Groenland : un « désaccord fondamental » avec Washington subsiste, dit le Danemark

Devant des drapeaux groenlandais et danois, Lars Løkke Rasmussen s'adresse aux journalistes au côté de Vivian Motzfeld.
Le ministre des Affaires étrangères du Danemark, Lars Løkke Rasmussen, et son homologue groenlandaise, Vivian Motzfeld, se sont adressés à la presse à l’issue de leur rencontre à la Maison-Blanche, le 14 janvier 2026. (Photo : Getty Images/Oliver Contreras/AFP)

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Le Danemark a souligné l’ampleur des divergences qui subsistent avec Washington à l’issue d’une rencontre diplomatique qui s’est déroulée mercredi à la Maison-Blanche dans un climat de haute tension.

La délégation invitée, composée notamment des ministres des Affaires étrangères du Danemark et du Groenland, Lars Løkke Rasmussen et Vivian Motzfeld, a rencontré de hauts responsables de l’administration Trump, espérant convaincre celle-ci de renoncer à ses visées sur le territoire autonome groenlandais.

Évoquant une discussion franche et constructive, le ministre Rasmussen a indiqué ne pas avoir réussi à changer la position américaine. Le chef de la diplomatie danoise a cependant déclaré que les deux parties s’étaient entendues pour créer un groupe de travail, vraisemblablement au cours des prochaines semaines.

Toute solution future doit respecter la ligne rouge tracée par le Danemark et par le Groenland, a insisté le ministre Rasmussen, qui a déjà dirigé son pays, notamment pendant une partie du premier mandat de Donald Trump.

Les idées qui ne respecteraient pas le territoire du royaume du Danemark et le droit à l’autodétermination du peuple groenlandais sont bien sûr totalement inacceptables, affirme Lars Løkke Rasmussen, ministre des Affaires étrangères du Danemark. Nous avons donc toujours un désaccord fondamental.

Il n’y a aucune menace immédiate de la part de Pékin ou de Moscou que le Danemark, le Groenland et leurs alliés ne peuvent pas gérer, a-t-il soutenu, faisant référence à un des arguments brandis par le président américain.

Disant reconnaître certaines préoccupations sécuritaires des États-Unis par rapport au Groenland, M. Rasmussen a affirmé qu’elles pouvaient être prises en compte dans le cadre de l’OTAN, dont font partie les États-Unis et le Danemark, et d’un accord de défense conclu entre ces deux pays en 1951.

L’article 5 de la charte de l’OTAN, au cœur de cette alliance militaire de 32 membres, stipule qu’une attaque armée contre un ou plusieurs d’entre eux seront considérés comme une attaque contre tous les membres. Advenant une attaque russe ou chinoise, par exemple, les États-Unis et les autres pays membres seraient donc déjà appelés à intervenir.

Quant à l’entente dano-américaine conclue en pleine guerre froide, elle permet déjà à Washington d’étendre sa présence militaire au Groenland.

M. Rasmussen a noté que les États-Unis avaient eux-mêmes choisi de réduire considérablement le nombre de personnes déployées au Groenland, passé de 10 000 à 200 au fil des ans.

Du côté américain, la rencontre incluait notamment le vice-président J.D. Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio.

La rencontre s’est déroulée à l’initiative des ministres des Affaires étrangères danois et groenlandais, qui avaient sollicité un entretien avec Marco Rubio.

La présence de J.D. Vance, partisan de la ligne dure à l’instar de son patron, ne semblait d’ailleurs pas être prévue lors de l’annonce de la réunion, qui devait initialement avoir lieu au département d’État.

Selon le diffuseur danois TV2, la rencontre a duré une cinquantaine de minutes.

Trump continue de bomber le torse

En marge d’une annonce faite au bureau ovale en après-midi, Donald Trump a repris les propos qu’il répète depuis des semaines dans ce dossier, précisant qu’il n’avait pas encore été breffé par ses proches collaborateurs sur la teneur de leurs discussions avec la délégation dano-groenlandaise.

J’ai une très bonne relation avec le Danemark, a-t-il cependant affirmé en dépit de ses menaces et du fait que son administration refuse d’exclure le recours à la force militaire pour parvenir à ses fins.

Quelques heures avant cette rencontre de haut niveau, le président américain avait continué d’afficher une rhétorique belliqueuse.

Les États-Unis ont besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale. C’est vital pour le Dôme d’or que nous sommes en train de construire, a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social, avançant pour la première fois comme argument ce projet de système de défense antimissile qui couvrirait le territoire américain.

L’argument sécuritaire est au centre des justificatifs qu’il met chaque fois en avant pour l’acquisition du Groenland. Pourtant, ce territoire n’est pas mentionné une seule fois dans la Stratégie de sécurité nationale dévoilée par son administration il y a quelques semaines à peine.

Dans son message, Donald Trump a par ailleurs ajouté que l’OTAN devrait même être à l’avant-plan de la prise de possession américaine de cette île de l’Arctique.

SI NOUS NE LE FAISONS PAS, LA RUSSIE OU LA CHINE LE FERONT, ET CELA N’ARRIVERA PAS! a-t-il martelé, reprenant un de ses messages des dernières semaines.

« L’OTAN devient beaucoup plus redoutable et plus efficace avec le Groenland entre les mains des ÉTATS-UNIS », dit Donald Trump, président des États-Unis.

Tout autre scénario est inacceptable.

