Photo: RCI/Marie-Claude Simard

« Je suis Ariel Sharon », troisième roman de Yara El-Ghadban

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Nous sommes en 2006 et Ariel Sharon, premier ministre israélien de 2001 à 2006, cofondateur du Likoud, militaire, général qui s’est illustré – du moins du point de vue d’Israël – durant les guerres israélo-arabes de 1948 qui ont suivi la création officielle de l’État d’Israël par les Nations unies, et aussi par la suite de la guerre des Six Jours et de celle du Kippour, sombre dans le coma.

À ce moment-là, l’anthropologue et romancière d’origine palestinienne Yara El-Ghadban est en visite à Gaza dans sa belle-famille et elle entend sa belle-mère dire : «  Il ne mourra pas tant qu’il n’aura pas réglé ses comptes. »

Cette phrase lui est restée en mémoire comme une bougie qui brûle lentement, quelque part au fond des souvenirs, des déchirures et de la mémoire de la terre.

Ariel Sharon est resté huit ans dans le coma avant de passer l’arme à gauche.

Yara El-Ghadban était intriguée par ce qui pouvait se passer dans la tête de l’homme. Elle a choisi d’aborder l’intrigue par la voie… du roman et non de l’essai ou encore de la biographie, ces deux genres ayant été amplement alimentés au fil des années.

(Mémoire d’encrier)

Puis, un roman donne pleine latitude à l’imaginaire. Et comme elle en a beaucoup, la suite était logique.

Mais, par quel vecteur entre-t-on dans la tête d’une figure importante du XXe siècle au Moyen-Orient quand on choisit la voie du roman?

Yara El-Ghadban s’est intéressée aux femmes de la vie d’Ariel Sharon, notamment celle de sa mère, froide, terriblement déchirée par la vie qu’elle aurait pu avoir et celle qu’elle aura connue.

Yara El-Ghadban – (c) Manoucheka Lachérie

Ce chœur des femmes, ces Véra, Gali, Lily et Rita, met le vieux lion affaibli et inconscient face à ses horreurs et à son humanité.

Elles le guident vers la lumière quand les ombres de la mort l’assaillent.

« M’en voudraient-elles si j’enlevais à chaque lettre de ton nom sa noirceur? À chaque date de ton histoire, sa violence?

Si je t’enlevais la mort et te prêtais la vie? M’en voudraient-elles si je me glissais là où elles t’ont vu nu? Si je te débarrassais de toutes ces couches. Ta peau de guerrier, ton masque de politicien? Ne reste que toi face à moi? Que tu ne sois personne? Que je ne sois personne?

Soyons personne. Soyons ensemble sans visage. Perdons-nous dans ce long sommeil. Dévoilons tous nos visages.
Pose-moi la question : quel est ton nom? Je nommerai toutes les femmes.
Pose-toi la question : qui suis-je? Toutes les femmes te répondraient. Leur voix est ma voix. »

Je suis Ariel Sharon (Extrait), Yara El-Ghadban, Mémoire d’encrier

Romancière et anthropologue palestinienne, Yara El-Ghadban vit et écrit à Montréal. Elle a publié les romans L’ombre de l’olivier (Mémoire d’encrier, 2011) et Le parfum de Nour (Mémoire d’encrier, 2015). Je suis Ariel Sharon est son troisième roman.

Yara El-Ghadban a reçu le prix de la diversité Métropolis Bleu/Conseil des Arts de Montréal en 2019.

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Catégories : Arts et spectacles, International
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