Des Philippins en train de procéder au tri de matières plastiques dans un tas de déchets. Crédit : Istock

Leçon de la paix des poubelles entre le Canada et les Philippines : aucun pays ne devrait servir de décharge d’ordures

Le ministère de l’Environnement a fait part de l’engagement du pays à faire revenir au Canada les déchets transférés aux Philippines par une entreprise privée ontarienne.

Une « guerre des poubelles » évitée?

La présence d’importantes quantités d’ordures en provenance du Canada, au port de Manille, depuis près de six ans, a fait monter d’un cran le ton des autorités de ce pays d’Asie du Sud-Est.

Le président Rodrigo Duterte avait vivement critiqué Ottawa, et il avait même menacé de retourner les ordures au Canada, en brandissant le spectre d’une « guerre des poubelles ».

En visite dans ce pays, peu après son élection en 2015, Justin Trudeau avait calmé la situation en assurant les autorités de sa volonté de mettre un terme à une telle pratique de la part de compagnies privées canadiennes.

À titre de rappel, ce sont en tout 103 conteneurs venant d’une entreprise ontarienne qui avaient été interceptés par les services des douanes, dans le port de Manille, de 2013 à 2014.

Ces conteneurs étaient censés transporter de la matière plastique qu’une compagnie locale allait recycler. Les responsables des douanes ont été très surpris de constater qu’à la place, les conteneurs étaient remplis d’ordures.

C’est à ce moment-là, qu’au sommet de l’État, la colère s’est faite sentir, et le Canada appelé à trouver un autre site pour l’enfouissement de ses déchets, au risque d’en subir les représailles.

Un garçon déguisé en conteneur plein de déchets avec la mention «reprenez-les».

Depuis près de six ans, Ottawa tente de convaincre le gouvernement philippin de se débarrasser lui-même de ces déchets, en vain. Photo : Associated Press / Aaron Favila

Ottawa fait du rapatriement des déchets une priorité

Fidèle à sa tradition de pacification de ses relations avec ses partenaires internationaux, le gouvernement fédéral a dit « accorder une grande importance à la relation profonde de longue date avec les Philippines », avant de souligner sa détermination à agir au plus vite pour régler « le dossier prioritaire du rapatriement immédiat des déchets » (source communiqué de presse).

Le rapatriement est d’ailleurs connu, et il sera terminé d’ici la fin du mois de juin.

Ce dossier a été confié à l’entreprise Bolloré Logistics Canada, et le gouvernement s’attend à ce que le rapatriement se fasse de façon sécuritaire, dans le respect des normes canadiennes de santé et de sécurité.

D’ici la fin de l’été, l’élimination de ces déchets devrait être achevée, et le tout sera financé par Ottawa, bien que les faits aient été commis par une entreprise privée. Cela ne signifie pas pour autant que cette entreprise sera exempte de toute action, car les autorités ont dit « explorer les options pour que les différentes parties concernées soient tenues responsables ».

Pour en arriver à un tel dénouement, il y a eu récemment des discussions entre les responsables des deux pays. C’est la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, qui a été en contact avec son homologue philippin, Teodoro Locsin. Les deux personnalités se sont entendues sur les modalités de rapatriement des déchets.

La ministre de l’Environnement Catherine McKenna a salué cette collaboration étroite qui a permis de trouver une « solution mutuellement acceptable ».

« En ce sens, le Canada est heureux d’annoncer qu’il a attribué un contrat pour rapatrier rapidement les déchets et veiller à ce qu’ils soient éliminés de façon sécuritaire et respectueuse de l’environnement. Le Canada a modifié sa réglementation pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise […] », a affirmé Mme McKenna dans le communiqué de presse.

La flexibilité d’Ottawa dans ce dossier intervient après plusieurs tentatives infructueuses pour convaincre les autorités de Manille de procéder elles-mêmes à la destruction totale des déchets. Elles n’ont détrui qu’une partie, et 69 conteneurs attendent toujours sur place au port depuis près de six ans.

Comme le Canada contrevenait à une convention internationale importante, en ce qui a trait au transfert des déchets dangereux dans d’autres pays, surtout dans les pays en développement, il a fait volte-face.

La convention de Bâle sur le contrôle de mouvements transfrontières de déchets dangereux et leur élimination prévoit en effet que ces déchets risquent de causer des dommages à la santé humaine et à l’environnement, et que tout État souverain possède le droit d’interdire l’entrée ou l’élimination des déchets dangereux et d’autres déchets d’origine étrangère sur son sol. Elle interdit ainsi que des déchets dangereux soient transférés à des fins d’élimination dans d’autres États, en particulier dans des pays en développement. Source : Convention de Bâle

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