Sécurité et COVID-19 : leçons à tirer de l’internement des Japonais canadiens

Des Canadiens japonais ont été détenus et réinstallés dans des camps d’internement en Colombie Britannique en 1942. (Photo : Bibliothèque et Archives Canada)

En pleine Deuxième Guerre mondiale, la méfiance envers les personnes d’origine japonaise vivant au Canada se répand le long de la côte du Pacifique. À partir de 1942, le Canada a procédé à la détention et à l’internement de Canadiens, à grande majorité d’origine japonaise vivant en Colombie‑Britannique, tout en les dépossédant de leurs biens. 

Depuis 2011, le projet Landscapes of Injustice (Paysages d’injustice) s’intéresse à ce passage difficile de l’histoire du Canada.

La chercheuse en histoire Zoe-Blue Coates, membre de l’équipe de Landscapes of Injustice, a voulu explorer les parallèles qui peuvent se tracer entre le passé des Nippo-Canadiens et les défis actuels en ce temps de pandémie.

De toute évidence, il existe des points communs entre l’histoire de l’internement des Canadiens d’origine japonaise et la pandémie de COVID-19. Il faut reconnaître où se situe notre responsabilité collective envers nos concitoyens, actuellement et à l’avenir, et comment cette responsabilité doit vieller sur nos droits individuels. Zoe-Blue Coates

Dans son article Liberté ou sécurité : leçons à tirer de l’internement des Japonais canadiens en temps de COVID-19, Zoe-Blue Coates explique que l’utilisation de la loi sur les mesures de guerre promulguée pour interner des Canadiens japonais, des Allemands, des Italiens et des réfugiés juifs d’origine allemande et autrichienne pendant la Seconde Guerre mondiale au Canada reflète la manière dont les forces de l’ordre peuvent être utilisées pour s’assurer que les gens suivent les règles sociales et les règles de conduite.

Famille canadienne d’origine japonaise détenue pour être réinstallée en Colombie-Britannique en 1942. (Photo : Bibliothèque et Archives Canada)

À l’époque de l’internement des Canadiens d’origine japonaise, un comité spécial sur les Orientaux en Colombie-Britannique avait partagé un rapport et des recommandations sur les populations japonaises et canadiennes d’origine chinoise en Colombie-Britannique en décembre 1940.

Le point 44 du rapport faisait valoir que la commission craignait que les sentiments antijaponais dans les communautés blanches canadiennes n’entraînent des émeutes. La crainte des émeutes antijaponaises, combinée à la peur de manquer des ressources nécessaires pour protéger le pays de « la loyauté japonaise envers l’empereur », peut être considérée comme un facteur ayant promu l’internement de toutes les personnes d’origine japonaise.

C’est alors que le gouvernement canadien a décidé d’interner des Canadiens japonais « pour leur sécurité individuelle et la sécurité collective de tous les Canadiens ». La saisie de terres, de propriétés privées, de fonds monétaires et l’interruption des droits civils ont aussi fait partie de ces mesures.

Les Japonais ont appris au fil des siècles que la loyauté est la vertu suprême. La loyauté envers le Japon et l’empereur a été inculquée à chaque enfant dans le Japon d’avant-guerre.

Aujourd’hui, l’accent semble maintenant être sur la loyauté envers l’entreprise qui vous emploie, la loyauté envers votre groupe dans l’entreprise et la loyauté envers vos collègues immédiats. Au Japon, un dénonciateur peut être impopulaire dans son entreprise et auprès de ses collègues et en être puni.

Source : Hugo Cortazzi, The Japan Times

Un officier de la Marine royale canadienne confisque le bateau d’un Canadien japonais en 1941. (Photo : Bibliothèque et Archives Canada)

Et la COVID-19?

Dans son article de recherche, Zoe-Blue Coates fait un lien avec les communautés marginalisées de la ville de Vancouver, dans la province de Colombie-Britannique, dans l’ouest du Canada.

[Au début de la pandémie] le gouvernement municipal de Vancouver a déclaré l’état d’urgence et a modifié un règlement afin d’imposer une amende pouvant aller jusqu’à 50 000 $ à ceux qui ne s’y conforment pas. Ce projet de loi n’a pas encore été promulgué. Mais étant donné que Vancouver est la ville la plus chère du Canada, il est probable que cet état d’urgence touchera de manière disproportionnée les communautés marginalisées comme les sans-abri et les toxicomanes du Downtown Eastside.Zoe-Blue Coates

Ces communautés, dit Mme Coates, comptent sur le rassemblement dans des lieux d’injection sûrs pour éviter les surdoses en isolement, comme nous l’avons vu dans cette épidémie d’opiacés où 439 décès liés à la drogue ont été signalés en 2018 par la Vancouver Coastal Health.

Elle ajoute toutefois que, contrairement à l’internement des Canadiens d’origine japonaise, la mesure sur la distanciation sociale est utilisée pour la sécurité et la santé collectives de tous les Canadiens indépendamment de leur race ou de leur nationalité. Mais ces mesures peuvent avoir un impact disproportionné.

L’histoire, dit Mme Coates, a montré que l’internement était utilisé comme un outil qui entravait la liberté et la sécurité de certains pour la liberté et la sécurité de tous les Canadiens.

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De même, les personnes marginalisées qui dépendent des banques alimentaires, des refuges et des sites d’injection sûrs doivent sacrifier leur liberté et la sécurité comme des installations qui les maintiennent en vie à proximité pour répondre aux critères de distanciation sociale.Zoe-Blue Coates

Alors que nous continuons à rester à domicile pour tenir la COVID-19 à distance et éviter de surcharger le système de santé, cette chercheuse croit qu’il est essentiel que nous ne prenions pas les toits au-dessus de nos têtes pour acquis, ni la nourriture et les fournitures que nous avons dans nos maisons. Notre liberté et notre sécurité, conclut-elle, sont un privilège qui se fait souvent au détriment des autres.

(Photo : Landscapes of Injustice)

Zoe-Blue Coates est étudiante en cinquième année d’un baccalauréat combiné en histoire et en études autochtones à l’Université de Victoria.

Elle se concentre principalement sur l’histoire du Canada et sur la façon dont le public peut apprendre à propos des événements moins connus comme l’internement des Canadiens d’origine japonaise.

En tant qu’étudiante, elle a travaillé sur les dossiers de recherche sur les familles afin que la communauté nippo-canadienne puisse connaître le passé de leur famille.

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