Rarement le Lac-Saint-Jean n’avait fait l’objet de tant d’attention à l’occasion d’un scrutin national. Les quatre principaux partis fédéraux espèrent tous gagner l’élection partielle de lundi, dans une région où des milliers d’emplois dépendent du bois d’œuvre, un sujet de litige avec les États-Unis.
La circonscription laissée vacante par le conservateur Denis Lebel est convoitée par tout le monde. Chacun des chefs des quatre grands partis est allé y faire campagne au cours des deux dernières semaines.
Le premier ministre Justin Trudeau est le dernier à s’y être rendu jeudi et vendredi, multipliant les arrêts à Roberval, Saint-Félicien, Dolbeau-Mistassini et Alma.
Le candidat libéral Richard Hébert est l’ex-maire de Dolbeau-Mistassini, une ville dont l’économie repose sur l’industrie forestière.
Sans surprise, la conclusion d’une nouvelle entente sur le bois d’oeuvre avec les États-Unis fait partie des enjeux dans cette circonscription.
En juin, le département américain du Commerce avait imposé une taxe frontalière d’environ 27 % au bois d’œuvre canadien. À cela s’ajoute un droit préliminaire antidumping de 6,87 % en moyenne. Cette mesure s’ajoute à un droit compensatoire de 19,88 % annoncé en avril.

L’offensive de charme des libéraux
Les ministres canadiens des Afffaires étrangères Chrystia Freeland et des Ressources naturelles Jim Carr avaient alors déploré le fait que les droits punitifs américains reposaient « sur une logique bancale qui porte préjudice aux travailleurs, aux collectivités et aux consommateurs du Canada et des États-Unis ».
Une victoire dans Lac-Saint-Jean, une circonscription où les conservateurs ont régné pendant 10 ans et qui était autrefois détenue par le Bloc québécois, serait une percée importante pour le Parti libéral.
« Ça voudrait dire que ce que l’on fait correspond aux souhaits et aux aspirations des Québécois », estime le député Pablo Rodriguez, qui était aux commandes de la campagne électorale du Parti libéral au Québec en 2015. Les libéraux n’y ont pas élu de député en 37 ans.
Outre la question du bois d’œuvre, la protection du système de gestion de l’offre en vigueur pour les produits laitiers, la volaille et les oeufs fait également partie des préoccupations des électeurs. L’administration Trump a récemment réclamé la fin définitive de ce système d’ici 10 ans dans le cadre de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).
Le Lac-Saint-Jean compte 325 producteurs de lait. Il s’agit du secteur agricole le plus important dans la région. Lors de sa visite, Justin Trudeau a promis de protéger la gestion de l’offre et l’industrie forestière.

Des conservateurs confiants
Les conservateurs sont persuadés de conserver leur siège. Leur chef, Andrew Scheer, est allé trois fois au Lac-Saint-Jean depuis le mois de mars. Il y a passé trois jours récemment pour rencontrer des producteurs agricoles, des propriétaires d’entreprises et des travailleurs forestiers avec son candidat Rémy Leclerc.
Celui-ci promet de faire reculer les libéraux sur la légalisation de la marijuana, un enjeu qui suscite une vive opposition chez les Jeannois (habitants du Lac-Saint-Jean).
« On regarde notre pointage, on regarde notre organisation, on regarde le travail qui a été fait sur le terrain, on regarde notre candidat qui a travaillé pendant 10 ans avec Denis Lebel, on regarde les enjeux qui préoccupent les citoyens et on additionne tout ça », récapitule le lieutenant politique du parti au Québec, Alain Rayes.
« Il nous reste peut-être la notoriété de Justin Trudeau en ligne de compte, mais je pense que les gens font la part des choses. Donc, entre prendre un selfie avec Justin Trudeau et aller mettre un X à côté du Parti libéral, je pense qu’il y a un monde. »
Le vote syndical convoité
Le Nouveau Parti démocratique (NPD), troisième parti en importance à Ottawa, espère que sa candidate, Gisèle Dallaire, pourra combler l’écart de moins de 3000 votes qui la séparait de Denis Lebel en 2015.
« Il y a 40 députés libéraux du Québec, mais sur un paquet d’enjeux, que ce soit le lait diafiltré, la foresterie, la petite et moyenne entreprise, on ne les entend pas », affirme le lieutenant du parti pour le Québec, Alexandre Boulerice.

« On a 40 fantômes ou 40 criquets, donc je ne pense pas que d’en ajouter un 41e, ça ferait une différence », poursuit-il.
Le nouveau chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, est allé épauler la candidate il y a deux semaines. Son turban a attiré les regards, mais il a mis l’accent sur ses points communs avec les Québécois.
Remporter Lac-Saint-Jean prouverait que ses signes religieux ne constituent pas un obstacle au Québec.
Le Bloc québécois pourrait toutefois aller chercher une part du vote du NPD avec le candidat Marc Maltais, un syndicaliste qui s’est fait connaître du grand public lorsqu’il a défendu les travailleurs en lock-out de l’usine de Rio Tinto Alcan à Alma en 2012. Les 650 travailleurs de cette usine lui ont donné leur appui.
« Ce serait important d’envoyer un message clair au gouvernement actuel que ce qu’on veut, c’est plus que des égoportraits et des messages creux, affirme le député Mario Beaulieu, également président du Bloc québécois. On veut des actions pour le Lac-Saint-Jean, des actions pour le Québec. »

En plus d’envoyer un message au gouvernement, l’élection d’un 11e député bloquiste dans la région où le parti est né pourrait lui donner un regain de vie, selon lui.
« Ce serait vraiment une victoire importante, ça enverrait un signal que le Bloc québécois continue à progresser », conclut-il.
Tous les partis le concèdent, ce qui fera la différence lundi ce sont les équipes de bénévoles sur le terrain qui inciteront les électeurs à aller voter. Le taux de participation pour une élection partielle est généralement plus bas que lors d’une élection générale.
Environ 7 % des 85 000 électeurs ont déjà voté par anticipation dans Lac-Saint-Jean.
Moins de suspense en Alberta
Les électeurs de Sturgeon River-Parkland en Alberta choisiront également un nouveau député lundi pour remplacer la conservatrice Rona Ambrose, qui a quitté la vie politique en mai. Elle avait remporté l’élection fédérale de 2015 avec plus de 70 % du vote dans ce bastion conservateur.
Le premier ministre Justin Trudeau s’y est tout de même rendu vendredi pour appuyer le candidat libéral Brian Gold, qui provient du milieu des affaires. Les conservateurs ont choisi Dane Lloyd, un attaché politique qui a travaillé pour divers ministres lorsque le parti était au pouvoir.

(Avec PC)
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