Une église aux abandons. Crédit : Istock

Restauration du patrimoine religieux en contexte de laïcité et de déclin de la religion : quel intérêt pour Québec?

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Nathalie Roy, ministre québécoise de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Langue française, a annoncé un investissement de 20 millions de dollars consacrés à la restauration du patrimoine culturel et religieux dans la province. Cette somme permettra de réhabiliter plusieurs bâtiments, des biens mobiliers ainsi que des œuvres d’art, peut-on lire dans le communiqué de presse.

Un contexte marqué par la fermeture de plusieurs lieux de culte et par la désuétude des bâtiments

Le dimanche matin, on ne voit plus de familles déambuler par grappes vers les églises, surtout catholiques, au Québec. Pour plusieurs raisons, cette religion, jadis considérée comme une marque distinctive, a perdu en popularité dans la province comme ailleurs au Canada, et dans bien des pays occidentaux. Cela a pour conséquences la fermeture, la vente ou la transformation de plusieurs lieux de culte.

C’est une situation qui entraîne de nouveaux enjeux pour les municipalités. Celles-ci doivent trouver les moyens d’assurer un avenir aux édifices et aux autres biens, en harmonie avec les attentes des communautés et les plans d’urbanisation des quartiers.

Le Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ) a publié une série de documents sur l’État du patrimoine religieux. L’enjeu relié à la fermeture et à la réorientation des missions des lieux de culte y occupe une place de choix.  

« La fermeture d’une église au culte remet en question l’avenir du bâtiment, mais menace aussi l’équilibre fragile entre l’organisation spatiale et la qualité de vie du secteur […] Le service de la planification du territoire peut déterminer les églises d’intérêt à préserver et orienter les fonctions qu’on souhaite leur attribuer par le zonage. » (source : CPRQ)

De la somme totale annoncée par le ministère, 5 millions sont destinés à la requalification des lieux de culte qui ont été fermés. 

Plusieurs des bâtiments où ont encore lieu les rassemblements sont dans un état de désuétude avancé, usés par le temps et les intempéries. Ils sont souvent vieux de plus de 100 ans et ont besoin de réfection pour s’inscrire dans la « continuité » du service. C’est pourquoi 15 millions seront spécialement dédiés à la restauration de 69 bâtiments, de quelques-uns des biens immobiliers, ainsi que des œuvres d’art réparties dans plusieurs régions de la province.

Intérieur de la basilique Notre Dame de Québec Crédit : iStock

Des investissements au nom de la préservation de la valeur patrimoniale

Les valeurs de laïcité et d’indépendance de l’État sont de mise dans la province, où la relance des débats sur la question a retenu l’attention de manière soutenue depuis l’arrivée du gouvernement de la Coalition avenir Québec au pouvoir.

Selon le ministère de la Culture et des Communications, les financements annoncés visent, en plus de la requalification des lieux de culte, la préservation de la valeur patrimoniale de ces lieux.

« Le patrimoine culturel à caractère religieux appartient au peuple québécois, et c’est pourquoi votre gouvernement a résolu d’agir et d’y consacrer les sommes importantes que j’annonce aujourd’hui. Cet investissement considérable est destiné à la préservation des joyaux de notre patrimoine. Ces gestes attestent de la valeur que nous attribuons à ces témoins de notre histoire et de l’intérêt que nous portons à leur sauvegarde. Les sommes allouées permettront par ailleurs de soutenir les communautés qui se mobilisent en faveur de la protection et de la mise en valeur du patrimoine culturel à caractère religieux qui, rappelons-le, doit être une responsabilité partagée », a dit la ministre Roy dans le communiqué de presse.

Près de 200 sites et immeubles religieux, sur les 2751 lieux de culte recensés au Québec en 2003, présentent une valeur patrimoniale qu’il faut préserver.

Si l’on s’en tient aux éléments retenus dans la série de documents publiés par le Conseil du patrimoine religieux du Québec pour la sélection des édifices et autres biens religieux qui doivent bénéficier d’un appui financier, on serait tenté de croire que l’État puisse accompagner une telle démarche tout en conservant sa neutralité.

Selon le Conseil, les biens et édifices religieux présentent aussi un intérêt historique, un « enjeu de développement communautaire » et un enjeu « identitaire ». Autant de points susceptibles de motiver l’intérêt pour les municipalités à s’impliquer dans les projets de restauration et de réutilisation, et pour le gouvernement à apporter un accompagnement financier en vue de la préservation.

Par ailleurs, il faut tenir compte du fait que les églises ont joué un rôle prépondérant, pendant plusieurs siècles, dans la vie des communautés. Et malgré la tendance actuelle au désintérêt d’une bonne partie de la population envers la religion, elles demeurent avant tout des lieux de culte et de célébration de moments importants de la vie, notamment les mariages, funérailles etc. Elles ont aussi servi et continuent pour certains de servir de « lieux de rassemblement, de socialisation et d’entraide », ce qui permet à plusieurs d’y trouver un repère et un refuge.

C’est en effet dans le cadre du programme d’aide, institué en 1995, pour la restauration d’immeubles et d’objets patrimoniaux à caractère religieux, que les financements pour l’année 2019-2020 ont été annoncés par le ministère.

Avec des informations du gouvernement du Québec et du Conseil du patrimoine religieux.
Sur le même sujet :

Depuis 1995, le Québec a investi un quart de milliard de dollars dans la restauration de biens d'église. En 15 ans, nous sommes passés d'une situation urgente à une situation sans issue à très court terme. Les spécialistes en patrimoine religieux s'entendent pour dire qu'il faut revoir nos façons de faire, prévoir la prise en charge de ce patrimoine et redéfinir les programmes d'aide gouvernementaux. Même l'Assemblée des évêques catholiques du Québec demande à l'État québécois de créer un fonds qui permettrait aux églises de payer leurs factures de chauffage. Quinze ans après les premiers débats sur l'avenir du patrimoine religieux, où s'en va ce patrimoine, doit-on en finir une fois pour toutes et laisser aller tous ces biens et à quel prix? Y a-t-il un avenir pour tous ces lieux de culte et communautés religieuses alors qu'on démolit ou ferme une église chaque semaine au Québec?
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Catégories : Politique, Religion
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