Des élèves de l’école Martin Luther King à Dakar chantent pour la Première dame Michelle Obama lors de son voyage au Sénégal en juin 2013. Photo: Reuters/Joe Penney

Bonnes notes des profs et argent comme appâts pour s’attirer les faveurs sexuelles de jeunes élèves sénégalaises

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Human Rights Watch (HRW) a publié jeudi un rapport intitulé Ce n’est pas normal : exploitation, harcèlement et abus dans les écoles secondaires au Sénégal. Il sonne l’alarme sur un phénomène qui prend de l’ampleur dans la société sénégalaise, avec des conséquences importantes sur la santé et la scolarisation des jeunes filles.

RCI avec des informations de Human Rights Watch et YouTube

Des enseignants en position de pouvoir exigent un droit de cuissage

Au Sénégal, la position d’enseignant crée forcément une distance en ce qui a trait à la force, au pouvoir et à l’autorité. Cela fait en sorte que les élèves sont fragilisés et doivent plier ou subir des représailles.

Le sort des jeunes filles est des plus préoccupants en face d’un phénomène qui prend de plus en plus de l’ampleur dans les établissements scolaires du pays : le harcèlement sexuel.

Des enseignants en position d’autorité se livrent à un rythme quasi quotidien à une forme de chantage, avec en toile de fond une stratégie bien pensée pour obtenir les faveurs sexuelles des filles.

Selon l’organisme de protection des droits de l’homme, ces enseignants menacent de donner de mauvaises notes à celles qui tiendraient tête à leurs avances. Ceux qui possèdent une voiture profitent d’un raccompagnement pour faire leurs demandes ou se servent d’autres stratagèmes pour se mettre à l’abri de tout soupçon.

« Un jour, il [le professeur] m’a demandé d’aller chez lui. Quand je suis allée chez lui, il m’a proposé de me donner de l’argent et des moyens. Et je lui ai dit que non… Il est devenu un peu méchant, [il a dit] qu’il ne va pas me donner des bonnes notes », a confié Aïssatou, 16 ans, dont le nom a été modifié pour assurer sa protection.

Ces agissements sont une violation flagrante des obligations professionnelles et éthiques qui incombent aux enseignants et un crime au regard de la loi sénégalaise lorsque les victimes sont âgées de moins de 16 ans. Harceler des élèves à des fins sexuelles et abuser de son pouvoir et de son autorité sur un enfant alors que l’on est enseignant sont des crimes passibles de peines pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison.

« Le Sénégal a de manière louable reconnu que la violence sexuelle est un problème sérieux dans ses écoles.  Mais de nombreux enseignants s’en tirent à bon compte alors qu’ils exploitent et harcèlent sexuellement leurs élèves, qui endurent de telles violations pour passer dans la classe supérieure », a déclaré Elin Martinez, chercheuse auprès de la division Droits des enfants au sein de Human Rights Watch et auteure du rapport.

Des jeunes filles soumises à la loi du silence

Selon HRW, les jeunes élèves victimes de harcèlement sexuel se retrouvent prises entre les menaces brandies par leurs bourreaux et les lois de la société.

Avoir de mauvaises notes peut rapidement conduire à un échec scolaire, tout comme dénoncer un enseignant qui a fait des avances ou qui est passé à l’acte sexuel peut constituer un motif de honte pour les familles des victimes, dans une société qui demeure encore fortement ancrée dans des traditions ancestrales.

Dans la société sénégalaise, comme dans la plupart des sociétés de pays en développement, notamment en Afrique, les filles sont souvent mariées très jeunes, violées et exploitées sexuellement. C’est généralement l’extrême pauvreté des familles, la religion ou la culture ancestrale qui justifient le phénomène des mariages précoces.

Les viols passés sous silence s’expliquent régulièrement par la volonté des victimes d’éviter de jeter l’opprobre sur leurs familles.

C’est ainsi que les filles victimes de harcèlement sexuel dans leur établissement scolaire, pour la plupart, sont obligées de se taire et de subir les conséquences des actes de leurs enseignants.

Les tabous et les stigmates sociaux ont réduit au silence de nombreuses filles et jeunes femmes victimes de ces pratiques. Des recherches effectuées par Human Rights Watch, des agences des Nations unies, des organisations non gouvernementales et des universitaires suggèrent que les violences sexuelles et sexistes en milieu scolaire sont un problème grave au Sénégal. Les élèves, et dans certains cas les enseignants et chefs d’établissement, ont décrit certains des cas documentés comme relevant de « relations » entre enseignants et élèves. Une telle caractérisation peut minimiser la gravité de l’abus, dissuader les dénonciations et altérer le jugement des chefs d’établissement quant à la gravité de ces abus. 

Les cas de grossesses, de maladies sexuellement transmissibles et de décrochages scolaires sont récurrents dans ce pays où les ressources juridiques et d’encadrement psychosocial font cruellement défaut aux victimes.

HRW, qui a interrogé près de 200 jeunes filles dans plusieurs établissements scolaires de la capitale, Dakar, et de la ville de Casamance, fait état d’un phénomène qui va grandissant, dans un contexte de totale impunité et de manque criant de ressources d’encadrement.

« Le gouvernement sénégalais veut que les filles réussissent leur éducation. Mais il devrait pour cela mettre fin à la culture du silence qui recouvre les abus commis par des enseignants, encourager les filles à prendre la parole et adresser un message sans équivoque à tout le personnel éducatif que la violence sexuelle envers les élèves ne sera pas tolérée »,  a conclu Elin Martinez.

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Publié dans : International, Société

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