Concernant le Groenland, Donald Trump dispose de nombreuses options

Si le président Donald Trump est sérieux au sujet du renforcement de la présence américaine au Groenland, il dispose de plusieurs options pour y parvenir. Trump ne cesse d’insister sur le fait que les États-Unis ont besoin de la grande île arctique, stratégiquement située, pour des raisons de sécurité nationale.
Le président américain a refusé d’exclure l’usage de la force pour s’emparer de ce territoire autonome rattaché au Danemark, provoquant la colère de Copenhague, allié fidèle de Washington et membre fondateur de l’OTAN
Les dirigeants du Groenland ont clairement indiqué qu’ils ne souhaitent pas faire partie des États-Unis.
Les États-Unis disposent cependant déjà d’une présence militaire au Groenland, la base de Pituffik, la plus septentrionale de leur armée, qui remonte à la Seconde Guerre mondiale, lorsque les Américains ont envoyé des forces pour défendre ce territoire après l’invasion du Danemark par l’Allemagne nazie.
Quelque 150 personnels sont stationnés en permanence sur cette base glaciale, mais les États-Unis ont déployé jusqu’à 6.000 soldats à travers le Groenland durant la Guerre froide, principalement par crainte d’un survol de l’île par un missile soviétique se dirigeant vers l’Amérique du Nord.
En vertu d’un traité de 1951, les États-Unis pourraient simplement notifier au Danemark qu’ils envoient davantage de soldats.
Les États-Unis pourraient augmenter significativement leur présence militaire au Groenland sans qu’il soit vraiment nécessaire de faire quoi que ce soit, indique Kristine Berzina, chercheuse au German Marshall Fund of the United States (GMFUS), un centre d’études sur les relations transatlantiques.
Dans des circonstances différentes, le Danemark et d’autres alliés de l’OTAN pourraient se réjouir que Trump manifeste de l’intérêt pour la sécurité européenne, alors que la Russie occupe une partie de l’Ukraine.
Pour MAGA, la taille compte
Mais pour le mouvement MAGA de Trump, l’argument de la sécurité n’est peut-être pas essentiel et la motivation ailleurs. Lors de son investiture, il y a environ un an, le président républicain avait évoqué une nouvelle « destinée manifeste » des États-Unis.
Ce concept impérialiste du XIXe siècle prétend que les États-Unis ont un droit divin à étendre leur territoire.
Donald Trump a ainsi justifié samedi l’opération militaire au Venezuela par la nécessité de restaurer la suprématie des États-Unis sur l’ensemble des Amériques.
Il a évoqué une sorte de remise au goût du jour de la doctrine Monroe, selon laquelle, il y a plus d’un siècle, l’Amérique latine était considérée comme la chasse gardée des États-Unis.
Peut-être que la taille du pays renvoie à cette idée de grandeur américaine, et certainement, pour le mouvement MAGA, la grandeur américaine compte beaucoup, estime Kristine Berzina.
Le Groenland a la taille du plus grand État américain, l’Alaska, et son intégration propulserait les États-Unis devant la Chine pour disposer de la troisième plus grande superficie terrestre derrière la Russie et le Canada.
L’art de la négociation
La Maison-Blanche, tout en n’excluant pas une invasion, a indiqué que Trump, magnat de l’immobilier, étudie « activement » un achat du Groenland.
Le Groenland comme le Danemark ont clairement indiqué que l’île n’était pas à vendre. Mais il existe des précédents.
En 1803, les jeunes États-Unis signent leur première acquisition territoriale, en achetant à la France la Louisiane pour environ 15 millions de dollars de l’époque.
En 1867, c’est l’achat de l’Alaska à la Russie et en 1917, les États-Unis ont acheté les îles Vierges au Danemark pour 25 millions de dollars en or.
Le Danemark avait d’abord résisté, en partie par crainte de la manière dont l’Amérique, où sévissait alors la ségrégation raciale, traiterait la population majoritairement noire de l’île. Mais le royaume avait finalement accepté l’offre américaine, les États-Unis menaçant d’employer la force.
Après la Seconde Guerre mondiale, le président Harry Truman a fait sa propre offre pour acheter le Groenland, discrètement, et le Danemark l’a rejetée.
La question semblait devenue caduque avec la création de l’OTAN. Mais l’alliance elle-même a été tournée en dérision par Trump, qui la trouve injuste pour les États-Unis.
Selon des diplomates, l’administration Trump a aussi envisagé l’option de proposer une association, à l’image de celle que les États-Unis ont avec des nations insulaires du Pacifique, qui sont indépendantes, mais s’en remettent à Washington pour leur défense.
Dans tous les cas, même si Trump parvenait à convaincre les Groenlandais, il se heurterait à des obstacles de taille pour obtenir le consentement du Congrès américain, sans parler de celui du Danemark.
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