Deux activistes du groupe « code Pink » – déguisés en président américain Donald Trump et en prince héritier saoudien Mohammad Ben Salman – ont participé à une manifestation, le 19 octobre 2018, appelant à des sanctions contre l'Arabie saoudite en ce qui concerne la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi (Crédit photo : Reuters/Kevin Lamarque)

Iran et Arabie saoudite : deux poids deux mesures?

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Selon toute vraisemblance, le journaliste et dissident saoudien Jamal Khashoggi aurait été assassiné dans l’ambassade de l’Arabie saoudite à Istanbul le 2 octobre dernier. Jusque-là, les critiques internationales ont été discrètes sur cette disparition. Le président américain Donald Trump a finalement avoué vendredi que l’homme de 59 ans était probablement mort tout en menaçant l’allié saoudien de représailles.

Les États-Unis ont visiblement du mal à critiquer les actions du royaume saoudien en matière des droits de l’homme, alors que la Maison-Blanche n’hésite pas à vilipender par exemple les politiques de l’Iran. En matière de respect des droits de la personne, y a-t-il deux poids deux mesures avec d’un côté les alliés et de l’autre les ennemis de la nation américaine? On en parle avec Pierre Pahlavi,  professeur au Collège des Forces canadiennes de Toronto.

Écoutez l’entrevue avec Pierre Pahlavi (13 minutes et 21 secondes) :

Écoutez

« Il existe vraiment une politique de double standard et il serait très difficile de prétendre le contraire, affirme Pierre Pahlavi. Depuis la révolution iranienne de 1979, ce que l’on pardonne ou ce que l’on ne s’efforce pas de voir du côté saoudien, on le souligne du côté iranien. Au-delà de l’affaire Khashoggi, il y a la situation dramatique au Yémen où la communauté internationale est témoin d’un bain de sang. La Maison-Blanche et les médias américains ne le soulignent pas beaucoup. »

Les raisons qui font que les États-Unis baissent le ton avec l’Arabie saoudite et le montent avec l’Iran sont multiples, observe le professeur. « La révolution islamique iranienne a été vécue comme un véritable divorce. Autrefois, les relations entre Washington et Téhéran étaient privilégiées. Depuis l’avènement de la République islamique, il y a un manque de dialogue énorme. Les Iraniens aussi rechignent à collaborer avec les Américains. Il y a une montagne de suspicions et de méfiances entre les deux pays. »

Donald J. Trump

« Au président iranien Rouhani : ne menacez plus jamais les États-Unis ou vous allez subir des conséquences telles que peu au cours de l’histoire en ont connu. Les États-Unis ne sont plus un pays qui tolère vos paroles démentes de violence et de mort. Faites attention! »

Selon M. Pahlavi, la disparition du journaliste Khashoggi fait apparaître les aspects géopolitiques des relations américano-saoudiennes. « L’intervention turque est aussi très intéressante à souligner. On n’est pas sans savoir que le Moyen-Orient connaît en ce moment une forte polarisation exacerbée par la promesse de Donald Trump de déchirer l’accord sur le nucléaire avec Téhéran. »

Le prince héritier Mohammed Ben Salmane avec Donald Trump lors d’une visite à Washington le 20 mars 2018. Photo : Reuters/Jonathan Ernst

« Le président américain a décidé de faire un virage à 180 degrés avec l’Iran, poursuit le professeur. On se retrouve avec d’un côté l’Iran et ses alliés syriens, russes et chiites et de l’autre côté, l’Arabie saoudite avec sa coalition composée des pays du Golfe avec très peu de place au milieu. Peu de place pour qui? Le Qatar et la Turquie justement. À travers le drame de Khashoggi, Ankara se remet un petit peu dans la lumière afin de réchauffer ses relations très refroidies avec Washington. »

Il reste que M. Pahlavi ne voit pas la mort de Khashoggi comme un événement charnière des relations américano-saoudiennes. « À ce stade-ci, les acteurs veulent d’abord limiter les dégâts, car l’affaire a pris des proportions énormes par le biais des médias et de l’opinion publique. Il est néanmoins évident que les relations nouées depuis les années 1930 entre le Royaume saoudien et les États-Unis comportent des enjeux financiers et politiques si énormes que je douterais que cette affaire aille plus loin. »

Donald Trump durcit le ton face à l'Arabie saoudite et face à son rôle dans la disparition du journaliste Jamal Khashoggi. La Maison-Blanche est tout de même prête à lui donner plus de temps pour s'expliquer. Les explications de Christian Latreille.

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