Groenland : Trump étudie « plusieurs options », y compris « utiliser l’armée »

Des soldats au Groenland.
L’armée danoise lors d’un exercice militaire conjoint au Groenland, le 17 septembre 2025 Photo : Reuters / Guglielmo Mangiapane

Donald Trump étudie « plusieurs options » pour acquérir le Groenland, y compris « utiliser l’armée », a déclaré mardi la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt. De quoi attiser encore l’inquiétude en Europe sur le sort de l’île arctique, territoire autonome danois.

Le président américain a fait savoir clairement qu’acquérir le Groenland était une priorité de sécurité nationale pour les États-Unis et c’est vital pour tenir en respect nos adversaires dans la région arctique. Le président et son équipe discutent de plusieurs options pour remplir cet objectif important de politique étrangère, et, bien sûr, utiliser l’armée américaine est toujours une option à la disposition du commandant en chef, a-t-elle affirmé dans une déclaration transmise à l’Agence France-Presse (AFP).

Le ton très déterminé de la Maison-Blanche tranche avec les appels au dialogue, teintés d’alarme, venus d’Europe et du Groenland en réaction aux revendications exprimées par Washington.

Le Groenland et le gouvernement danois ont réclamé des pourparlers rapides avec le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, espérant dissiper des « malentendus ».

Nuuk et Copenhague contestent en particulier l’argument récurrent de Donald Trump, selon qui il lui faudrait agir contre l’omniprésence de la Chine au Groenland.

Nous ne partageons pas cette idée selon laquelle le Groenland serait couvert d’investissements chinois, a dit le chef de la diplomatie danoise, Lars Løkke Rasmussen, reprochant par ailleurs au président américain d’avoir une mauvaise lecture de la capacité du Danemark d’assurer la sécurité de l’île. Nous veillons sur le royaume, a insisté M. Løkke Rasmussen, ajoutant qu’il n’était pas utile de dramatiser les choses.

Le Danemark a fortement investi dans la sécurité arctique au cours des 12 derniers mois, allouant quelque 90 milliards de couronnes (près de 1,9 milliard de dollars canadiens).

CNN a déterré un document datant de plus d’un siècle selon lequel les États-Unis ne s’opposaient pas à ce que le Danemark contrôle le territoire du Groenland.

Le document, daté du 4 août 1916, est appelé la Déclaration de Lansing, du nom du secrétaire d’État américain Robert Lansing, sous la présidence de Woodrow Wilson.

Le soussigné, secrétaire d’État des États-Unis d’Amérique, dûment autorisé par son gouvernement, a l’honneur de déclarer que le gouvernement des États-Unis d’Amérique ne s’opposera pas à ce que le gouvernement danois étende ses intérêts politiques et économiques à l’ensemble du Groenland, énonce notamment la Déclaration de Lansing.

CNN précise que cette déclaration faisait partie d’un accord plus large qui officialisait la vente des Antilles danoises par le Danemark aux États-Unis. Ce territoire est aujourd’hui connu sous le nom d’îles Vierges américaines.

« La fin de tout »

Mardi, dans la soirée, le président français, Emmanuel Macron, a dit ne pas imaginer les États-Unis violer la souveraineté danoise.

Le Danemark – Groenland y compris – est membre de l’OTAN, et une attaque américaine contre l’un des membres de l’Alliance signifierait la fin de tout, notamment l’ordre de sécurité mondial établi à la fin de la Seconde Guerre mondiale, a averti la première ministre danoise, Mette Frederiksen.

Il ne s’agit pas seulement d’un conflit avec le Royaume du Danemark, […] mais bien avec l’Europe tout entière, a-t-elle expliqué à la télévision DR.

Réaction du premier ministre canadien

L’avenir du Danemark et du Groenland sont des décisions pour, uniquement, le peuple du Danemark et du Groenland, a affirmé pour sa part le premier ministre canadien, Mark Carney, aux côtés de Mette Frederiksen à Paris, où tous deux participaient à une conférence sur l’Ukraine.

Le Canada suscite lui aussi les convoitises de Donald Trump, qui répète que le pays devrait devenir le 51e État des États-Unis.

Plus tôt, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, l’Espagne et le Royaume-Uni avaient, dans une déclaration commune, apporté leur soutien au Danemark.

Il revient au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland, ont déclaré les dirigeants européens, soulignant que le royaume fait partie de l’OTAN, comme les États-Unis, qui sont eux-mêmes liés à Copenhague par un accord de défense.

Au terme d’un entretien avec Mme Frederiksen, en marge de la réunion de la Coalition des volontaires à Paris, le premier ministre canadien, Mark Carney, abondait dans le même sens, rappelant qu’il existe des principes fondamentaux, à savoir l’autodétermination des nations, la souveraineté et l’intégrité territoriale.

M. Carney s’était toutefois abstenu de critiquer directement la menace d’une intervention militaire américaine au Groenland.

Les ministres des Affaires étrangères nordiques ont diffusé un communiqué commun reprenant cette même idée de souveraineté.

Plusieurs fois, le Groenland, soutenu par sa puissance de tutelle, a dit ne pas être à vendre et a affirmé sa détermination à décider seul de son avenir.

Donald Trump a depuis longtemps des vues sur l’île de 57 000 habitants, qui, selon lui, appartient à ce qu’il considère être la sphère naturelle d’influence des États-Unis.

Le président et son entourage ont remis cette revendication sur le tapis avec une ardeur renouvelée dans la foulée de l’opération militaire choc menée par les États-Unis au Venezuela.

Dans le camp républicain, pourtant, le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a estimé mardi auprès de journalistes qu’une action militaire américaine sur l’île ne serait pas appropriée, d’après des propos rapportés par Politico.

Et du côté démocrate, le sénateur Ruben Gallego a annoncé sur les réseaux sociaux qu’il déposerait une résolution pour empêcher Trump d’envahir le Groenland.

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