Le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, lors des audiences de la commission Viens à Montréal, le 22 mars. Photo: Radio-Canada / Anouk Lebel

Violences contre les femmes autochtones: les chefs des communautés en appellent à l’ONU, écartant la justice canadienne

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Relation de confiance avec la justice canadienne brisée

À la tribune des Nations unies, en marge des travaux de la 18e session de l’instance permanente sur la question des Autochtones, plusieurs représentants de ces communautés au pays ont pris la parole pour manifester leur désarroi en face d’une justice canadienne à plusieurs vitesses.

Soulignant que les femmes des Premières Nations ont vécu plusieurs épisodes d’événements douloureux au Québec et ailleurs au Canada, ils ont réitéré le besoin urgent d’une justice équitable et réparatrice pour les femmes qui ont survécu, et qui vivent avec d’importantes séquelles.

Le cri du cœur des chefs des Premières Nations à l’ONU intervient dans un contexte où les liens entre ces peuples avec le système de justice canadien sont loin d’être au beau fixe.

Après la dénonciation de plusieurs abus policiers sur ces femmes, sans qu’il y ait une réponse réelle et adéquate du système de justice, Ghislain Picard, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, estime qu’il est temps que l’ONU se mêle de ce dossier.

« La justice pour les femmes de nos nations ne peut plus attendre. La discrimination de la part des services policiers envers les femmes des Premières Nations doit faire l’objet d’un examen spécifique de la part de l’ONU,  tel que le comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes. C’est ce message que nous venons porter aux Nations Unies », a déclaré M. Picard, dans le communiqué de presse publié par l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador.

C’est une question de droit et de dignité pour ces femmes désespérées, a souligné la cheffe de la Première Nation de Lac-Simon Adrienne Jerôme. Elle relève également que ces dernières ont perdu toute confiance envers les institutions canadiennes censées les protéger et leur apporter le réconfort dont elles ont besoin pour panser de profondes blessures.

Les femmes autochtones sont parmi les plus affectées par les violences sexuelles au Canada. REUTERS/Andy Clark (CANADA)

Des commissions et des enquêtes qui n’aboutissent à rien?

Parmi les voix qui se sont élevées à l’ONU pour faire entendre la cause des femmes autochtones, il y a aussi celle de la grande cheffe du Conseil tribal de la nation algonquine Anishnabeg Verna Polson. Cette dernière condamne l’impunité dont jouissent les policiers dans ce dossier. De plus, elle redoute que des actes de violence se perpétuent en raison du silence du système judiciaire.

« Avec les preuves présentées aux deux commissions d’enquête, nous craignons toujours que la Sûreté du Québec ou d’autres corps de police puissent commettre des actes désobligeants et criminels en toute impunité. La Sûreté du Québec n’a jamais prononcé d’excuses ni entamé aucun dialogue avec les Premières Nations. Cette situation est déplorable et doit être dénoncée », a-t-elle affirmé.

En dernier ressort, le chef Picard a remis en cause les multiples commissions d’enquêtes et autres recommandations sur le sort des femmes autochtones, qui sont loin d’avoir porté leurs fruits.

« Nos enjeux ont fait l’objet de plusieurs commissions et des centaines de recommandations. Pourtant, peu d’impacts nous permettent de croire au changement. Nous continuerons de le rappeler aux gouvernements du Québec et du Canada qui recevront sous peu deux importants rapports (Commission Viens et Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées). Nous serons vigilants », a mis en garde M. Picard.

Réparer les erreurs du passé auprès des peuples autochtones, le mea culpa de Justin Trudeau à l'Assemblée générale de l'ONU, mais les mots suffisent-ils? Analyse du panel avec Tasha Kheiriddin, Paul Journet et Michel C. Auger.

Libéraux fédéraux et réconciliation avec les Autochtones : le point de rupture?

On se souvient que le premier ministre du Canada Justin Trudeau avait fait de la réconciliation avec les peuples autochtones un des objectifs prioritaires de son gouvernement. Cette question avait d’ailleurs été classée au chapitre des principaux enjeux électoraux pour le Parti libéral lors des dernières élections générales ayant permis son accession au pouvoir.

Depuis, les Premières Nations semblent déçues que la réconciliation tant attendue tarde à se concrétiser.

Si les libéraux ont augmenté les financements de projets visant ces communautés, elles sont toujours plus durement frappées par la pauvreté, la violence et la sous-scolarisation, entre autres.

Les femmes et les filles autochtones attendent toujours la justice qui leur redonnera espoir et confiance en la vie.

Alors que le Rapport national sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées sera déposé le 30 avril, les chefs ont décidé de l’anticiper et de faire part des doléances de ces dernières aux Nations unies.

Cela donne à réfléchir sur l’accueil que les Premières Nations vont réserver à ce rapport. Comme les précédents, il risque d’être perçu comme un de plus pour tenter de les consoler, sans pourtant parvenir à impulser de réels « changements », comme mentionné plus haut par le chef Picard.

Par ailleurs, l’Affaire Jody Wilson-Raybould, doublée à la mésentente avec certaines communautés autochtones sur la question des pipelines, donne à croire que le point de rupture des Premières Nations avec les libéraux fédéraux est proche, s’il n’a déjà pas été atteint.

RCI avec l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador et Radio-Canada.

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Catégories : Autochtones, Politique
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