Dites-leur que je suis Québécois (Ed de l'Homme), témoignage du parcours semé d'embûches d'un immigrant (Photo: iStock)

« Dites-leur que je suis Québécois », témoignage du parcours d’un immigrant, des embûches, des défis, des réussites

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Mensah Hemedzo est né au Togo. Passionné de connaissances et de savoir, il plonge dans la littérature française et décroche une licence, une maîtrise (on dit master en France) et devient doctorant.

D’ailleurs, les études supérieures font partie de l’ADN chez les Hemedzo. Son frère, aujourd’hui décédé, était titulaire d’un doctorat en sociologie.

Donc, la carrière est bien lancée pour Mensah Hemedzo, car il a un poste de professeur en Alsace, où il réside depuis quelques années.

Il y a un mais. Sa femme, une sage-femme de profession, et leur fillette ne peuvent le rejoindre en France en raison de l’administration des dossiers d’immigration. Comme il est hors de question pour lui de rentrer au Togo – il l’explique très bien dans l’entrevue – le projet de traverser la Grande Bleue se précise et, en octobre 2019, la petite famille Hemedzo arrive au Québec.

Quelques mots

« Je l’aimais sans la connaître. Une passion par ouï-dire, car je ne la connaissais qu’à travers les yeux et les propos de mes amis. Ils me la décrivaient belle, remarquable et insoumise. Elle portait souvent un magnifique manteau blanc qui s’ajustait parfaitement à sa robe bleu et blanc aux motifs de fleur de lys. Elle était fière de ses origines françaises et de son accent. Avant-dernière d’une famille de 10 filles, elle était incomprise de ses sœurs qui la trouvaient capricieuse, aussi s’en était-elle éloignée au point de revendiquer une sorte d’indépendance, une liberté qu’on peut lire dans l’air à notre époque. Je l’aimais comme on aime une femme, la Belle Province. Sur cette terre, mes rêves déploieraient enfin leurs ailes, loin des présidents à vie. »

Extrait de Dites-leur que je suis Québécois, Éditions de l’Homme

L’homme et ses rêves se lancent dans la recherche d’emploi. Il est persuadé qu’il a toutes les compétences nécessaires pour pourvoir un poste de professeur ou d’enseignant, au secondaire notamment.

Et voilà qu’un second « mais » se pointe et il est de taille. On doute de ses qualifications et de ses compétences, on remet en question la validité de ses diplômes, on lui parle de « l’expérience québécoise » essentielle en emploi.

La classique, la totale quoi!

D'autres mots

– Il faut qu’il sache la vérité!

Et je l’ai sue.

– Le gouvernement nous a invités à venir pour pallier une pénurie de main-d’œuvre, qui est bien réelle, mais les employeurs sont réticents à reconnaître nos compétences et nos diplômes. Ils poussent l’ironie jusqu’à nous demander une expérience québécoise. Comment acquérir l’expérience québécoise si la condition pour l’acquérir c’est de l’avoir déjà? C’est absurde! Ainsi, des immigrants médecins conduisent des taxis en ville et de nombreux autres diplômés universitaires sont caissiers chez Dollarama. Personnellement, j’ai l’impression qu’on nous met exprès dans la précarité pour que nous acceptions les pires conditions de travail et de vie. Car, si tu peux tenir six mois, voire un an, avec tes économies, à un moment ou à un autre, tu es obligé d’avaler ta fierté et tes diplômes pour aller faire le ménage dans un supermarché.

Daniel est revenu à la charge.

– Mais certains d’entre nous s’en sortent. La clé, c’est de retourner aux études, d’avoir un diplôme d’ici, ne serait-ce qu’un certificat, et tu pourras aspirer à des postes qualifiés.

Étienne n’était pas convaincu.

– C’est le dernier mirage auquel nous nous accrochons pour accepter l’humiliation, sans oublier ce malheureux espoir d’une vie meilleure pour nos enfants.

Extrait de Dites-leur que je suis Québécois, Éditions de l’Homme

Dites-leur que je suis Québécois

(Éditions de l’Homme)

Presque 10 ans plus tard, l’homme travaille dans son domaine… mais de l’autre côté de la rivière des Outaouais. Il est enseignant au secondaire, son rêve, à Ottawa, tout en résidant à Gatineau, au Québec.

Dans « Dites-leur que je suis Québécois » paru aux Éditions de l’Homme, Mensah Hemedzo pose un regard lucide, mais non amer sur son parcours, histoire de mettre en lumière les défis auxquels font face plusieurs nouveaux arrivants. Et il expose les obstacles qui se sont dressés entre lui et son rêve de vivre et de travailler en français au Québec.

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Catégories : Immigration et Réfugiés, Société
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