La compréhension de l'autisme a récemment grandement évolué, d'une pathologie jadis considérée comme unique, rare et sévère, vers un regroupement de différents troubles aux symptômes communs.

Dérives et exagérations des diagnostics de l’autisme au pays

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Une étude effectuée par un éminent chercheur montréalais et publiée dans la prestigieuse revue de l’American Medical Association (JAMA Psychiatry) dénonce l’approche nord-américaine dans sa façon de diagnostiquer le trouble du spectre de l’autisme chez les enfants.

Dr Laurent Mottron – Université de Montréal

Si les statistiques officielles suggèrent qu’il y a de plus en plus de cas de trouble du spectre de l’autisme, il pourrait en fait s’agir de surdiagnostic, selon cette étude réalisée par Laurent Mottron, psychiatre et directeur de recherche au Laboratoire de neurosciences cognitives et d’autisme de Montréal.

Avec quatre autres chercheurs de France, du Danemark et de Montréal, ce scientifique a passé en revue les données de 11 méta-analyses publiées entre 1966 et 2019 et portant sur près de 23 000 autistes.

L’analyse « Temporal changes in effect sizes of studies comparing individuals with and without autism : a meta-analysis », a été publié le 21 août dans JAMA Psychiatry.

Le chercheur y parle d’une dérive depuis 50 ans et qui s’accentue puisque les diagnostics seraient faits sur la base de signes de moins en moins marqués ou prononcés.

Les autistes qu’on teste maintenant sont de moins en moins différents des personnes typiques, car les critères de prétendu dysfonctionnement se sont ouverts au-delà du bon sens, selon lui.

Aux États-Unis, la prévalence des troubles de l’autisme serait passée, de 1966 à aujourd’hui, de 0,05 % à plus de 2 % des enfants en bas âge. Au Québec, le taux déclaré approche les 2 %.

Une véritable industrie se serait créée autour de l’autisme

Photo : iStockphoto

Les médecins qui acceptent de signer un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme ne sont pas les seuls responsables de cette dérive, explique le Dr Mottron. De plus en plus de gens, dont des experts en services à l’enfance, auraient intérêt, simplement pour l’exercice de leur métier, à ce qu’il y ait le plus d’autistes possible, soutient-il.

Les écoles feraient pression sur les médecins pour obtenir le diagnostic d’autisme qui débloquera les budgets dont elles auraient besoin pour offrir des services à cet enfant « autiste ».

Les services pour les autistes, les classes spéciales, par exemple, où il y a un ratio d’un enseignant pour six élèves, c’est quelque chose de très, très coûteux, rappelle le scientifique montréalais

Trop de malades imaginaires? Voyez ce qu’en pense le Dr Mottron…

Selon l’Organisation mondiale de la santé, un enfant sur 160 dans le monde présente un trouble du spectre autistique. © Radio-Canada

Un petit Canadien sur 66 a officiellement des troubles liés à l’autisme

Un enfant canadien sur 66 reçoit à présent un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme (TSA), selon les premières statistiques véritablement nationales sur le sujet publiées, l’an dernier, par l’Agence de la santé publique du Canada.

Les parents, intervenants et chercheurs indiquent avoir grand besoin de connaître les données sur la prévalence du TSA dans leur milieu, et le rapport préparé par l’Agence avec la contribution des provinces tente donc de répondre à ce besoin.

Le document mettait l’accent sur la nécessité du financement de projets communautaires qui réduisent la stigmatisation et favorisent l’intégration et le renforcement des programmes sociaux et des programmes de santé et d’éducation.

Pas plus de cas ici qu’ailleurs

Le rapport de l’Agence, qui s’intéressait aux sorts des enfants et adolescents de 5 à 17 ans affectés par le TSA, a été réalisé avec les données fournies par les provinces et les territoires. Il montre que les taux de prévalence du TSA au Canada « sont semblables à ceux d’autres pays ».

Ces statistiques révèlent aussi que le diagnostic de TSA est quatre fois plus fréquent chez les garçons que chez les filles. 

Toujours selon ce rapport, plus de 56 % des enfants et des adolescents qui ont un TSA ont reçu un diagnostic avant l’âge de 6 ans, et plus de 90 % l’ont obtenu avant l’âge de 12 ans.

LISEZ : Des données ouvertes permettront de mieux comprendre l’autisme

Brain-CODE, la nouvelle plateforme neuroinformatique de l’Institut ontarien du cerveau, offre pour la première fois au Canada un accès aux données ouvertes dévoilant, entre autres, des secrets sur la complexité du cerveau des personnes autistes.

RCI avec La Presse canadienne, l’Université de Montréal et la contribution de Marie-Lou St-Onge, Alain Gravel, Michel Doucet, Vincent Maisonneuve, Marie-Josée Paquette-Comeau et Michel Plourde de Radio-Canada

En complément

La réalité virtuelle pour vivre l’autisme de l’intérieur – RCI 

Étude danoise : pas de lien entre le vaccin contre la rougeole et l’autisme – RCI 

Des données ouvertes permettront de mieux comprendre l’autisme – RCI 

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Catégories : Économie, International, Santé
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