Le président américain semble ainsi présenter la Russie comme un adversaire dans ce dossier, ce qu’il ne fait pas sur la question de la guerre en Ukraine.

Dans un deuxième message publié en matinée sur Truth Social, il a en outre enjoint à l’OTAN de dire au Danemark de contrer « MAINTENANT » la menace alléguée posée par la Russie et par la Chine.

Deux traîneaux à chiens ne le feront pas! Seuls les États-Unis en sont capables, a-t-il lancé.

Dans son compte officiel sur le réseau social X, la Maison-Blanche a publié une illustration coiffée du message suivant : « Quel chemin, homme du Groenland? »

Cette publication provocatrice montre deux traîneaux à chiens arborant le drapeau du Groenland devant deux voies tracées sur une colline enneigée : l’une menant vers la Maison-Blanche et des drapeaux américains sous un ciel ensoleillé, l’autre vers la Chine et la Russie sous un ciel orageux.

Le Danemark rejette les accusations américaines selon lesquelles il ne protégerait pas suffisamment le Groenland face à la Russie et à la Chine.

À quelques heures de la rencontre, le ministre danois de la Défense, Troels Lund Poulsen, avait promis de renforcer [la] présence militaire de son pays au Groenland et de dialoguer avec l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord pour accroître la présence de l’Alliance dans l’Arctique.

Des pays de l’OTAN déploient des militaires au Groenland

Six soldats en uniforme, armés, surgissent devant un haut monticule de neige dans un environnement arctique.
Des militaires du Danemark participent à un exercice à Kangerlussuaq, au Groenland, le 17 septembre 2025. (Photo : Reuters/Guglielmo Mangiapane)

Les soldats de l’OTAN devraient être davantage présents au Groenland à partir d’aujourd’hui et dans les prochains jours. Une hausse du nombre de vols et de navires militaires est attendue, a déclaré le vice-premier ministre groenlandais, Mute Egede, cité par Le Monde.

En début de semaine, le Danemark, le Groenland et l’OTAN avaient annoncé leur intention de travailler au renforcement de la défense de l’immense territoire autonome danois, dans l’espoir de faire reculer Donald Trump et de contrer ses arguments.

Au cours de la journée, la Suède, l’Allemagne et la France ont tour à tour annoncé le déploiement de militaires au Groenland.

Le premier ministre suédois, Ulf Kristersson, a spécifié sur X que son pays avait consenti au déploiement, à la demande du Danemark.

Les pays qui participent à la mission à visée exploratoire ont mobilisé de petits détachements militaires. Berlin a par exemple annoncé l’envoi d’une équipe de reconnaissance composée de 13 militaires.

L’objectif est d’examiner les conditions-cadres en vue d’éventuelles contributions militaires destinées à soutenir le Danemark dans la garantie de la sécurité de la région, par exemple dans le domaine des capacités de surveillance maritime, a précisé le ministère de la Défense allemand dans un communiqué.

Selon Le Monde, la Norvège participe elle aussi à la mission, nommée Opération Endurance arctique.

Le site Politico a de son côté rapporté que le Canada et les Pays-Bas y collaboraient aussi.

Selon CBC, l’exercice militaire était déjà prévu avant les plus récentes menaces du président américain. Le Canada ne s’est pas engagé à poursuivre son engagement une fois l’exercice terminé, a déclaré un haut responsable de la Défense canadienne.

Le Groenland ne veut pas devenir américain

Depuis le début de l’année, les dirigeants groenlandais et danois, soutenus par des dirigeants européens et canadiens, multiplient les déclarations contre toute prise de leur territoire par les États-Unis.

Nous sommes aux prises avec une crise géopolitique, et si nous devons choisir entre les États-Unis et le Danemark, là, maintenant, nous choisissons le Danemark, a dit mardi le chef du gouvernement groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, au cours d’un déplacement à Copenhague.

« Le Groenland n’appartiendra pas aux États-Unis. Le Groenland ne sera pas dirigé par les États-Unis. Le Groenland ne fera pas partie des États-Unis », a-t-il martelé.

Interrogé le même jour sur ces déclarations, Donald Trump a répondu : Eh bien, c’est leur problème. Je ne suis pas d’accord avec lui. Je ne le connais pas, je ne sais rien de lui, mais ça va devenir un gros problème pour lui.

Deux jours plus tôt, il avait déclaré qu’il s’emparerait « d’une manière ou d’une autre » du territoire autonome danois.

En début d’année, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, avait estimé qu’une attaque américaine sur le Groenland signerait l’arrêt de mort de l’OTAN.

La destruction de l’Alliance nord-atlantique irait au-delà de l’objectif géostratégique du président russe, Vladimir Poutine, qui a toujours souhaité son affaiblissement.

Une délégation du Congrès américain, composée principalement de démocrates, mais aussi d’un républicain, doit par ailleurs se rendre sous peu à Copenhague pour exprimer sa solidarité avec le Danemark.

Les menaces continues du président Trump envers le Groenland sont inutiles et ne font qu’affaiblir notre alliance au sein de l’OTAN, a déclaré le sénateur démocrate Dick Durbin, un des membres de cette délégation.

Cette vaste île arctique peuplée de 57 000 habitants dispose d’importantes ressources minières, en majorité non exploitées, et est considérée comme un emplacement stratégique. Les États-Unis y ont déjà une base militaire, après en avoir administré une dizaine pendant la guerre froide.

Avec les informations de Agence France-Presse, The Guardian et Le Monde

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