Donald Trump veut acheter le Groenland, selon la Maison-Blanche

Un texte de Stéphane Bordeleau
Après avoir laissé planer cette semaine une éventuelle annexion du Groenland par la force, le président Donald Trump étudie « activement » la possibilité d’acheter l’île au Danemark, a déclaré mercredi la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt.
C’est quelque chose dont le président et son équipe de sécurité nationale discutent activement, a confirmé Mme Leavitt, tout en précisant que l’option d’une intervention militaire pour prendre possession de l’île n’était pas exclue.
Sur le front diplomatique, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a fait savoir qu’il rencontrera la semaine prochaine des représentants du gouvernement du Danemark, qui est l’un des alliés des États-Unis au sein de l’OTAN, faut-il le rappeler.
Relayant la position de son administration, M. Rubio a rappelé en conférence de presse que, « si le président identifie une menace à la sécurité nationale des États-Unis, [il] conserve l’option d’y faire face à travers des moyens militaires ».

Ce qui n’est guère rassurant pour le Danemark, qui compte à peine 6 millions d’habitants – 57 000 dans le territoire autonome du Groenland – et dont les forces militaires sont loin de faire le poids face à la puissance américaine.
Et qui, parmi les alliés européens, aurait la force nécessaire pour barrer la route aux visées américaines sur le Groenland alors qu’une guerre active fait rage en Ukraine? Poser la question, c’est un peu y répondre.
Qui plus est, le fait pour un pays membre de l’OTAN de menacer ouvertement la souveraineté territoriale d’un autre pays de l’Alliance est totalement inédit.
Si cela devait se produire, a prévenu mardi la première ministre danoise, Mette Frederiksen, ce serait la fin de l’OTAN et la fin de l’équilibre sécuritaire qui existe en Europe depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Pour la députée du parti socialiste démocratique groenlandais Aaja Chemnitz Larsen, qui a accordé mercredi une entrevue à Eye on the Arctic (Regard sur l’Arctique), la diplomatie seule ne suffit plus. Le Groenland et le Danemark, selon elle, doivent accélérer rapidement la préparation de la population et des infrastructures dans l’Arctique.
Compte tenu de la situation actuelle, il est nécessaire d’envisager les pires scénarios, de renforcer notre préparation et d’accroître la résilience du Groenland en étroite coopération avec nos partenaires, affirme Aaja Chemnitz Larsen, députée du parti Inuit Ataqatigiit.
Et le Canada, qui attise également la convoitise de Donald Trump, fait partie de ces « partenaires », souligne Mme Chemnitz.
Il s’agit fondamentalement d’une question de droit international et de défense de ce qui est juste, a-t-elle déclaré. Le Groenland et le Canada sont des États arctiques voisins, et il existe des liens familiaux et culturels étroits entre le Groenland et le Nunavut, a-t-elle ajouté. Par conséquent, le Canada peut jouer un rôle constructif dans cette affaire.

L’Europe parle de sanctions
Pendant ce temps, sur le continent européen, le président du Parti social-démocrate autrichien (SPÖ) et vice-chancelier du pays, Andreas Babler, exhortait l’Union européenne (UE) à mettre sur pied des mesures, voire des « sanctions sévères », destinées à dissuader les États-Unis d’annexer le Groenland.
Selon M. Babler, ces sanctions pourraient être imposées aux géants technologiques américains. Des droits de douane « punitifs » pourraient aussi être envisagés sur des produits agricoles en provenance des États-Unis.
La restriction des investissements américains dans des domaines relevant de nos infrastructures critiques doit également figurer sur une liste dissuasive, a ajouté le vice-chancelier autrichien.
« L’Europe doit cesser de se présenter plus petite qu’elle ne l’est et utiliser vis-à-vis des États-Unis son poids économique considérable », affirme Andreas Babler, vice-chancelier de l’Autriche.
Les Européens se préparent à riposter à toute forme d’intimidation des États-Unis, a pour sa part assuré mercredi le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.
Avec les informations de Agence France-Presse
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