Ashly Cosgrove (Rosa Marchitelli/CBC)

Une cliente se voit montrer la sortie par son assureur parce qu’elle allaite son nouveau-né

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« Je dois vous demander de partir », aurait affirmé l’expert en sinistres lorsque sa cliente Ashly Cosgrove allaitait sous son foulard son fils de 1 mois pendant une réunion dans un bureau de l’Alberta Motor Association.

La résidente de Calgary, dans l’ouest du pays, envisage maintenant de déposer une plainte en matière de droits de la personne. Mme Cosgrove a expliqué à une équipe d’enquête de CBC qu’elle s’était déplacée avec son nouveau-né dans le cadre d’une réclamation pour vol. Son mari, Zahir Zuway, et leurs deux jeunes filles se trouvaient également dans le bureau de l’agent d’assurance.

« Il m’a dit (l’agent d’assurance) que je devais quitter la pièce, indique-t-elle. Je m’y suis opposé. J’étais juste vraiment embarrassée. »

La mère ajoute qu’elle était choquée et confuse lorsque l’expert en sinistres lui a dit qu’elle devait partir.

Elle se fait montrer la porte et elle a tout enregistré

Ashly Cosgrove (Rosa Marchitelli/CBC)

Coïncidence, Ashly Cosgrove a enregistré toute sa conversation avec l’agent, car elle avait au départ l’intention de s’en servir comme compte rendu au sujet de sa réclamation. Cet enregistrement pourrait maintenant servir de preuve devant les tribunaux.

On peut entendre l’expert en sinistres revenir à son bureau après avoir obtenu des documents et s’apercevoir que sa cliente allaitait son bébé.

On l’entend dire : « À ce stade, Ashly, je dois vous demander de quitter la pièce, car cela me met très mal à l’aise. C’est un environnement professionnel et il me semble que c’est particulièrement inutile en ce moment. »

Après quelques allers-retours, l’expert de l’Alberta Motor Association quitte la pièce pour aller chercher son gestionnaire, qui convient lui aussi que l’allaitement doit se faire dans une autre pièce. Puis, on dit au couple qu’il faudra reporter la réunion et l’expert en sinistres dit aux Cosgrove de « trouver quelqu’un pour s’occuper des enfants si vous voulez être là ».

Ashly Cosgrove a finalement décidé de cesser l’allaitement afin de remplir sa réclamation. « Je pensais que c’était absurde… J’avais l’impression de ne pas avoir le contrôle sur ma propre vie, sur la vie de mon fils », indique Mme Cosgrove à CBC.

Son mari, Zahir Zuway, et ses deux jeunes filles étaient également dans la pièce. (Rosa Marchitelli/CBC)

La compagnie d’assurance s’excuse

Ashly Cosgrove a fait part de ses préoccupations dans un courriel envoyé à l’expert en sinistres et à son directeur. Elle n’a pas eu de nouvelles jusqu’à ce que CBC contacte l’entreprise avec des questions.

Misty Harris de l’AMA Photo : Twitter

L’Alberta Motor Association s’est alors excusée auprès du couple et a déclaré qu’elle allait revoir ses politiques. Dans une déclaration écrite à CBC News, l’AMA dit qu’elle s’est excusée auprès du couple « pour l’embarras et le mal que la situation a causé ».

« La situation était tout à fait inacceptable et ne correspondait pas du tout à ce que nous sommes, à ce que nous valorisons et à la façon dont nous promettons de traiter nos membres, écrit Misty Harris de l’Alberta Motor Association. Nous croyons fondamentalement à l’importance de cette question et soutenons sans équivoque le droit de la femme d’allaiter à tout moment et à tout endroit de son choix.

Est-ce permis par la loi au Canada?

Séance d’allaitement collectif à la pataugeoire de l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie durant le mois de juillet 2014 dans la ville de Montréal. © Dominic Brassard

Les incidents de ce genre entourant l’allaitement en public défraient encore assez fréquemment les manchettes au Canada, car l’allaitement y est encore associé par plusieurs comme une action de la sphère privée.

Au Québec et au Canada, allaiter dans les lieux publics est pourtant un droit qui est protégé en principe par la Charte canadienne des droits et libertés ou la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. C’est contraire aux lois sur les droits de la personne de refuser à quelqu’un un service fondé sur le sexe de la personne. Dans ce cas-ci, l’agent d’assurance aurait spécifiquement menacé d’empêcher de fournir un service à un client en raison d’une activité liée à son sexe.

Mais l’allaitement en public n’est pas toujours explicitement précisé dans les chartes des droits. Dans la province de l’Ontario, la loi stipule qu’une femme a le droit d’allaiter en public, qu’elle a le droit d’allaiter dans les restaurants, les centres commerciaux et les transports en commun. Dans d’autres provinces, on mentionnera seulement qu’une femme a le droit d’allaiter en public, sans en préciser les circonstances.

Selon plusieurs groupes de pression en faveur de l’allaitement, il faudrait des lois plus claires à cet égard. Mais des lois plus claires vont-elles suffirent?

Une infirmière d'un Bureau de santé dans le nord de l'Ontario pose devant une pancartes grandeur nature installées à l'intérieur d'édifices publics de cette province pour encourager les femmes à allaiter en public. Photo : Radio-Canada/Jean-Loup Doudard

Quelques données sur l’allaitement au Canada

Selon les dernières données complètes, compilées en 2011-2012, 89 % des Canadiennes ont allaité leur bébé tôt après leur naissance, ce qui représentait une légère hausse de 4 % par rapport à 2003.

Selon Statistique Canada, en 2011-2012, 26 % des mères canadiennes ont pratiqué l’allaitement exclusif pendant 6 mois ou plus contre seulement 17 % en 2003.

Le Canada se trouve ainsi devant les États-Unis, où 77% des femmes avaient allaité leur bébé en 2011-2012, mais derrière la Norvège (95 %) ou l’Australie (92 %).

Pour les nourrissons nés à terme et en santé, l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois est recommandé par l’Organisation mondiale de la santé, Santé Canada, la Société canadienne de pédiatrie, les diététistes du Canada et l’Agence de la santé publique du Canada.

Parmi les provinces et les territoires canadiens, les taux d’allaitement variaient considérablement, allant de 57 % à Terre-Neuve-et-Labrador à 96 % dans des régions comme la Colombie-Britannique et le Yukon en 2011-2012. Au Québec, le taux est de 89 %.

RCI avec la nouvelle de Rosa Marchitelli de CBC ‘I have to ask you to leave’: insurance adjuster tries to boot breastfeeding mom from meeting et la contribution d’Émilie Beaulieu, Vincent Dureault, Francis Reddy, Philippe Marcoux, Doris Labrie et Jacques Beaupré de Radio-Canada

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Catégories : Santé, Société
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