Un aperçu des tactiques d’intimidation parfois utilisées envers les travailleurs étrangers temporaires se retrouve dans une lettre qu’une agence de recrutement a fait parvenir à un restaurant de la Saskatchewan.
C’est du moins ce qu’estime une professeure de droit. « Je ne suis pas surprise par ce genre de pratiques, nous en avons déjà entendu parler auparavant », déclare la Torontoise Fay Faraday, qui enseigne à Osgood Hall et a écrit sur l’exploitation des travailleurs migrants. « Ce qui m’étonne, c’est que quelqu’un l’ait couché sur papier. »
Selon un courriel de 2011, dont l’équipe d’enquête de CBC (réseau anglais de Radio-Canada) a obtenu copie, l’agence International Manpower a écrit à l’entreprise Houston Pizza que certains employeurs trouvaient que leurs travailleurs étrangers temporaires « deviennent « canadiennisés », au fil du temps, et demandent plus de choses à leurs employeurs ».
« Nous croyons qu’un simple rappel aux travailleurs suffira à inverser les effets de l’influence canadienne », écrit l’agence établie à Saskatoon au restaurateur d’Estevan.
International Manpower note ensuite que Houston Pizza appuie la demande de certains travailleurs philippins pour devenir résidents permanents au moyen du Programme Candidats immigrants pour la Saskatchewan (PCIS). L’agence mentionne que « puisque vous appuyez leur demande en vertu du PCIS, vous pouvez choisir de retirer votre appui ». « Un employeur qui choisit de retirer son appui n’est pas en train de punir ses travailleurs, mais plutôt de leur montrer qu’ils ont le droit de les appuyer ou non », peut-on lire.
International Manpower a refusé d’accorder une entrevue à la CBC, mais dans un courriel, elle explique que son rôle est de conseiller ses clients sur les règles existantes. « Nous encourageons nos clients à rappeler aux travailleurs étrangers temporaires que les Canadiens et les résidents permanents ont toujours la priorité pour les emplois au Canada et que le travailleur étranger temporaire est au pays pour appuyer l’employeur là où les citoyens canadiens ou résidents permanents ne peuvent pas ».
Message attaché au talon de paie
Le message déplaît au petit ami d’une Philippine qui travaille au restaurant Houston Pizza à Estevan dans la province de la Saskatchewan. John Stevens affirme que sa copine, qui ne souhaite pas être nommée par peur de représailles, en a reçu une copie agrafée à son premier talon de paie. « Ce que j’y ai vu moi, c’est comment intimider les travailleurs étrangers pour qu’ils suivent vos règles », lance John Stevens.
Un des propriétaires du restaurant, Robin Garchinski, a reconnu qu’il avait peut-être agrafé le courriel au talon de chèque d’un travailleur, mais il n’en était pas certain, cela s’étant passé il y a plus de 2 ans. Selon lui, la lettre ne contient rien de choquant ni de menaçant. Elle constitue plutôt un simple rappel des conditions d’embauche des travailleurs étrangers temporaires.
La professeure Fay Faraday estime que les travailleurs étrangers ont raison d’être inquiets, car le Programme des travailleurs étrangers temporaires les lient à un seul employeur, qui peut les renvoyer chez eux si les choses vont mal. « S’ils se plaignent de la façon dont on les traite, ils sont régulièrement menacés d’être déportés, ils sont renvoyés et perdent immédiatement leur travail ».
RCI et Radio-Canada
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