À Nuuk, un cri du coeur : « rien sur le Groenland sans le Groenland »

Une personne passe devant une maison arborant le drapeau groenlandais dans un quartier résidentiel de Nuuk, le 22 janvier 2026. (Jonathan Nackstrand/AFP via Getty Images)

Encore une fois l’impression d’être ignorés : à Nuuk, l’heure est à la déception, à la frustration et à la colère au lendemain d’un projet d’accord sur l’avenir de leur île négocié sans eux par Donald Trump et par le chef de l’OTAN.

Deux gobelets de cappuccino d’une célèbre marque américaine de café à la main, Niels Berthelsen prend le temps de s’arrêter malgré le froid glacial qui fouette de bon matin les rues de la capitale groenlandaise.

« Si on veut conclure des accords concernant le Groenland, il faut inviter le Groenland à la table des négociations », souligne le skipper de 49 ans auprès de l’AFP.

« Rien sur le Groenland sans le Groenland », martèle-t-il à plusieurs reprises.

Des discussions mercredi à Davos entre Donald Trump et le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Mark Rutte, ont permis de déboucher sur un « cadre d’accord », selon le président américain qui convoite âprement ce territoire autonome danois.

Un projet dont on ne sait pas grand-chose. Le premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen dit en ignorer lui-même le contenu. Il mécontente les Groenlandais, soucieux de leur droit à l’autodétermination.

« C’est évidemment positif que la menace militaire diminue », note M. Berthelsen. « Mais on aurait très bien pu conclure un accord en invitant le Groenland à la table, plutôt que Mark Rutte négocie un accord avec Trump tout seul. Je trouve cela irrespectueux de la part de Mark Rutte. »

« Je suis très déçue que l’OTAN ait conclu une quelconque forme d’accord avec Trump sans le Danemark ni le Groenland », lance en écho Esther Jensen. « Si des décisions doivent être prises, elles doivent l’être de concert avec le Groenland. »

La première ministre danoise Mette Frederiksen assure avoir parlé avec le chef de l’OTAN avant et après sa rencontre avec M. Trump, et s’être concertée avec le gouvernement groenlandais.

« Remonter le temps »

Concertation ou pas, les Groenlandais voient d’un mauvais oeil le fait que leur avenir soit négocié dans leur dos.

« Personne d’autre que le Groenland et le Danemark n’est habilité à conclure des accords sur l’île et le Royaume du Danemark », a insisté le premier ministre groenlandais lors d’une conférence de presse grouillant de journalistes étrangers.

« Essayez d’imaginer ce que cela fait pour les Groenlandais, pour les gens d’ici, un peuple pacifique, d’entendre et de voir chaque jour dans les médias que quelqu’un veut leur enlever leur liberté », a-t-il fait valoir.

À Nuuk, certains s’interrogent sur ce qui s’est vraiment passé à Davos, la station de ski suisse où MM. Trump et Rutte participaient au Forum économique mondial.

« Nous savons bien que Trump a tendance à surinterpréter certaines choses », confie Arkalo Abelsen, un retraité de 80 ans.

« Lorsque Rutte […] confirme qu’ils ont parlé de certaines solutions possibles, alors dans la tête de Trump, ça devient un accord », dit-il, s’appuyant sur une béquille. « Ce n’est pas un accord. Il n’y a pas d’accord. »

Les turbulences de l’actualité internationale et l’intérêt pressant pour leur territoire, dont ils se seraient bien passés, mettent la placidité des Groenlandais à rude épreuve.

« Depuis que Trump a été réélu président, on ne sait plus ce qui peut arriver dans la journée ou le lendemain. Surtout quand il s’en prend à notre pays, comme si c’était un morceau de glace qui dérive sur la mer. C’est très déstabilisant. On se sent impuissant », dit Arkalo Abelsen.

« Ma femme et moi, nous en parlons tous les jours. On se dit que si seulement on pouvait remonter le temps à avant Trump. À l’époque, on pouvait prévoir ce qui allait arriver. »

Travaillant dans une agence de voyage, Susan Gudmundsdottir Johnsen, 52 ans, aspire aussi à des lendemains moins agités.

« À compter de maintenant, on a besoin de calme et de sérénité. »

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