimalement remboursés par les systèmes de santé financés par le secteur public au Canada.

Radio Canada International avec Qualité des services de santé Ontario et l'Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario. 
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Catégories : Santé, Société
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