Une députée groenlandaise demande de prévoir les « pires scénarios »

Alors que la rhétorique américaine quant à l’acquisition du Groenland continue de s’intensifier malgré des mois de messages diplomatiques provenant de Nuuk et de Copenhague, une députée du parlement danois affirme que la diplomatie ne suffit plus.
Aaja Chemnitz, membre du parti indépendantiste groenlandais Inuit Ataqatigiit, a déclaré que toute réponse doit être ancrée dans la souveraineté du Groenland.
« Il est essentiel d’être clair : nous n’accepterons aucune action ou déclaration qui porte atteinte au droit du Groenland à l’autodétermination », a déclaré Aaja Chemnitz dans un courriel envoyé à Eye on the Arctic.
Compte tenu de la situation actuelle, il est nécessaire de planifier les pires scénarios, de renforcer notre état de préparation et d’accroître la résilience du Groenland en étroite collaboration avec nos partenaires.
Aaja Chemnitz a précisé que les mesures qu’elle propose visent à renforcer la stabilité et la résilience de l’île arctique et non à provoquer une nouvelle escalade des conflits.
« Nous renforcerons notre préparation par des mesures liées au secteur civil », a-t-elle ajouté, citant la planification d’urgence, la protection des infrastructures critiques et une coordination accrue avec les partenaires.
Le rôle du Canada comme partenaire de l’Arctique
Interrogée sur la question de savoir si le Canada pourrait jouer un rôle constructif, la députée a souligné l’importance du soutien de partenaires partageant les mêmes principes juridiques et politiques.
C’est fondamentalement une question de droit international et de défense de ce qui est juste, a-t-elle affirmé.
« Le Groenland et le Canada sont des États arctiques voisins,et il existe des liens familiaux et culturels étroits entre le Groenland et le Nunavut. Par conséquent, le Canada peut jouer un rôle constructif dans ce dossier. »
Contester le narratif de Trump
Donald Trump a intensifié sa rhétorique cette semaine, affirmant que l’île arctique était « nécessaire » pour des raisons de sécurité nationale et qu’elle était « remplie de navires russes et chinois ».
Dans une entrevue accordée au journal groenlandais Sermitsiaq cette semaine, Aaja Chemnitz a rejeté cette vision.
Elle admet que des navires étrangers opèrent périodiquement dans la région, mais soutient que leur présence est exagérée à des fins politiques.
Exagérer la situation pour promouvoir ses propres intérêts relève de la manipulation et d’une présentation erronée de la réalité au Groenland, a-t-elle déclaré à Sermitsiaq.
« Les gens se sont exprimés de plus en plus clairement, mais il est évident que nous avons affaire à un président américain qui n’écoute pas. »
Dans le cadre d’une approche de préparation plus large, Aaja Chemnitz a suggéré dans l’entrevue que les activités militaires existantes pourraient être élargies, citant Arctic Light — un exercice précédent impliquant des forces européennes et nordiques — comme une option à envisager.
Ouverture du consulat canadien à Nuuk prévue pour février
Mardi, s’exprimant à Paris lors d’une conférence avec les dirigeants européens axée sur l’Ukraine, le premier ministre canadien, Mark Carney, a réitéré le soutien du Canada au droit du Groenland et du Danemark de déterminer leur propre avenir.
Il s’agit d’une position partagée par plusieurs dirigeants de l’Union européenne.
Mark Carney a également annoncé que la ministre des Affaires étrangères du Canada, Anita Anand, et la gouverneure générale du Canada, Mary Simon, se rendront au Groenland en février pour inaugurer un consulat.
Initialement prévue en novembre 2025, l’ouverture avait été annulée en raison des conditions météorologiques.
Les gouvernements européens, dont la France et l’Allemagne, discutent également de la façon de réagir si les États-Unis passaient à l’acte concernant le Groenland, craignant les conséquences pour l’OTAN.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a indiqué que la question serait abordée plus tard mercredi lors d’une réunion avec ses homologues allemand et polonais.
Lire la version anglaise de ce texte sur le site de Regard sur l’Arctique/ Eye on the Arctic.
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