La scène burlesque des T.N.-O. en plein essor

L’artiste Scarlette Harlette sur la scène du spectacle Boolesque 2025, présenté en octobre au bar Top Knight de Yellowknife.
(Radio-Canada / Thomas Ethier)

Par Thomas Ethier

Dans la pénombre hivernale de Yellowknife, aux Territoires du Nord-Ouest, les projecteurs se braquent sur une scène burlesque qui gagne chaque année de plus en plus d’adeptes, et qui fait tourner les têtes partout au pays.

Près de 400 personnes ont assisté, en octobre, aux quatre représentations du spectacle Boolesque, présenté au bar Top Knight de Yellowknife.

Le duo O & O, qui organise l’événement depuis 2018, se donne pour mission de produire des numéros créatifs et déjantés, mettant en scène « toutes les identités de genre et toutes les formes corporelles.  »

La communauté est visiblement au rendez-vous, du côté tant des spectateurs que des commanditaires et des artistes prêts à se dévoiler sur scène.

« En règle générale, les billets se vendent en une journée, parfois même en moins d’une heure », indique Oliver, confondateur de O & O avec son associée Ophelia.

Réservé à un public adulte, le burlesque est un art de nature sensuelle et humoristique centré autour de l’effeuillage.

Ophelia ne s’en cache pas : retirer ses vêtements sur scène pour la première fois prend une bonne dose de courage.

Comme spectateur, on se dit qu’on ne pourrait jamais faire cela. Je vous l’assure, vous pouvez le faire! Tout le monde peut faire du burlesque.

Ophelia, artiste burlesque et cofondatrice de O & O

Une scène prolifique

L’artiste Lee Van Cleavage a fait ses débuts en 2013. Il n’y avait alors, selon elle, qu’un seul spectacle burlesque officiel par année.

« À partir de ce moment, des groupes se sont organisés, et les événements se sont vite multipliés », dit-elle.

On compte aujourd’hui au moins trois événements d’envergure par année, et plusieurs numéros présentés à d’autres moments.

Depuis l’hiver 2025, les soirées Glamour Alley prennent place tous les deux mois au bar Underground de Yellowknife.

En 12 mois, 38 artistes sont montés sur scène, dont 4 en étaient à leur première expérience.

À l’origine du concept, le trio d’artistes Tease Van Gams a pour objectif d’enrichir la scène et de permettre aux artistes amateurs d’expérimenter leurs numéros.

« Nos places se sont remplies très rapidement. La scène burlesque de Yellowknife contient un énorme bassin d’artistes », se réjouit Lee Van Clevage, membre du trio.

Comme le souligne Ophelia, une véritable culture se déploie aujourd’hui dans la petite ville d’un peu plus de 20 000 habitants.

À la différence des grandes villes, il n’est pas rare d’y croiser, dans la rue ou au travail, un artiste aperçu sur scène la veille.

Votre voisine, votre docteure, votre vétérinaire, votre collègue, votre ancienne enseignante… Tout le monde peut se trouver sur la scène du Boolesque!

Ophelia, cofondatrice de O & O

Selon Lee Van Cleavage, les malaises sont pourtant rares, et la situation est généralement très positive. « Bien que l’on porte parfois très peu de vêtements sur scène, le burlesque permet de se cacher derrière un personnage », explique-t-elle.

« Je crois que nous avons tous un personnage burlesque à l’intérieur de nous. Tous ne l’ont pas encore trouvé, et c’est toujours très excitant de voir un de ces personnages émerger sur scène! »

Yellowknife, bulle créative

Selon l’artiste, la richesse de la culture burlesque de Yellowknife tiendrait en partie à son isolement du reste du pays.

« Nous avons eu la chance de faire évoluer notre art dans le confort de notre bulle, avec une communauté tissée serrée », souligne Lee Van Cleavage.

« Aujourd’hui, nous accueillons des artistes de partout au pays, et nous réalisons que nous n’avons rien à leur envier! Tout le monde aime venir performer à Yellowknife! »

Chérie Coquette, figure active de la scène burlesque de Whitehorse depuis 2018, le confirme. « Sur le plan créatif, c’est i ncroyable ce qui se passe à Yellowknife. Tout au long de l’année, ça n’arrête jamais! », affirme-t-elle.

Diplômée en chorégraphie, la danseuse a adopté l’art burlesque à Montréal en 2012.

Elle voit aujourd’hui plusieurs similarités entre les deux scènes canadiennes.

Ce n’est pas facile de vivre la noirceur des hivers du Nord, mais, d’une certaine façon, l’hiver alimente la créativité. Et le public a aussi besoin de se rassembler, d’être diverti, et de rire!

Chérie Coquette, artiste burlesque de Whitehorse

Belle Jumelles, artiste bien établie sur la scène burlesque de Toronto, fait partie des adeptes de la scène nordique.

Après plusieurs visites, elle a réalisé, en 2023, son rêve de se produire dans le château de neige du festival Snowking, installé chaque année sur le Grand lac des Esclaves.

« La scène a beaucoup grandi en seulement 10 ans », s’exclame-t-elle.

« C’est une scène très queer et très invitante, et je suis très excitée de voir ce qu’elle a encore à nous offrir!  »

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