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Quand Groenland et glaciers canadiens font bondir la montée des océans

En 2017, des chercheurs ont confirmé que les deux plus grandes sources mondiales de la montée du niveau de la mer sont maintenant le Groenland et nos propres glaciers, notamment ceux qui ceinturent toute la côte arctique canadienne.

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Notre pays abrite environ 20 % des glaciers du monde et, par conséquent, leur fonte est le deuxième facteur contribuant au changement du niveau de la mer, après la fonte de ceux du Groenland. Selon une équipe de glaciologues de l’Université de Californie à Irvine, nos glaciers canadiens fondent dix fois plus vite qu’en 2005.

Le glacier le plus visité d’Amérique du Nord par les touristes, le glacier Athabasca dans le Parc national de Jasper, dans l’Ouest canadien, fond pour sa part de plus de cinq mètres chaque année, et il pourrait disparaître complètement d’ici une génération.

Au bas du glacier Athabasca. Le glacier Athabasca est une source importante de fonte de neige et de glace pour les bassins des rivières Athabasca, Columbia et Saskatchewan. Le glacier, visité par des millions de personnes chaque année, perd présentement plus de cinq mètres de glace par an. © Radio-Canada
Au bas du glacier Athabasca. Le glacier Athabasca est une source importante de fonte de neige et de glace pour les bassins des rivières Athabasca, Columbia et Saskatchewan. Le glacier, visité par des millions de personnes chaque année, perd présentement plus de cinq mètres de glace par an. © Radio-Canada

Une fonte en surface, mais aussi très profonde

Les chercheurs américains ont aussi analysé des données recueillies de 1991 à 2015 sur les grands glaciers trouvés dans les îles Queen Elizabeth dans l’Arctique canadien, tout juste à l’ouest du Groenland. Ils ont calculé que la fonte des glaciers dans cette zone est 900 % plus importante qu’il y a 12 ans.

Il y a deux facteurs qui amènent les glaciers à perdre leur glace : la fonte en surface et la décharge souterraine des icebergs, appelée vêlage.

Avant 2005, les pertes de masse des glaciers dans les îles Queen Elizabeth étaient partagées presque également entre les deux phénomènes, à 48 % et 52 % respectivement.

Cependant, après 2005, la fonte en surface est devenue le principal agent favorisant la perte de glace. Elle représente maintenant 90 % des pertes totales dans la région.

Les pertes en eau de nos glaciers sont ainsi passées de 3 gigatonnes d’eau par an à 30 gigatonnes, ce qui entraîne de graves conséquences.

La fonte estivale des glaciers canadiens freine la rotation de la Terre

Selon une récente étude du Département de physique de l’Université de l’Alberta au Canada, la fonte des glaciers fait augmenter le niveau de la mer autour de l’équateur et, par ricochet, influence la vitesse de la rotation de la Terre.

Écoutez

Le Groenland, premier responsable de la hausse du niveau des océans

Si les glaciers canadiens sont responsables du cinquième de la montée du niveau des océans dans le monde, la calotte glaciaire du Groenland qui appartient au Danemark est à l’origine du quart de la hausse du niveau des océans, contre un vingtième il y a 20 ans. C’est ce que révélait en 2017 une autre étude, celle-là britannique.

Peter Wadhams et ses collègues de l’Université d’Oxford estiment que le niveau des océans a augmenté en 2014 d’environ 3,3 mm/an contre 2,2 mm/an en 1993, une augmentation de 50 %!

On apprend d’autre part que des températures plus élevées dans cette région du monde sont en train d’encourager la prolifération d’une algue de surface, qui noircit la glace. Alors que la glace blanche réfléchit jusqu’à 90 % du rayonnement solaire, les zones de glace sous lesquelles on retrouve des algues n’en reflètent que de 1 % à 35 %. La glace noircie absorbe ainsi davantage les rayons du soleil, ce qui accélère sa fonte.

Le glacier Upernavik au nord du Groenland.
Le glacier Upernavik au nord du Groenland. © Niels Jákup Korsgaard

Le saviez-vous?
Le Groenland possède la plus vaste calotte glaciaire de l’hémisphère nord. Elle couvre jusqu’à 1 710 000 kilomètres carrés de territoire. L’épaisseur de la glace est estimée à trois kilomètres de profondeur.
À lui seul, le Groenland contient assez d’eau gelée pour faire monter le niveau des océans d’environ sept mètres.
La plupart des scientifiques s’attendent désormais à ce que la hausse totale dépasse largement le mètre d’ici à la fin du siècle.
À l’heure actuelle, la fonte du Groenland élève le niveau des océans d’environ 1 mm annuellement, soit le quart de l’augmentation globale.
Sa disparition en entier hausserait le niveau de la mer d’environ sept mètres.

Un chasseur de phoque inuit ramasse l’une de ses proies près de l’île Ammassalik, au Groenland.
Un chasseur de phoque inuit ramasse l’une de ses proies près de l’île Ammassalik, au Groenland. © PC/JOHN MCCONNICO

La fonte des glaciers vue par un Inuit maître pêcheur

L’été dernier, en visitant le fjord Sam Ford situé le long de la côte arctique canadienne à bord d’un brise-glace canadien, Sam Palituq, qui servait de guide, a eu la surprise de sa vie.

S’il vient chaque hiver y pêcher, il n’avait pas mis les pieds l’été dans ce fjord depuis 10 ans. Cet été, il n’a pas reconnu les montagnes ni les glaciers du fjord Sam Ford qui lui sont familiers depuis son enfance.

La glace s’y était volatilisée alors qu’elle devrait normalement y être beaucoup plus présente, même en été.

Sam Palituq montre ce qui reste de la glace qui devrait normalement être beaucoup plus présente dans le fjord Sam Ford. Photo : Radio-Canada/Marie-Laure Josselin
Sam Palituq montre ce qui reste de la glace qui devrait normalement être beaucoup plus présente dans le fjord Sam Ford. Photo : Radio-Canada/Marie-Laure Josselin
Sam Palituq prend le glacier en photo dans le fjord de Sam Ford, près des montages où il est né. Photo : Radio-Canada/Marie-Laure Josselin
Sam Palituq prend le glacier en photo dans le fjord de Sam Ford, près des montages où il est né. Photo : Radio-Canada/Marie-Laure Josselin
Sur ce glacier situé dans le fjord Sam Ford, on peut voir les moraines, cet amas de roches entraînées par le mouvement du glacier. En regardant les falaises, on peut imaginer la taille du glacier avant. La ligne est encore bien visible, séparant les falaises entre le clair et le foncé. Le glacier remplissait toute la vallée. Photo : Radio-Canada/Marie-Laure Josselin
Sur ce glacier situé dans le fjord Sam Ford, on peut voir les moraines, cet amas de roches entraînées par le mouvement du glacier. En regardant les falaises, on peut imaginer la taille du glacier avant. La ligne est encore bien visible, séparant les falaises entre le clair et le foncé. Le glacier remplissait toute la vallée. Photo : Radio-Canada/Marie-Laure Josselin

RCI avec CBC, BBC, AFP et la contribution de Marie-Laure Josselin, Sandra Gagnon, Marie Villeneuve et Jacques Dufresne de Radio-Canada

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Catégories : Environnement, International, Internet et technologies
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