Un homme marche devant l'ambassade du Canada à La Havane, Cuba, le 17 avril 2018. Desmond Boylan-AP

Des diplomates poursuivent Ottawa pour 28 millions de dollars pour leurs problèmes de santé à Cuba

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Cinq diplomates canadiens et neuf membres de leur famille qui ont été victimes de mystérieux problèmes de santé lorsqu’ils étaient en poste à Cuba poursuivent le gouvernement canadien pour 28 millions de dollars en dommages et intérêts.

Les plaignants accusent le gouvernement fédéral de s’être traîné les pieds dans cette affaire qu’il est convenu d’appeler « le syndrome de La Havane ».

Ils reprochent au gouvernement d’avoir retardé non seulement leur évacuation de la capitale cubaine, mais aussi leur traitement médical une fois revenu au pays.

Radio-Canada s’est entretenue, sous le couvert de l’anonymat, avec certains de ces diplomates et des membres de leur famille dont les symptômes sont apparus au printemps 2017.

Témoignages de victimes

Un des plaignants, un diplomate de carrière dont les affectations l’ont envoyé dans des pays dangereux, indique que lui, sa femme et ses enfants avaient tous reçu un diagnostic de lésions cérébrales en juin 2017.

« Ma femme n’est plus la même. Elle a des trous de mémoire, des maux de tête, des problèmes d’audition. Elle décroche le téléphone pour passer un appel, mais oublie pourquoi, entre dans les chambres sans raison. Elle n’arrive plus à se concentrer », a-t-il déclaré à Azeb Wolde-Giorghis, de Radio-Canada.

D’autres plaignants affirment souffrir de sensibilité à la lumière, de migraines, de fatigue excessive ou de symptômes souvent associés aux commotions cérébrales.

L’Institut de recherche sur le cerveau de l’Université d’Ottawa et le Centre de régénération du cerveau de l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, effectuent le suivit médical des Canadiens touchés.

L »ambassade du Canada à La Havane, le jeudi 29 octobre 2009 (Franklin Reyes/Associated Press)

Trop lent à réagir

« Tout au long de la crise, le Canada a minimisé la gravité de la situation et dissimulé des renseignements essentiels en matière de santé et de sécurité et fourni des renseignements faux, trompeurs et incomplets au personnel diplomatique », mentionne la déclaration des plaignants.

Alors que leurs collègues de l’ambassade américaine souffraient des mêmes symptômes à l’époque, les États-Unis ont choisi de retirer leur personnel diplomatique non essentiel en septembre 2017, mais le Canada ne l’a pas fait, indiquent les plaignants. Ils affirment dans leur poursuite que le Canada a attendu jusqu’en avril 2018 pour évacuer les familles de ses diplomates à La Havane, et qu’il a donné au personnel de la mission la possibilité, en avril et en novembre 2018, de rentrer au pays.

Les diplomates qui ont parlé à Radio-Canada affirment ne pas comprendre les raisons des retards et accusent le gouvernement fédéral de les avoir tenus dans l’ignorance.

« Pourquoi n’avons-nous pas eu accès aux soins spécialisés dont nous avions besoin? Ce n’était pas par hasard. C’était le résultat de leurs décisions, dit une des plaignantes. Qui nous rendra ce temps? »

Réaction ministérielle

Chrystia Freeland (JOHN MACDOUGALL/AFP/GETTY IMAGES)

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a déclaré mercredi aux journalistes qu’elle avait rencontré certains diplomates et leurs familles, mais qu’elle ne voulait pas commenter la poursuite.

« Je m’inquiète vraiment pour eux et ils ont toute la sympathie et le soutien du Canada. Ils étaient à Cuba pour nous représenter, et pour représenter notre pays. Et leur santé et leur sécurité doivent absolument être une priorité », a-t-elle dit.

Le problème n’est pas terminé

En novembre dernier, un 13e Canadien avait signalé souffrir de nausées, de vertiges, de maux de tête et de troubles de la concentration. Cela avait déclenché une nouvelle série d’examens de santé au sein du personnel diplomatique et de leurs familles et c’est là qu’on a détecté le 14e cas.

Ces récents cas, selon le Canada, montrent que des incidents ont toujours cours et Ottawa a évalué ces éléments de preuve dans sa décision de réduire progressivement l’empreinte diplomatique du pays à Cuba, qui accueille en moyenne un million de touristes canadiens par année.

« Rien ne démontre un danger pour les voyageurs canadiens à Cuba », précise cependant Affaires mondiales Canada, ajoutant que les touristes devraient continuer à consulter les avis du gouvernement sur le web.

Ambassade américaine à La Havane Photo : The Associated Press/Desmond Boylan

L’enquête sur le mal mystérieux

© ChuckSchugPhotography/Getty

Le scénario d’une possible « attaque acoustique » a été évoqué à maintes reprises. Des employés de l’ambassade des États-Unis à La Havane ont affirmé avoir éprouvé des malaises après avoir entendu des sons dont ils ignoraient la provenance.

Les spéculations ont porté aussi sur des attaques aux micro-ondes, des contaminants inconnus et même des grillons. Les responsables ont pratiquement exclu les facteurs environnementaux comme les toxines dans l’air, le sol ou l’eau, et ils ne soupçonnent plus une attaque sonique.

Le département d’État américain indiquait, l’an dernier, qu’il avait évacué plusieurs de ses employés en Chine qui présentaient de mystérieux symptômes comparables. Ces employés, dont on ignore le nombre exact, avaient été rapatriés afin de subir des examens médicaux plus approfondis.

Une équipe médicale américaine avait été envoyée à Guangzhou, au mois de mai dernier, après qu’un premier employé eut été victime d’un traumatisme cérébral après avoir ressenti des bruits anormaux.

Ce cas a ravivé les craintes qu’un rival des États-Unis ait développé un type d’appareil acoustique ou à micro-ondes inconnu.

La Gendarmerie royale du Canada dit mener une enquête sur la ou les causes de ce mal à Cuba.

Une femme marche devant le consulat américain de Guangzhou. Photo : Reuters/Sue-Lin Wong

RCI avec La Presse canadienne et avec les informations d’Azeb Wolde-Giorghis de Radio-Canada et CBC News

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